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lundi, 21 mars 2016

Le mystère de l’Église intérieure ou la « naissance » de Dieu dans l’âme

Le cœur métaphysique et ontologique

de la doctrine saint-martiniste

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« Le mystère de ces choses divines et spirituelles

doit pouvoir percer jusque dans notre être fondamental

(Louis-Claude de Saint-Martin, Le ministère de l’homme-esprit).



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Cette communauté, ou « assemblée », est l’héritière de connaissances qui représentent un « dépôt », le « dépôt primitif de toutes les révélations », constituant une « doctrine » dont la base est en lien avec ce qui provoqua la chute des anges, puis celle de l’homme, ainsi que les conditions qui permettront que puisse s’accomplir la « réintégration universelle », mais dont les éléments ultimes, les lumières les plus élevées et sublimes, portent en réalité, sur la génération de la Divinité, ce qui, légitimement, participe bien du « Grand mystère » (Mysterium magnum) par excellence.

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Les cérémonies extérieures,

Ne sont que le « voile » des vérités intérieures. 

Ce « Grand mystère », celui sur lequel veillent en son Sanctuaire les membres de l’Église intérieure, ne pouvant être compris de la multitude, a dû être préservé, protégé et voilé, car il concerne des vérités essentielles qu’il importe de ne point profaner et divulguer inconsidérément, d’où la nécessité d’en dissimuler les connaissances au sein de cette « petite Église », non oublieuse de la « sainte doctrine », qui a cessé de célébrer des cérémonies extérieures, laissées à l’institution visible où elles servent de « voiles » aux vérités intérieures : « L'Église intérieure naquit tout de suite après la chute de l'homme, et reçut de Dieu immédiatement la révélation des moyens par lesquels l'espèce humaine tombée sera réintégrée en sa dignité, et délivrée de sa misère. Elle reçut le dépôt primitif de toutes les révélations et mystères; elle reçut la clef de la vraie science, aussi bien divine que naturelle (…) Lorsqu'il devint nécessaire que les vérités intérieures fussent enveloppées dans des cérémonies extérieures et symboliques, à cause de la faiblesse des hommes qui n'étaient pas capables de supporter la vue de la lumière, le culte extérieur naquit; mais il était toujours le type et le symbole de l'intérieur, c'est-à-dire le symbole du vrai hommage rendu à Dieu ‘‘en esprit et en vérité’’ » [2].

I. Un « Rien » dans la plénitude abyssale de l'Absolu

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Le vide originaire, qu’il faut endurer,

est un « Rien »

dans la plénitude abyssale de l'Absolu,

en attente de sa génération dans l’âme.


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Ce dernier lui fit voir que l'abîme du monde est un vide de carence ontologique, c'est-à-dire un pur néant, tandis que le vide originaire, qu’il faut traverser et endurer, est un « Rien » dans la plénitude abyssale de l'Absolu, en attente de sa génération intérieure dans l’âme, ce en quoi consiste d’ailleurs la réalisation du « Grand mystère ». 

Car ce monde, qui est le « Rien », est aussi, en mode négatif, le « Tout », le lieu de l’avènement de la transcendance. Le « Néant », n’est donc pas la négation radicale de la totalité de l'existant, il est la radicale négation de l’existence finie et déterminée au sein de laquelle la transcendance fait sa brèche, réalise sa percée ; mais il n'est pas un néant pur et simple, un néant absolu, il est le néant de tout ce qui n’est pas, la négation de ce qui voile, masque, réduit et limite, il est le néant pensé à partir de l’existant en attente de sa délivrance pour accéder à l’au-delà de l’Être, il est le monde et tout ce qui existe, la négation en acte, l’acceptation et le rejet effectif des existants, le dégagement et le retrait du monde des choses créées. Le « Néant » n'est donc ni un existant ni un objet, il en est même l’exacte négation, mais il est aussi, de façon secrète, au cœur de cet existant qu'est l’homme.

 II. Le « Grand Mystère » (Mysterium magnum)

Ce « Grand Mystère » ouvre donc sur une dimension proprement « ontologique », car en fait l’ordre au sein duquel se situent les questions relatives au sacerdoce « en esprit », participe d’une région où « l’Être » et le « Non-être » entretiennent, depuis toujours, un rapport étroit, ce qui a pour conséquence de placer l’âme au cœur d’un enjeu considérable qu’il n’est pas évident de déceler derrière le rideau opaque des apparences de la réalité matérielle.

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«Pour Dieu rien n'est près et rien n'est loin,

un monde est dans l'autre et tous ne sont pourtant qu'un monde unique ;

mais l'un est spirituel, l'autre corporel,

de même que le corps et l'âme sont l'un dans l'autre,

de même que le temps et l'éternité ne sont qu'une seule chose...(...)

 le Verbe éternellement parlant règne partout... »

(Jacob Boehme, Mysterium magnum, II, 10).

Car, si depuis l’aube des temps, l'homme cherche l'Être là où il n'est pas, c'est qu'en l'Être lui-même réside une déchirure, une absence, un vide, une carence originelle, dans la mesure où il n’est rien de ce qui est, tout en ne pouvant demeurer qu’un « rien », un « pur Néant », sans que ce qui est sur le plan ontique, ne l’engendre. Comme l’exprime magistralement Boehme : «Pour Dieu rien n'est près et rien n'est loin, un monde est dans l'autre et tous ne sont pourtant qu'un monde unique ; mais l'un est spirituel, l'autre corporel, de même que le corps et l'âme sont l'un dans l'autre, de même que le temps et l'éternité ne sont qu'une seule chose...(...) le Verbe éternellement parlant règne partout... » (Mysterium magnum, II, 10) [5].

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Dieu reste inconnaissable,

il est impossible de le connaître,

de le penser, de le saisir par des concepts,

on peut seulement le « faire naître »… 

Dieu reste inconnu aux yeux du monde, car il ne participe pas de la réalité objective, ce n’est pas un « objet », une chose, une existence individuelle, une entité « personnelle » indépendante de nous, selon ce que l’imaginaire pieux, à tendance anthropomorphique, le donne à croire [6] ; pour savoir ce qui se cache derrière ce que l’on désigne comme étant « Dieu », il est nécessaire de modifier entièrement notre vision des choses, de s’ouvrir, par un changement de « conversion », par une authentique « métanoïa » - mετάνοια, c’est-à-dire ce qui va au-delà, « au-dessus » (mετά), du « regard » (νοέω), ou de la « vue », voire de la pensée -, en s’orientant, en se « retournant » vers ce qui est caché en nous, à l’intérieur, au plus profond de l’être, car Dieu reste inconnaissable, puisqu’il est radicalement impossible de le connaître, de le penser, de le saisir par des concepts, on peut seulement le « faire naître » en nous par un acte qui renverse les idées reçues et la « foi commune », mais si cette naissance n’advient pas, une naissance par laquelle Dieu et l’âme deviennent une seule et même substance en mode suressentiel, alors nous restons étrangers à la Divinité, en demeurant prisonniers et enfermés dans nos visions préfabriquées inexactes.

III. Le divin engendrement de Dieu dans l’âme


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Il faut donc entrer, pour parvenir à surmonter le « non-être », dans la compréhension de la correspondance existant entre l’élection et à la grâce, et engager l’accomplissement de l’anéantissement volontaire afin que la créature puisse se déprendre des vestiges de la réalité apparente, pour enfin, ultimement, participer  et collaborer à la génération, en nous, au centre de notre âme, de la Divinité.

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« Dieu opère dans l’âme sans aucun intermédiaire

- image ou ressemblance – mais bien dans le fond,

là où jamais ne pénétra aucune image

que Lui-même, en son Être propre. »

(Maître Eckhart, Sur la naissance de Dieu dans l’âme).


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Croyez bien que non ! Tout au contraire : Il l’engendre exactement de la même manière qu’Il l’engendre dans l’éternité, ni plus ni moins. (….) C’est ainsi que Dieu le Père engendre son Fils : dans l’unité véritable de la nature divine.»  [8] 

Maître Eckhart fit intervenir une idée vraiment novatrice, à partir de ce qu’il nommera « les deux néants », à savoir celui de Dieu, en tant que néant originel et fondateur qui n’est rien de ce qui est, et le « non-être », celui dont est tiré l’homme, un second « néant » en tant que possibilité infinie à l’intérieur de laquelle le Créateur décide de faire surgir les êtres créés à partir de rien : ex nihilo. Et c’est précisément à partir de l’attention à l’égard de ces deux néants qui embrassent la totalité des essences visibles et invisibles, qu’Eckhart mit en lumière le rôle fondamental de l’âme de l’homme qui, par sa capacité à prendre conscience de l’être en tant qu’être - c’est-à-dire par son pouvoir unique d’appréhender et percevoir l’existence et ses multiples modalités, mais aussi de penser l’Être premier et infini - relie et unit le néant divin et le néant humain.

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« Vous connaîtrez la Vérité,

et la Vérité vous rendra libres. »

 (Jean VIII, 32). 

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dimanche, 18 octobre 2015

La pratique de la prière intérieure pour conduire l’âme à l’union avec Dieu

Méthode de l’oraison et de la contemplation mystique

selon

Louis-Claude de Saint-Martin 

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« La prière est une échelle

avec laquelle on peut s'élever jusque dans le ciel des cieux. »

(Louis-Claude de Saint-Martin, Pensées).

 

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Conservons ainsi en permanence en mémoire que la voie de la « prière intérieure », comme l’enseigne le Philosophe Inconnu, est une voie secrète où règnent le silence et la lumière, elle est la « voie » par excellence de la rencontre avec le divin ; celle, surtout, qui nous rend « le frère, la sœur et lamère » (Marc III, 35) du Réparateur, elle est, en raison de son caractère éminent dans l’œuvre divine, le « vrai culte d’adoration agréable à Dieu ». [1]

La prière est donc bien, en réalité, comme l’affirma à de nombreuses reprises et à juste titre Saint-Martin, qui voyait d’ailleurs en cela son grand secret, la sublime et effective opération qui permet l’éclosion, en notre interne, de la pure essence indéfinissable, de la subtile «Présence» qui est le trésor de l’esprit, celle qui donne, dans les abyssales profondeurs de notre cœur, pour notre plus grande joie et inexprimable transformation, naissance au Verbe, à « Celui » sans lequel toute vie est vaine - « la Lumière vraie qui éclaire tout homme venant dans le monde. » (Jean, I, 9).

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La prière est la sublime et effective opération

qui permet l’éclosion, en notre interne,

de la pure essence de la subtile «Présence».

 

I.Nécessité de l’oraison intérieure

L'oraison – ou la prière intérieure, dite encore « prière du cœur » selon la terminologie de la tradition mystique -, pour Saint-Martin, consiste beaucoup moins à prier Dieu, qu'à laisser Dieu prier en nous. La véritable originalité de la prière saint-martiniste se situe dans cette profonde et radicale modification du point de vue, ce « décentrement », qui ne dirige plus son attention sur ce que l'homme fait, ou ne fait pas dans sa prière, sachant que l'oraison de recueillement des mystiques participe plus de la passivité que de l'agir, mais de ce que, précisément, Dieu fait dans le cœur de l'homme. À ce titre, on pourrait dire, en langage théologique, que l'oraison saint-martiniste est une « oraison infuse »  [2], dans laquelle et par laquelle, c'est Dieu lui-même qui est l'agent direct de la prière, le véritable agent de l'activité priante. Cela nous est confirmé à de nombreuses occasions par Saint-Martin dans ses écrits, et il en fait, sans aucun doute possible, la clé fondamentale de ce qu'il entend par le mot de « prière » : « La seule prière que nous aurions à faire ce serait de travailler continuellement à ne pas empêcher de prier en nous celui qui ne peut cesser de prier pour nous, soit en nous, soit hors de nous. Car c'est en nous qu'il aime le mieux prier, puisque nous sommes son oratoire, mais quand nous ne lui laissons pas l'accès libre, il va prier hors de nous et il emporte sa paix avec lui. » (Portrait, 635).

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« La seule prière que nous aurions à faire

ce serait de travailler continuellement

à ne pas empêcher de prier en nous Celui

qui ne peut cesser de prier pour nous,

 soit en nous, soit hors de nous…. » 

(L.-C. de Saint-Martin, Portrait, 635).

 

Saint-Martin précise, pour que nous y soyons attentifs : « Si la nature est comme l'initiation de toutes les vérités, la prière en est comme la consommation, parce qu'elle les renferme en elle. Et pourquoi  renferme-t-elle en elle toutes les religions ? C'est qu'elle imbibe notre âme de ce charme sacré, de ce magisme divin qui est la vie secrète de tous les êtres ... » [3] Plus loin, il rajoute : « La prière est une végétation, car elle n'est que le développement laborieux, progressif et continuel de toutes les puissances et de toutes les propriétés divines-spirituelles et naturelles, temporelles, corporelles, glorieuses de l'homme, qui ont toutes été réservées et ensevelies par le péché.» [4]

Le Philosophe Inconnu nous donne d’entrevoir qu'il est de la plus haute importance d’unir, en nous, « cœur et esprit », afin qu'ils puissent collaborer, l'un et l'autre, à nous disposer à la réception de la grâce divine. Il va même jusqu'à employer une très belle image évangélique, image qui fait référence à une promesse du Christ, lorsque le Réparateur indiqua qu'il serait éternellement présent au milieu de ceux qui seront assemblés en son « Nom » (Matthieu XVIII, 20), pour donner plus de force évocatrice à son instructif discours : « La prière est la principale religion de l'homme, parce que c'est elle qui relie notre cœur à notre esprit ; et ce n'est que parce que notre cœur et notre esprit ne sont pas liés que nous commettons tant d'imprudences, et que nous vivons au milieu de tant de ténèbres et de tant d'illusions.» [5] 

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« La prière est la principale religion de l'homme,

parce que c'est elle qui relie notre cœur à notre esprit ;

et ce n'est que parce que notre cœur et notre esprit ne sont pas liés

que nous commettons tant d'imprudences,

et que nous vivons au milieu de tant de ténèbres et de tant d'illusions… » 

(L.-C. de Saint-Martin, La Prière).

 

II. L’âme est le vrai Ciel

Dieu vit en nous, caché dans l’invisibilité du cœur ; Le Verbe s’est fait chair pour, avec le Père et l’Esprit, être vivant en nous, en notre âme et nous permettre de vivre avec lui de la vie divine : « Vous n’êtes pas dans la chair mais dans l’esprit, puisque l’esprit de Dieu habite en vous » (Romains, VIII, 9), dit justement saint Paul.

Notre âme est donc une authentique demeure céleste selon l’expression d’Origène (v.185-v.253.) : « Tu es ciel, fait pour le ciel » [6] ; de même que pour saint Augustin (+ 430) : « Portant le Dieu du ciel nous sommes ciel. » [7]  Le ciel est donc, et ceci est une haute et sublime vérité, au centre de notre âme, qui est elle-même le « Temple de Dieu ».

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« Tu es ciel, fait pour le ciel

(Origène, In Jer., hom., VIII).

 

Voilà quelle est la vivifiante « ordination » dont nous parle le Philosophe Inconnu dans le Nouvel homme, celle qui est réalisée par cette descente dans le cœur qui, formellement et surnaturellement, institue l'être de désir « en esprit et en vérité, prêtre du Seigneur », ordination qui explique le rôle essentiel et fondamental de la créature dans l'œuvre divine. Il ne fait aucun doute que l'homme, tabernacle sacré de la Sainte Présence, « est né pour être le principal ministre de la Divinité », comme il  nous est signalé dans le Ministère de l'homme-esprit, c'est pourquoi il nous faut nous agenouiller, en notre centre, pour y entendre prier celui qui doit, après y avoir pris naissance, irradier sur nous son incommensurable lumière.

III. La prière intérieure  est supérieure aux « prières de formules » 

Saint-Martin rappelle qu'il a souvent montré, dans ses ouvrages, « combien la prière de l'homme intérieur était au-dessus des prières de formules » [8], qu'il était inutile de s'encombrer de pratiques verbales mécaniques non pensées, non exprimées avec le cœur. Qu'il était bien supérieur, dans notre oraison, de s'enfoncer en silence dans la communion à la présence de l'Eternel, qu’il était bien plus important d'être à l'écoute de celui qui habite en nous, d'unir nos puissances pour nous élever jusqu'à la contemplation de la rayonnante sainteté de l'Amour.*, plutôt que de s"égarer dans des invocations inutiles, et parfois même dangereuses.

Ce n'est pas la répétition des phrases qui compte, le nombre des mots, c'est la profondeur avec laquelle ils sont prononcés ; ce qui importe c'est la pureté d'intention, c'est la clarté de l'âme, telle est la véritable nature de la prière du cœur, la marche de la parole interne agissante porteuse de nombreux fruits, dont le principal, et le plus extraordinaire d'entre eux, est de pouvoir donner la vie à celui qui est Vie, d'accorder la lumière à celui qui est Lumière, de transmettre la vérité à celui qui est, par essence, « Vérité ».

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« Ce n'est pas devant les yeux mais dans le cœur

que nous devrions chercher à avoir le crucifix,

que  nous devrions chercher à y avoir le crucifié,

afin de pouvoir en chasser le crucifiant 

(L.-C. de Saint-Martin, Pensées sur l'Écriture sainte).  

 

La prière intérieure véritable s’effectue dans le silence et l’invisibilité stricte, aucune sorte d’ornements ou objets visibles de nature liturgique n’est nécessaire pour son déroulement, aucune image n’accompagne cette action purement cachée, dégagée de toute référence visuelle externe, c’est une prière secrète : « Il y a un nombre infini de gens qui ne peuvent prier sans image et sans crucifix. Ils ne savent pas que la seule image qu'il nous soit permis et utile de contempler c'est nous, comme étant les seuls qui soyons à l'image de Dieu. Ils ne savent pas non plus que ce n'est pas devant les yeux mais dans le cœur que nous devrions chercher à avoir le crucifix, que même nous devrions chercher à y avoir le crucifié, afin de pouvoir en chasser le crucifiant.» [9]

IV. Le renoncement aux facultés dans l’oraison de « passivité »

Saint-Martin, a des expressions assez saisissantes de ce en quoi consiste la « passivité » par laquelle doit avancer l’âme d’oraison : « Je préfère infiniment la voie douce, simple et intérieure par laquelle la racine intime même peut se réveiller; car si cette racine intime et divinement centrale peut se réveiller elle doit apporter tout avec elle, et sa reproduction universelle ne doit plus pouvoir s'interrompre; voilà pourquoi il est si avantageux de marcher par cette voie, parce qu'alors nous n'avons pour ainsi dire plus rien à faire. Aussi dans mes moments de bien-aise me suis-je dit souvent que le commerce de la vérité finirait par être un vrai commerce de paresseux attendu qu'elle faisait tout pour nous. » (Portrait, 701).

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« Les facultés humaines sont imprégnées

d’une corruption ontologique,

faisant que dans l’exercice de la prière

il convient que ce soit Dieu qui agisse et non la créature. »

(Martin de Barcos, « Sentiments sur l'oraison mentale », 1696). 

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Enseignant le renoncement à l'activité propre, en s'appliquant à montrer que cette activité est un «néant», les conceptions intellectuelles distinctes et discursives sont incapables d’établir un contact avec Dieu et d’obtenir sa grâce et la « connaissance surnaturelle ».

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dimanche, 04 octobre 2015

Comment être membre de l'Église intérieure ?

Livret-DVD

ENTRETIEN :

« JEAN-MARC VIVENZA et JEAN SOLIS » 

Enregistrement réalisé par Baglis TV

vendredi 18 avril 2014 (Vendredi-Saint)

 

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Au cours de l’entretien qui se déroula le vendredi 18 avril 2014, jour du Vendredi Saint [1], de nombreuses questions essentielles ont été abordées afin d’éclairer des points qui, bien qu’évidemment traités et exposés dans « L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin », pouvaient rester encore obscurs, voire difficilement compréhensibles, tant le sujet du livre relève d’un domaine assez rarement soulevé, pour ne pas dire quasi jamais abordé dans le cadre des réflexions, légitimes et nécessaires, touchant à la voie initiatique, notamment le Martiniste que l’on devrait bien plutôt, de par la large acception polysémique de ce terme depuis la fondation en 1891 d’un « Ordre » du même nom par Gérard Anaclet Vincent Encausse (1865-1916), plus connu sous le nom de « Papus » [2] dénommer « saint-martinisme », ceci afin de signifier un réel lien de fidélité et d’adhésion vis-à-vis de la pensée de Louis-Claude de Saint-Martin (1753-1803).

Ainsi, tour à tour, dans l’exercice des questions et réponses permettant une approche directe des sujets, les éléments les plus profonds du « mystère de L’Église intérieure » ont été l’objet d’un éclairage précis, circonstancié et développé, qui offrira à chacun de pouvoir bénéficier de précieuses lumières complémentaires qui seront, sans doute, fort utiles lors du cheminement spirituel.

Ces points pourraient se résumer à un seul : la nature de l’Église intérieure et du sacerdoce céleste selon Saint-Martin. Mais une foule d’autres interrogations ne manquent pas de surgir, dès que l’on touche à ces éléments, sachant que l’Église et le sacerdoce, pour le Philosophe Inconnu, relèvent d’une essence et d’une dimension bien différentes de ce que nous croyons connaître habituellement, participant ainsi d’une réalité - et pour tout dire d’un authentique « mystère » -, qui n’a son séjour et sa source uniquement dans l’Invisible.

 

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A présent il s’agit de se préparer

à la réception d’une « grâce d’élection »

capable d’édifier en chacun d’entre nous

les fondements de la véritable Église

 

C’est pourquoi, un texte complémentaire en forme de développement thématique à « L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin » [3], accompagné d’un ouvrage indépendant et d’un entretien portant sur les points principaux de ce livre, s’imposait pour plusieurs raisons.

Premièrement parce que les questions soulevées par le sujet de « l’Église intérieure » se sont révélées d’une telle importance spirituelle et initiatique, pour la majorité des lecteurs, qu’il était devenu nécessaire d’aborder ces sujets de façon directe, de sorte de leur conférer un éclairage plus immédiat ou « concret ».

Ensuite, s’est imposée l’idée qu’une éclairage explicatif - par delà l’aspect plus directement « liturgique », quoique immatériel et non-ostensible, du culte en « esprit et en vérité » qui a été longuement développé dans un précédent ouvrage [4] -, vienne, non pas s’ajouter au livre touchant à la question du sacerdoce, mais lui conférer quelques lumières complémentaires et notamment doctrinales puisque Saint-Martin en fidèle disciple de Martinès de Pasqually (+ 1774) ne cesse d’approfondir les multiples aspects de l’enseignement de son premier maître qu’il compléta ensuite par les enseignements rencontrés chez Jacob Boehme (1575-1624), pouvant s’avérer très utiles pour tous ceux qui souhaitaient entrer, plus avant, dans le « mystère de l’Église intérieure », mystère dont on sait qu’il représente le point central, l’idée fondatrice de la perspective théosophique et mystique de la pensée de Louis-Claude de Saint-Martin.

Ainsi donc, par les éléments développés, chacun pourra bénéficier de certaines « lumières » particulières et secrètes, qui lui permettront d’accéder, plus encore, à la plénitude des connaissances qui entourent le « l’Église intérieure », selon ce que soutenait Saint-Martin – à savoir qu’à présent il s’agit, dans ce qui est en jeu pour chaque âme de désir, de se préparer à la réception d’une « grâce d’élection » capable d’édifier en chacun d’entre nous les fondements de la véritable Église - désignée à bon droit comme étant « l’Église intérieure » -, afin qu’elle devienne le Temple et le Sanctuaire de la Divinité, et que dans ce devenir, l’âme donne naissance en elle, du plus profond de son néant, de l’abime dans lequel elle est plongée au sein de sa nuit ontologique, du cœur de son non-être entourée du voile opaque des apparences de la matérialité illusoire, à l’Être infini qui ne subsiste que dans son absence, ne vit et ne perdure, éternellement, que dans son retrait, et n’existe que dans sa non-existence suressentielle.

 

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« Quand l'homme prie avec constance, avec foi,
et qu'il cherche à se purifier dans la soif active de la pénitence,
il peut lui arriver de s’entendre dire intérieurement
ce que le réparateur dit à Céphas :
‘‘tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon église,
et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle.’’ »
(Saint-Martin, Le Nouvel homme, § 8).

 

THÈMES DE L’ENTRETIEN :

« JEAN-MARC VIVENZA et JEAN SOLIS » 

 

Enregistrement réalisé par Baglis TV

vendredi 18 avril 2014 (Vendredi-Saint)

DVD – 1 heure

 

I. Situation du sacerdoce chrétien

II. La prière intérieure et la liturgie de l’Église céleste

III. L’occultation de l’enseignement secret du christianisme

IV. La gnose des premiers siècles

V. L’Église céleste et les confessions chrétiennes

VI. La pratique du sacerdoce intérieur

VII. La « Société des Intimes » et l’Ordre Martiniste

VIII.  L’Église intérieure et les sacrements

IX. La Sainte Cène mystique

X. Saint-Martin et la « révélation » de l’Église divine

XI. La doctrine de la réintégration

XII. La descente de l’Esprit-Saint et le don de la Pentecôte

XIII. La grâce du « Vendredi –Saint »

XIV.  « Réconciliation » et « Réintégration »

XV. L’apocatastase est l’anéantissement du créé

en tant que « bénédiction »

XVI. La création du monde matériel a été imposée à l’Éternel

XVII. Le monde fut créé par des esprits intermédiaires

XVIII. Émanation et Création

XIX. L’homme et sa relation aux anges

XX. Saint-Martin et la théurgie

XXI. Le projet divin

XXII. Le Divin Réparateur est l’unique Grand Sacrificateur

XXIII. La voie selon l’interne

XXIV. Saint-Martin

et l’enseignement du Régime écossais rectifié

XXV.L’initiation véritable

XXVI. Le « cœur » est le lieu essentiel où advient le « mystère »

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L’Entretien est suivi de deux textes

inclus dans le livret accompagnant le DVD :

Comment être membre de l'Église intérieure ?

Et la 

« Règle de vie abrégée de l’âme intérieure »

 

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Pour commander le

DVD Entretien / Livret :

L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin

 

Notes.

1. Enregistrement du 18 avril 2014 à Paris, filmé par les caméras de Baglis TV, d’un échange approfondi entre Jean Solis et Jean-Marc Vivenza, que l’on trouve à l’intérieur du présent DVD.

2. Papus est le hiéronyme, ou « nomen ésotérique », qu’Encausee emprunta au Nuctéméron d'Apollonius de Tyane, traduit par Eliphas Lévi (1810-1875) en 1861.

3. L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, La Pierre Philosophale, 2013.

4. Le culte en « esprit » de l’Église intérieure, La Pierre Philosophale, 2014.

 

 

dimanche, 07 juin 2015

Joseph de Maistre : Prophète du «christianisme transcendant»

L’ésotérisme mystique et la doctrine des illuminés

Jean-Marc Vivenza  

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« Quelquefois, je voudrais m’élancer

                                           hors des limites étroites de ce monde ;                                          

 je voudrais anticiper sur le jour des révélations

et me plonger dans l’infini ».

(Joseph de Maistre, Soirées de Saint-Pétersbourg,

Xe entretien, Œuvres Complètes, t. V, Vitte, 1884, p. 172.)

 

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Ceci nous est d’ailleurs parfaitement confirmé par une note de Maistre datée de 1816, soit, chez lui, à une période où la réflexion avait largement eu le temps de faire son œuvre, dans laquelle il déclarait qu’après avoir jadis consacré « beaucoup de temps à connaître ses messieurs » (sous-entendu les « illuminés » ou les « initiés »), fréquentant leurs assemblées, allant à Lyon pour les voir de plus près, entretenant une correspondance avec les principaux d’entre eux, il n’en était pas moins « demeuré attaché à l’Eglise catholique, apostolique et romaine ;  affirmant sans détour : non cependant sans avoir acquis une foule d’idées dont j’ai fait mon profit. » [1]

 

Quelle est donc cette foule d’idées, dont Maistre nous assure avec certitude, qu’il a « fait son profit » ?

I. Les sources de la pensée de Joseph de Maistre

Il n’est besoin  pour y répondre qu’à se pencher sur la pensée maistrienne telle qu’exprimée dans lesjoseph de maistre,jean-marc vivenza,franc-maçonnerie,rite écossais rectifié,régime écossais rectifié,willermoz,jean-baptiste willermoz,initiation,ésotérisme,occultisme,martinisme,élus coëns,martinès de pasqually,louis-claude de saint-martin,illuminisme,martinésisme,pasqually,théosophie,tradition,vivenza,histoire,spiritualité,gnose,gnosticisme,littérature,contre-révolution,jacob boehme,karl von eckartshausen,eckartshausen,swedenborg,emmanuel swedenborg,providence,povidentialisme,mal,dégradation,péché originel,chute,origène,clément d’alexandrie,fénelon,madame guyon,dutoit-membrini pierre-daniel huet,soirées de saint-pétersbourg,christianisme transcendant,christianisme transcendantal,doctrine de la réintégration,réintégration,manichéisme,platonisme,philosophie hermétique principaux textes du comte savoisien, et d’opérer une correspondance thématique avec les bases doctrinales de l’illuminisme, et surtout les thèses  spécifiques de Martinès de Pasqually exposées dans son célèbre « Traité sur la Réintégration des êtres », ainsi que celles de Jean-Baptiste Willermoz et Saint-Martin, pour constater leur extrême identité de nature.

 

La perspective eschatologique présentée par Martinès de Pasqually, commune à Saint-Martin et Willermoz, reprise par Joseph de Maistre, s’inscrit à l’évidence dans cette compréhension globale de l’histoire de la « Chute », sachant  que le premier homme, Adam, ne s’en tint pas à sa faute initiale mais la renouvela par sa faiblesse envers les choses de la matière, sa volonté dévoyée et son appétit charnel duquel naquit Caïn. 

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Toutes les conceptions de Joseph Maistre,

ont leurs sources dans les thèses de l’illuminisme.

 

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L'ensemble de l’œuvre de Joseph de Maistre, s'éclaire donc d'un jour nouveau lorsque l'on effectue ce rapprochement avec la doctrine de l’illuminisme, et l'on est très souvent frappé par l'étroite intimité des points de vue, des analyses et des certitudes, au point que Maistre peut apparaître à bon droit, comme un authentique « Prophète » de ce christianisme original qu’il désigna lui-même comme un « christianisme transcendant »  [3].

Sous cette appellation, c'est toute la perspective métaphysique de l’illuminisme mystique, état de rupture de l'homme déchu en quête de l'Unité perdue, qui se trouve traduite et développée, avec un rare talent, il est vrai, et un style magnifique, sous la plume de Maistre au fil de ses écrits.

II. Joseph de Maistre et Louis-Claude de Saint-Martin

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Maistre sans connaître encore Saint-Martin, avait copié de sa main, trois discours aux initiés lyonnais, au titre suivants : « Les voies de la Sagesse », « Les lois temporelles de la justice divine », le « Traité des bénédictions » ; Maistre nous dit, dans son « Journal inédit » en date du 4 décembre 1797, « j’ai consacré trente huit heures et treize minutes à cette transcription. » [5] Les deux hommes, comme on peut l’imaginer, échangent longuement sur de nombreux sujets. En 1793,  Maistre dira d’ailleurs, dans son « Mémoire » à Vignet des Etoles, : « M. de Saint-Martin est un gentilhomme français de 35 à 40 ans, de mœurs fort douces et infiniment aimable. Je le connais. On n’aperçoit rien d’extraordinaire dans ses manières ni dans sa conversation ».[6] 

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Maistre ne manquait pas une occasion

de défendre Saint-Martin contre toutes les critiques.

Il s’enthousiasma en 1790 pour « l’Homme de désir »,

qui soutenait que le désir de Dieu et celui de l’homme

doivent faire tomber tous les obstacles entre les deux plans

et préparer les voies à « l’Unité suprême ».

Maistre poursuit ses lectures et se plonge dans les écrits Jacob Boehme (1575-1624) que lui fait découvrir Saint-Martin, il s’ouvre également avec enthousiasme à Emmanuel Swedenborg (1688-1772), l’auteur de la « Nouvelle Jérusalem »,  et étudie avec attention Karl von Eckartshausen, recopiant directement en allemand des passages entiers de « La Nuée sur le Sanctuaire ».

  III. Des liens étroits avec l’illuminisme mystique

a) Un franc-maçon du Régime écossais rectifié en exil

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Souffrant en son encontre d’une certaine suspicion, de par ses nombreuses et « quasi » publiques attaches maçonniques, Maistre s’en ouvre à un ami, Vignet des Etoles, de manière à être blanchi des reproches dont on l’accuse à tort. Il lui fait donc parvenir un « Mémoire » retraçant l’ensemble de son parcours initiatique, texte qui nous est précieux rétrospectivement pour la connaissance qu’il nous donne des profonds rapports établis par Maistre avec le monde des loges de 1774 à 1792.

Il serait toutefois illusoire d’imaginer, comme de pieux auteurs le soutiennent un peu rapidement, que les relations maçonniques de Joseph de Maistre cessèrent par injonction de sa Majesté Victor-Amédée III.

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Il est avéré par exemple que Maistre est en rapport de 1794 à 1795 avec Henri de Cordon, chanoine de Saint-Jean, comte de Lyon, ecclésiastique Grand Profès du Régime écossais rectifié, qui fut délégué de la province de Bourgogne au Convent des Gaules en 1778. Il est lié également, dès son arrivée en  avril 1793, à la loge de Lausanne.

  

 

b) Un initié au sein de l'illuminisme mystique

Il ne faut pas, par ailleurs oublier, que la Suisse était à cettejoseph de maistre,jean-marc vivenza,franc-maçonnerie,rite écossais rectifié,régime écossais rectifié,willermoz,jean-baptiste willermoz,initiation,ésotérisme,occultisme,martinisme,élus coëns,martinès de pasqually,louis-claude de saint-martin,illuminisme,martinésisme,pasqually,théosophie,tradition,vivenza,histoire,spiritualité,gnose,gnosticisme,littérature,contre-révolution,jacob boehme,karl von eckartshausen,eckartshausen,swedenborg,emmanuel swedenborg,providence,povidentialisme,mal,dégradation,péché originel,chute,origène,clément d’alexandrie,fénelon,madame guyon,dutoit-membrini pierre-daniel huet,soirées de saint-pétersbourg,christianisme transcendant,christianisme transcendantal,doctrine de la réintégration,réintégration,manichéisme,platonisme,philosophie hermétique époque un foyer très accueillant pour le monde de l'ésotérisme, les livres de Fénelon (1651-1715) et de Madame Guyon (1648-1717) y étaient lus avec intérêt, différents cercles - comme celui des « âmes intérieures » de Jean-Philippe Dutoit-Membrini (1721-1792), dont Maistre lisait le livre « De l'origine des abus, de l'usage, des quantités et de la foi... » -, rayonnaient et réunissaient de nombreuses personnalités autour d’eux, diffusant un discours sur l'approche directe de Dieu au sein de « l'oraison passive » et de « l'adoration pure de foi ».

D'autre part on sait de manière certaine aujourd'hui que Maistre magnétisait, et s'exerçait sérieusement à développer ses « dons » fluidiques auprès de ses amis émigrés royalistes.

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Il dévore « Le Nouvel Homme » de Saint-Martin, se plonge dansjoseph de maistre,jean-marc vivenza,franc-maçonnerie,rite écossais rectifié,régime écossais rectifié,willermoz,jean-baptiste willermoz,initiation,ésotérisme,occultisme,martinisme,élus coëns,martinès de pasqually,louis-claude de saint-martin,illuminisme,martinésisme,pasqually,théosophie,tradition,vivenza,histoire,spiritualité,gnose,gnosticisme,littérature,contre-révolution,jacob boehme,karl von eckartshausen,eckartshausen,swedenborg,emmanuel swedenborg,providence,povidentialisme,mal,dégradation,péché originel,chute,origène,clément d’alexandrie,fénelon,madame guyon,dutoit-membrini pierre-daniel huet,soirées de saint-pétersbourg,christianisme transcendant,christianisme transcendantal,doctrine de la réintégration,réintégration,manichéisme,platonisme,philosophie hermétique les traductions de Jacob Boehme de Swedenborg ; ses « Carnets » témoignent d’études touchant à la Kabbale, il cite les spéculations du Rabi Haccadosch sur les noms divins (Mélanges B), de Pierre-Daniel Huet (1630-1721) sur le Messie et le Tétragrammaton, (Mélanges A, 2 mai 1799), il approfondit les correspondances entre l’alchimie et l’astrologie, ce qui lui servira  à rédiger la note 6 du XIe Entretien des Soirées de Saint-Pétersbourg . 

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Joseph de Maistre lit de Pierre-Daniel Huet (1630-1721),

et se passionne pour ses études sur le Messie

et le Tétragrammaton, (Mélanges A, 2 mai 1799).

 

IV. Influence de la pensée d’Origène chez Joseph de Maistre  

Joseph de Maistre déclarait dans son Mémoire au duc de Brunswick (1781), qu’il espérait « ajouter au Credo quelques richesses », et il ne fait aucun doute, comme on le constate, que ces richesses provenaient des différentes « lumières » reçues au sein du monde de l’illuminisme mystique.

En effet, celui qui allait devenir le lecteur assidu de Clément d’Alexandrie (v.150-v.215) et d’Origène (v.185-v.252), trouva en effet dans le Régime écossais rectifié dont il fut membre en à Chambéry en Savoie jusqu’en 1792, une doctrine qui allait s’accorder à merveille avec les propres convictions qu’il arrêtera par la suite à la lecture de certains auteurs des premiers siècles du christianisme, et qui lui donna accès à des connaissances surprenantes au sujet de la création du monde, le sens spirituel des Écritures, de l’ordre naturel et surnaturel, et sur bien d’autres points encore. 

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Origène fournit à Joseph de Maistre,

la justification des principaux articles de son "Credo".

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V. La doctrine de la réintégration des êtres

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Ceci l’amenant d’ailleurs à affirmer : « Le christianisme dans les premiers temps, était une vraie initiation, où l’on dévoilait une véritable magie divine. » (Mélanges B). Il en conclut donc dans ses registres, ce qui apparaît à l’évidence lorsqu’on examine sérieusement le sujet, que la doctrine d’Origène relativement à la chute d’Adam et l’origine du monde matériel, « est encore aujourd’hui la base de toutes les initiations modernes. » (Ibid.).

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La doctrine d’Origène relativement à la chute d’Adam

et l’origine du monde matériel,

« est encore aujourd’hui la base de toutes les initiations modernes. »

Ainsi, l’examen des registres inédits de Maistre, nous montre que la découverte d’Origène date de 1797, année où il copia et annota de nombreuses pages du Père alexandrin (Mélanges B, pp. 51 ss.). Maistre le désigna alors comme « l’un des plus sublimes théologiens qui aient jamais illustré l’Église », mais cette date de 1797, prouve éloquemment, que la rencontre avec Origène s’est produite bien après la période initiatique au sein du système willermozien, où le comte chambérien accéda aux Instructions secrètes, réservées aux Profès et Grands Profès, qui exposent une doctrine en tous points identique aux thèses du Traité des Principes. 

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 « Tout est mystère dans les deux Testaments,

et les élus de l'une et l'autre loi n'étaient que de vrais initiés… »

Joseph de Maistre, Mémoire au duc de Brunswick (1782).

 

Dans les registres conservés, sous les titres de Mélanges A et B, Religion E, Extraits E et F, - que nous publions sous le titre de « Pensées inédites sur l’initiation », dans le « Joseph de Maistre, prophète du christianisme transcendant » [11] -, sont dévoilées les multiples références à la pensée d’Origène, dont en particulier le passage suivant, mettant en lumière le lien entre la conception d’Origène, considérant que la création du monde matériel ne fut pas produit par l’effet de la bonté de Dieu, mais est une conséquence de la Chute, ayant entraîné les âmes à être enfermées dans des corps de matière :  « Saint Augustin (Cité de Dieu, XI, 23) a mal compris Origène [12], quand celui-ci dit que la cause de la matière est non la bonté de Dieu seule, mais que les âmes, ayant péché en s'éloignant de leur créateur, ont mérité d'être enfermées en divers corps comme dans une prison selon la diversité de leurs crimes, et que c'est là le monde (matériel) qu'ainsi la cause de sa création (du monde physique) n'a pas été pour faire de bonnes choses, mais pour en empêcher de mauvaises. L'opinion dont il s'agit n'a rien de commun avec le manichéisme. On peut observer qu'elle est encore aujourd'hui la base de toutes les initiations modernes. » (2 décembre 1797, Mélanges B, p. 302).

Maistre résume donc ainsi sa conviction à propos du christianisme primitif, suite à sa lecture d’Origène : « Le christianisme dans les premiers temps était une initiation où l'on dévoilait une véritable magie divine. » (Mai 1797, Mélanges B, p. 518).

VI. La présence universelle du « mal » : La matière  comme dégradation

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Pour lui les contradictions, les crises, les égarements, l’aveuglement manifeste des hommes, témoignent de la domination du mal qui a blessé et abîméjoseph de maistre,jean-marc vivenza,franc-maçonnerie,rite écossais rectifié,régime écossais rectifié,willermoz,jean-baptiste willermoz,initiation,ésotérisme,occultisme,martinisme,élus coëns,martinès de pasqually,louis-claude de saint-martin,illuminisme,martinésisme,pasqually,théosophie,tradition,vivenza,histoire,spiritualité,gnose,gnosticisme,littérature,contre-révolution,jacob boehme,karl von eckartshausen,eckartshausen,swedenborg,emmanuel swedenborg,providence,povidentialisme,mal,dégradation,péché originel,chute,origène,clément d’alexandrie,fénelon,madame guyon,dutoit-membrini pierre-daniel huet,soirées de saint-pétersbourg,christianisme transcendant,christianisme transcendantal,doctrine de la réintégration,réintégration,manichéisme,platonisme,philosophie hermétique les créatures, ils rendent compte de la souveraineté du mal qui a renversé l’ordre premier et originel, qui a tout dégradé, faisant de l’ordre présent un ordre « inversé », dévié et corrompu.

Maistre pense que puisque plus rien n’est situé à la place qui est la sienne, puisque nulle chose n’est là où normalement elle devrait être, tout est mal, tout est sous l’emprise universelle de la Chute, tout vit courbé, ployant sous le poids de la corruption et du vice. Comme le rappelle l’Ecclésiaste : « Il n’y a point de juste sur terre » (Eccl. VII, 20). Pour le dire clairement, à présent, toute forme d’existence est concrètement « animée », et ce dès sa conception, par le père du mensonge. Maistre affirme : « Le mal a tout souillé, et dans un sens très vrai tout est mal puisque rien n’est à sa place. (...) Tout les êtres gémissent et tendent avec effort vers un autre ordre des choses. » (Oeuvres Complètes, t. I, p. 39).

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« Le mal a tout souillé, et dans un sens très vrai

tout est mal puisque rien n’est à sa place. (...)

Tout les êtres gémissent et tendent avec effort

vers un autre ordre des choses. » 

Le mal correspond ainsi à la rupture de l’ordre primitif et son essence s’exprime par l’oeuvre de division accomplie contre « l’Unité » située à la base et au fondement invisible du Principe. Le mal est venu rompre l’harmonie céleste du « Royaume de Dieu », ce qui fait que depuis ce moment terrible subsiste une fracture permanente, une lutte entre deux forces antagonistes qui se livrent un combat impitoyable, Maistre écrit : « Il n’y a rien de si évident dans l’univers que l’existence de deux forces opposées qui se contrarient sans relâche. Il n’y a rien de bon que le mal ne souille et n’altère... » (Mélanges B (inédit), p. 303 ; 22 oct. 1797). 

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La matière est donc, en quelque sorte, le résultat d’une dégradation, la conséquence d’une faute, une authentique prison dont il convient de travailler à s’extraire en se réconciliant avec Dieu, en œuvrant courageusement à  « réintégrer » notre véritable condition première et originelle dont nous avons été malheureusement déchus. Les âmes souffrent de cet enfermement au sein de la matière, elles endurent leur douloureuse soumission à l’empire du temps, elles sont condamnées à expier leur faute dans le plus total des isolements ; supportant avec difficulté la division elles n’ont pas d’autre désir plus impératif que de retourner à « l’Unité ».    

VII. Les dogmes ne se trouvent pas dans la Sainte Écriture

Il est donc tout à fait significatif de voir Joseph de Maistre considérer, à la suite des penseurs du courant illuministe et dans le prolongement de son attachement à la pensée d’Origène dont on sait sa distance d’avec une approche littérale de l’Écriture, que les dogmes fixés par l’Église sont issus d’une contrainte de l’Histoire, et qu’ils constituent même une sorte « d’obstacle », de barrière réelle à la transmission vivante de la Foi, qui serait « mille fois plus angélique» sans les définitions dogmatiques.

 

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« Le Christ n'a pas laissé un seul écrit,

 il a promis le Saint-Esprit. »

 

Maistre rajoute : « Après avoir entendu la Sagesse des nations, il ne sera pas inutile, je pense, d'entendre encore la philosophie chrétienne. Il eût été sans doute bien à désirer, a dit le plus éloquent des Pères grecs [ndr. s. Jean Chrysostome], que nous n'eussions jamais eu besoin de l'écriture, et que les préceptes divins ne fussent écrits que comme ils le sont par l'encre dans nos livres; mais puisque nous avons perdu cette grâce par notre faute, saisissons donc, puisqu'il le faut, une planche au lieu du vaisseau, et sans oublier cependant la supériorité du premier état. Dieu ne révéla jamais rien [par écrit] aux élus de l'Ancien Testament ; toujours il leur parla directement, parce qu'il  voyait la pureté de leurs cœurs ; mais le  peuple hébreu s'étant précipité dans l'abîme des vices, il fallut des livres et des lois. La même marche s'est renouvelée sous l'empire de la nouvelle révélation ; car le Christ n'a pas laissé un seul écrit à ses apôtres. Au lieu de livres il leur promit le Saint-Esprit. C'est lui, leur dit-il, qui vous inspirera ce que vous aurez à dire. » [14]

 

VIII. Le christianisme transcendant selon Joseph de Maistre

 

Cette conception d’un christianisme non-dogmatique, laissé à l’inspiration de « l’Esprit », pourrait apparaître assez étonnante sous la plume de Joseph de Maistre, or, il n’en est rien, c’est au contraire le témoignage du plus profond de sa pensée à l’égard d’une religion qu’il souhaite purifiée, dépouillée de tous les artifices, une religion de la relation immédiate à la « Transcendance », ce en quoi consiste, effectivement, le « christianisme transcendant » dont il se fait le chantre, et d’une certaine manière le « Prophète », en prédisant son avènement prochain.

 

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'’Lorsque ce qui est en dehors, (…)

lorsque la vie ou la génération extérieure

sera devenue semblable à la vie intérieure ou angélique.

Alors il n’y aura qu’une naissance. Il n’y aura plus de sexe.

Le mâle et la femelle ne feront qu’un

et le royaume de Dieu arrivera sur la terre comme au ciel.”

 

C’est ce que décrivit parfaitement Émile Dermenghem (1892-1971), lors de la publication en 1928, de son Joseph de Maistre Mystique : « C’est une idée analogue que Joseph de Maistre suggère lorsqu’il parle des « habits de peau » (note 3. Soirées, IIe entr., p. 292). La Genèse appellerait ainsi selon l’interprétation théosophique, les corps matériels actuels dont Adam et Eve furent revêtus après la chute. Il évoque de même la réunion des sexes dont la dualité fut une conséquence du Mal. Jésus-Christ, note-t-il (note. 1., p. 293) Mélanges A (inédit), p. 580), reviendra et règnera sur la terre, selon saint Clément, contemporain des Apôtres, ’’Lorsque ce qui est en dehors, (…) lorsque la vie ou la génération extérieure sera devenue semblable à la vie intérieure ou angélique. Alors il n’y aura qu’une naissance. Il n’y aura plus de sexe. Le mâle et la femelle ne feront qu’un et le royaume de Dieu arrivera sur la terre comme au ciel.” Clément d’Alexandrie (note. 2. Avec le mystique anglais Law, The spirit of prayer, 1re partie, p. 86-87. Il cite aussi Maïmonide, et Platon (l’homme double du Banquet). Cf. ci-dessus, IIIe partie, chap. I), ajoute Maistre, cita ces paroles dans le siècle suivant avec quelques altérations ; il cite une réponse semblable du Sauveur à Salomé qui lui faisait même question : ‘‘Lorsque vous aurez déposé le vêtement cde honte et d’ignominie (il s’agit évidemment du corps actuel) ; lorsque les deux deviendront uns, que le Mâle et la Femelle seront unis  et qu’il n’y aura plus homme ni femme.’’ Et Maistre commente : ’’Lorsque ce qui est en dehors, etc…, c’est-à-dire lorsque la vie ou la génération extérieure sera devenue semblable à la vie intérieure ou angélique. Alors il n’y aura qu’une naissance. Il n’y aura plus de sexe. Le mâle et la femelle ne feront qu’un et le royaume de Dieu arrivera sur la terre comme au ciel.” » [15]

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« Le christianisme, tel que nous le connaissons,

est au véritable christianisme ou christianisme primitif ...,

ce qu’une loge bleue, autrement nommée loge d’apprentis

et compagnons dans la franc-maçonnerie ordinaire,

est à une loge de hauts grades.»

De ce fait Maistre déclare : « Le christianisme, tel que nous le connaissons, est au véritable christianisme ou christianisme primitif, base de toutes leurs spéculations, ce qu’une loge bleue, autrement nommée loge d’apprentis et compagnons dans la franc-maçonnerie ordinaire, est à une loge de hauts grades. Ce christianisme réel, désigné chez les Allemands par le nom de ‘‘christianisme transcendant’’, est une véritable initiation ; il fut connu des chrétiens primitifs, et il est accessible encore aux adeptes de bonne volonté. Ce christianisme révélait et peut révéler encore de grandes merveilles, et il peut non seulement nous dévoiler les secrets de la nature, mais nous mettre même en communication avec les esprits. » [16]

IX. Un contre-révolutionnaire fidèle envers la doctrine de l'illuminisme 

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Johann August von Starck (1741-1816),

théologien, membre du Consistoire de Hesse-Darmstadt,

fondateur des "Clercs du Temple". 

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Ce qu’exprime le livre de Starck - un Johann August von Starck qui d’ailleurs écrivait depuis 1796 dansjoseph de maistre,jean-marc vivenza,franc-maçonnerie,rite écossais rectifié,régime écossais rectifié,willermoz,jean-baptiste willermoz,initiation,ésotérisme,occultisme,martinisme,élus coëns,martinès de pasqually,louis-claude de saint-martin,illuminisme,martinésisme,pasqually,théosophie,tradition,vivenza,histoire,spiritualité,gnose,gnosticisme,littérature,contre-révolution,jacob boehme,karl von eckartshausen,eckartshausen,swedenborg,emmanuel swedenborg,providence,povidentialisme,mal,dégradation,péché originel,chute,origène,clément d’alexandrie,fénelon,madame guyon,dutoit-membrini pierre-daniel huet,soirées de saint-pétersbourg,christianisme transcendant,christianisme transcendantal,doctrine de la réintégration,réintégration,manichéisme,platonisme,philosophie hermétique  Eudämonia ou le Wiener Magazin, revues dans lesquelles se côtoyaient aussi bien des Jésuites très hostiles à la franc-maçonnerie, comme Laurent Leopold Haschka (1749-1826) ou Felix Franz Hofstäter (1741-1814), que des théosophes comme Eckartshausen - corrige en quelque sorte certaines erreurs de l’abbé Augustin Barruel, tout en confirmant ses préventions à l'égard des disciples d'Adam Weishaupt (1748-1832) et des "Illuminés de Bavière", montrant que les thèses naturalistes et antichrétiennes, furent à l'origine des mouvements révolutionnaires en Europe [18]. Maistre, quant à lui, résuma ainsi sa pensée dans un texte intitulé « Quatre chapitres inédits sur la Russie, Chapitre quatrième « De l’illuminisme », qui ne sera publié qu’à titre posthume par son fils Rodolphe, en 1859, et qui expose de manière remarquable la pensée du comte chambérien au sujet de la nature, des sources et de « l’objet » réel auquel se consacrait la franc-maçonnerie mystique fondée sur le « christianisme transcendant ». Cette analyse, dans laquelle fut éclairée la position du martinisme dans son rapport à la doctrine de  Martinès de Pasqually,  en établissant un lien avec le piétisme, est absolument essentielle joseph de maistre,Émile dermenghem,augustin barruel,johann august von starck,swedenborg,jean-marc vivenza,franc-maçonnerie,rite écossais rectifié,régime écossais rectifié,willermoz,jean-baptiste willermoz,initiation,ésotérisme,occultisme,martinisme,élus coëns,martinès de pasqually,louis-claude de saint-martin,illuminisme,martinésisme,pasqually,théosophie,tradition,vivenza,histoire,spiritualité,gnose,gnosticisme,littérature,contre-révolution,jacob boehme,karl von eckartshausen,eckartshausen,emmanuel swedenborg,providence,povidentialisme,mal,dégradation,péché originel,chute,origène,clément d’alexandrie,fénelon,madame guyon,dutoit-membrini pierre-daniel huet,soirées de saint-pétersbourg,christianisme transcendant,christianisme transcendantal,doctrine de la réintégrationau regard des sujets que nous abordons dans la mesure où Maistre parvint à définir ce qu’est, et en quoi consiste le type de « christianisme » professé par les initiés connus, ou désignés, sous le nom de «martinistes» : « [Les martinistes et illuministes] rapportent tout à l’amour de Dieu, et quoique ce principe excellent soit mêlé chez eux à beaucoup d’alliage plus ou moins répréhensible, il suffit cependant pour leur rendre excessivement chers les écrivains mystiques de l’Église romaine. Ce sont leurs guides et leurs oracles (Sainte Thérèse, saint François de Sales, Fénelon, madame Guyon, etc.). Ils pensent assez communément que les chrétiens de toutes les communions sont sur le point de se réunir sous un chef qui, suivant l’opinion de plusieurs, doit résider à Jérusalem.(…) Ce même système s’oppose à l’incrédulité générale qui menace tous ces pays ; car, enfin, il est chrétien dans toutes ses racines ; il accoutume les hommes aux dogmes et aux idées spirituelles ; il les préserve d’une sorte de matérialisme pratique très remarquable à l’époque où nous vivons, et de la glace protestante, qui ne tend à rien moins qu’à geler le cœur humain. Quant aux martinistes mitigés et aux piétistes qui se bornent à attendre des merveilles, à spéculer sur l’amour divin et sur le règne de l’intérieur, il ne paraît pas que Sa Majesté Impériale ait rien à craindre politiquement de la part de ces hommes…» (Cf. Quatre Chapitres inédits sur la Russie, ch. IV « De l’Illuminisme », 1859). 

Par ailleurs, ce qui est tout à fait connu et notoire aujourd’hui, c’est que sa nomination comme ambassadeur à Saint-Pétersbourg, poste qu’il occupera de 1803 à 1817, lui fournira l’occasion d’entretenir de nombreux rapports avec la très florissante  maçonnerie Russe et l’important milieu théosophique de ce pays.

X. Théocratie 

Sur le plan "métapolitique", ce qui signifie selon la conception maistrienne une dimension purement "Providentialiste" de l'Histoire dans laquelle c'est Dieu qui intervient directement dans les événements qui surviennent au cours du temps, parfois sous la forme de châtiments sévères infligés aux Princes et aux Nations lorsqu'ils s'éloignent des principes sacrés et transcendants - métapolitique qui pour lui était inséparable d'une perspective théologique et eschatologique -, Maistre considérait que le monde devait se conformer aux enseignements de la Révélation divine, unique fondement des lois. Il écrit d'ailleurs de manière assez catégorique : « On ne peut attaquer une vérité théologique sans attaquer une loi du monde » (Du Pape, L. 1er, Chap. I.).

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« Le Traité « Du Pape » consigne cette inattendue

mais cohérente dévolution :

L’Empereur ayant disparu avec le Saint Empire,

ne demeure que le Sacerdoce Suprême

pour se voir dévolu l’archétype éternel du Saint Empire 

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Ainsi l’insistance sur l’infaillibilité, source de toute souveraineté légitime, qui fait l’objet d’unjoseph de maistre,jean-marc vivenza,franc-maçonnerie,rite écossais rectifié,régime écossais rectifié,willermoz,jean-baptiste willermoz,initiation,ésotérisme,occultisme,martinisme,élus coëns,martinès de pasqually,louis-claude de saint-martin,illuminisme,martinésisme,pasqually,théosophie,tradition,vivenza,histoire,spiritualité,gnose,gnosticisme,littérature,contre-révolution,jacob boehme,karl von eckartshausen,eckartshausen,swedenborg,emmanuel swedenborg,providence,povidentialisme,mal,dégradation,péché originel,chute,origène,clément d’alexandrie,fénelon,madame guyon,dutoit-membrini pierre-daniel huet,soirées de saint-pétersbourg,christianisme transcendant,christianisme transcendantal,doctrine de la réintégration,réintégration,manichéisme,platonisme,philosophie hermétique important développement dans le livre - au point que cette notion suscita même quelques réserves à Rome et le prudent silence de Pie VII, avant d'être cependant adoptée par le Concile de Vatican I en 1870 -, n’a pas d’autre objet que d’asseoir l’incontestable autorité du Pontife romain par dessus toutes les autres formes de souverainetés.  Maistre est sur cette question très clair : « Le Souverain Pontife est le chef naturel, le promoteur le plus puissant, le grand Démiurge de la civilisation universelle.» (Ibid.). Le pape est donc pour Maistre le seul garant, de par l’évidente supériorité de sa fonction, d’un possible retour sur le continent de l’unité politique et spirituelle. Il incarne l’espoir d’une restauration véritable de l’ordre traditionnel, entre ses mains sacrées repose l’ultime possibilité d’un redressement futur du Saint Empire [20].  On notera à ce propos que Louis-Claude de Saint-Martin ne fut pas moins joseph de maistre,jean-marc vivenza,franc-maçonnerie,rite écossais rectifié,régime écossais rectifié,willermoz,jean-baptiste willermoz,initiation,ésotérisme,occultisme,martinisme,élus coëns,martinès de pasqually,louis-claude de saint-martin,illuminisme,martinésisme,pasqually,théosophie,tradition,vivenza,histoire,spiritualité,gnose,gnosticisme,littérature,contre-révolution,jacob boehme,karl von eckartshausen,eckartshausen,swedenborg,emmanuel swedenborg,providence,povidentialisme,mal,dégradation,péché originel,chute,origène,clément d’alexandrie,fénelon,madame guyon,dutoit-membrini pierre-daniel huet,soirées de saint-pétersbourg,christianisme transcendant,christianisme transcendantal,doctrine de la réintégration,réintégration,manichéisme,platonisme,philosophie hermétique«théocrate» que Maistre, et ils peuvent être considérés à bon droit, l’un et l’autre, comme des représentants éminents de l’école théocratique, mais, cependant, d’une manière absolument différente, car si leur perspective est identique, à savoir l’établissement de l’autorité de l’Esprit et la sacralisation des institutions humaines afin qu’advienne le règne divin, les méthodes préconisées pour parvenir à ce but espéré, étaient relativement dissemblables, pour ne pas dire extrêmement opposées et antagonistes. Mais l’on peut constater que Saint-Martin, eut également des lignes très voisines de celles de Maistre sur l’effet « régénérateur » de la Révolution, insistant sur son rôle providentiel, thème permanent de l’analyse des deux penseurs théocrates : « Je crois voir dans notre étonnante révolution un dessein marqué de la Providence de nous faire recouvrer à nous, et successivement à bien d’autres peuples (quoique je ne sache pas par quel moyen) le véritable usage de nos facultés, et de dévoiler aux yeux des Nations ce but sublime qui intéresse la société humaine tout entière, et embrasse l’homme sous tous ses rapports.» (Lettre à un ami… sur la Révolution française, 1795). [21]

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« Le livre du Pape par M. le Comte de Maistre est bien bon à méditer .»

(Fonds Willermoz, BM de Lyon, MS 5898).

Enfin, est intéressant de souligner sur ce sujet, que Jean-Baptiste Willermoz - assidu aux réceptions etjoseph de maistre,jean-marc vivenza,franc-maçonnerie,rite écossais rectifié,régime écossais rectifié,willermoz,jean-baptiste willermoz,initiation,ésotérisme,occultisme,martinisme,élus coëns,martinès de pasqually,louis-claude de saint-martin,illuminisme,martinésisme,pasqually,théosophie,tradition,vivenza,histoire,spiritualité,gnose,gnosticisme,littérature,contre-révolution,jacob boehme,karl von eckartshausen,eckartshausen,swedenborg,emmanuel swedenborg,providence,povidentialisme,mal,dégradation,péché originel,chute,origène,clément d’alexandrie,fénelon,madame guyon,dutoit-membrini pierre-daniel huet,soirées de saint-pétersbourg,christianisme transcendant,christianisme transcendantal,doctrine de la réintégration,réintégration,manichéisme,platonisme,philosophie hermétique aux dîners officiels du cardinal Joseph Fesch (1763-1839), alors archevêque de Lyon et Primat des Gaules, qui recevait à déjeuner les vicaires généraux de l'évêché et qu'il leur faisait visiter sa chapelle particulière, et qui fut convié en 1805 à baiser la main du pape Pie VII, pendant son passage à Lyon -, conserva dans ses archives deux lettres, l’une du 8 octobre 1820 et l’autre du 18 juin 1821, envoyées par un certain Raimond, Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, à Willermoz, dans lesquelles on peut lire, dans la première des deux : « Le livre du Pape par M. le Comte de Maistre est bien bon à méditer » (MS 5898), et dans la suivante : « Votre lettre m’a trouvé dans les Soirées de Saint-Pétersbourg dont je suis enchanté » (MS 5899).

Ces jugements, destinés à Willermoz, et émanant de la plume d’un initié, sont, nous semble-t-il, la meilleure et plus pertinente illustration qu’il se puisse se donner, « symboliquement », à un examen des rapports existant entre Maistre et le courant de la maçonnerie écossaise au XVIIIe siècle, démontrant ainsi l’admirable intimité de cette œuvre avec la doctrine de l’illuminisme, dont on pourrait dire qu’elle en est, dans une langue que tous s’accordent à reconnaître comme étant d’une exceptionnelle pureté et beauté de style, la plus parfaite et pénétrante traduction de ces fondements essentiels jamais écrite jusqu’à ce jour. 

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Joseph de Maistre, après une vie entièrement consacrée à la recherche de la "Vérité", s’éteignit le 26 février 1821 ; sa dépouille, en forme d’hommage posthume, comme on le faisait uniquement pour les membres de la Compagnie de Jésus, fut solennellement et pieusement déposée dans la crypte de l’église des martyrs, chapelle nécropole des jésuites à Turin.            

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Sépulture de Joseph de Maistre

 dans l'Église des Saints Martyrs à Turin.

Conclusion

 Le gouvernement de la Divine Providence, la compréhension métaphysique de la Chute originelle et l’analyse de ses conséquences aboutissant à la nécessaire mise en œuvre du travail de « Réintégration », la perspective eschatologique devant nous conduire au pieds de la Sainte Montagne portant en son sommet l’Agneau de Dieu (Agnus Dei), d'où se manifestera à la fin des temps la Jérusalem Céleste, la doctrine de Joseph de Maistre, exposée dans son œuvre est celle qu’il reçut dans les cercles initiatiques dirigés, de Lyon, par Jean-Baptiste Willermoz dans lesquels il n’a trouvé selon ses propres paroles : « que bonté, douceur et piété même à leur manière. » (Soirées XIe Entretien).

L’attente de cette religion renouvelée inspire ces lignes à Maistre, où tel un visionnaire, il annonce : « Plus que jamais nous devons nous occuper de ces hautes spéculations, car il faut nous tenir prêts pour un événement immense dans l'ordre divin, vers lequel nous marchons avec une vitesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs. Il n'y a plus de religion sur terre: le genre humain ne peut demeurer dans cet état. Des oracles redoutables annoncent d'ailleurs que les temps sont arrivés. » [22] Pour hâter ces temps libérateurs, Maistre, en forme d’instante prière, déclare : « Cédons à l’amour et entrons dans la voie royale qui aboutit à la Cité Sainte. »

 

 Pour télécharger le Sommaire :

1 - Joseph de Maistre, prophète du « christianisme transcendant »

2 - (Suite du Sommaire)

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Textes choisis et présentés par Jean-Marc Vivenza

Éditions Signatura, Parution 2015 • Format 140 x 210 •

150 pages • Prix public TTC : 15 €

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Le Colporteur du Livre 

 

Notes.

1. Note de Joseph de Maistre, 1816. Dossier « Illuminés », archives du comte Rodolphe de Maistre.

2. J. Rebotton, Introduction, in. Joseph de Maistre, Oeuvres, vol. II, op. cit, p. 27.

3. Lorsque Maistre écrit dans le XIe Entretien des Soirées en évoquant le christianisme professé par les illuminés allemands : « C’est ce que certains Allemands ont appelé le christianisme transcendantal. Cette doctrine est un mélange de platonisme, d’origénianisme et de philosophie hermétique, sur une base chrétienne », il traduit l’expression d’outre-Rhin : « Transzendental Christentum », que l’on trouvait sous la plume de certains auteurs du courant illuministe. On pourrait donc penser que Maistre adopte le terme « transcendantal », avec toutes les implications philosophiques afférentes signalées par le dictionnaire, et dont les « transcendantaux » en métaphysique offrent un déploiement sémantique et herméneutique d’une prodigieuse richesse, qui fut d’ailleurs largement utilisée par Emmanuel Kant (1724-1804). La résolution de la difficulté nous est cependant fournie par un autre texte de Maistre qui n’était pas destiné à la publication, à savoir les « Quatre chapitres inédits sur la Russie » - issus de pages confidentielles édités par le fils de Joseph Maistre, le comte Rodolphe de Maistre, à titre posthume à Paris, (Librairie Auguste Vaton, 1859). Voici ce qu’on peut y lire : « Ce christianisme réel, désigné chez les Allemands par le nom de christianisme transcendant, est une véritable initiation ; il fut connu des chrétiens primitifs, et il est accessible encore aux adeptes de bonne volonté. » (Cf. Quatre chapitres sur la Russie, chapitre quatrième, « De l’illuminisme », op.cit., pp. 91-128). Maistre fait donc bien référence dans les Soirées, à un « christianisme transcendant », lorsqu'il parle du christianisme « transcendantal », la suite est importante : « connu des chrétiens primitifs, et accessible encore aux adeptes de bonne volonté ».

4. Une étude de Dominique Clérembault sur le site Philosophe Inconnu, en trois parties, montre les liensjoseph de maistre,jean-marc vivenza,franc-maçonnerie,rite écossais rectifié,régime écossais rectifié,willermoz,jean-baptiste willermoz,initiation,ésotérisme,occultisme,martinisme,élus coëns,martinès de pasqually,louis-claude de saint-martin,illuminisme,martinésisme,pasqually,théosophie,tradition,vivenza,histoire,spiritualité,gnose,gnosticisme,littérature,contre-révolution,jacob boehme,karl von eckartshausen,eckartshausen,swedenborg,emmanuel swedenborg,providence,povidentialisme,mal,dégradation,péché originel,chute,origène,clément d’alexandrie,fénelon,madame guyon,dutoit-membrini pierre-daniel huet,soirées de saint-pétersbourg,christianisme transcendant,christianisme transcendantal,doctrine de la réintégration,réintégration,manichéisme,platonisme,philosophie hermétique étroits existant entre la pensée de Joseph de Maistre et celle de Louis-Claude de Saint-Martin : I. Joseph de Maistre et le Philosophe inconnu par Georges Goyau ; II. Le martinisme dans les Soirées de Saint-Pétersbourg ; III. .. Ces liens doctrinaux et spirituels furent mis en lumière, non seulement par les biographes de Joseph de Maistre depuis sa disparition, mais également, et c’est ce que fait apparaître cette étude, par Maistre lui-même dans certains de ses ouvrages. Voici ce qu’écrit Dominique Clairembault : « Dans le « Onzième entretien » des Soirées de Saint-Pétersbourg, Joseph de Maistre présente le Philosophe inconnu comme « le plus instruit, le plus sage et le plus élégant des théosophes modernes ». L'auteur des Soirées, chevalier bienfaisant de la Cité sainte, a lu, non sans les critiquer parfois, les œuvres de Saint-Martin. Il l’a aussi rencontré en septembre 1787, à l'occasion de son passage à Chambéry, alors que le théosophe voyageait vers l'Italie. Lorsqu'en 1793 il évoquera cette rencontre, il précisera : « M. de Saint-Martin est un gentilhomme français de 35 à 45 ans, de mœurs fort douces et infiniment aimables. On n’aperçoit rien d’extraordinaire dans ses manières ni dans sa conversation. » (Mémoire à Vignet des Étoles, archives départementales de la Savoie, 2J 11.) L'influence de la pensée du Philosophe inconnu sur l'œuvre de Maistre a été étudiée par plusieurs auteurs. Georges Goyau l'aborde dans son étude sur « La pensée religieuse de Joseph de Maistre, d'après des documents inédits », publiée en 1921 dans la Revue des deux-mondes. La même année, François Vermale publie ses Notes sur Joseph de Maistre, Inconnu (Librairie Dardel, Chambéry). Il s'était déjà penché sur le cas de Maistre dans La Franc-Maçonnerie savoisienne à l'époque révolutionnaire (Leroux, 1912). Paul Vulliaud et Émile Dermenghem s’intéressent également à la question du martinisme de l'auteur des Soirées, le premier dans Joseph de Maistre franc-macon (Nourry, 1926), le second dans Joseph de Maistre mystique (éd. du Vieux Colombier, 1946). Depuis, d'autres chercheurs ont repris leurs réflexions, sans toutefois apporter d'éléments réellement novateurs. » (Cf. Joseph de Maistre et le martinisme, Philosophe Inconnu.com). 

5. Dermenghem, Joseph de Maistre Mystique, éditions du vieux colombier, Paris, 1948, p. 46. 

6. J. de Maistre, Mémoire sur la Franc-maçonnerie adressé au baron Vignet des Etoles, Oeuvres II, éd. Slatkine, 1983, p. 138.

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8. M. Froidefont, Théologie de Joseph de Maistre, Éditions Classiques Garnier, 2010, pp. 14-15. 

9. R. Triomphe, Joseph de Maistre. Étude sur la vie et sur la doctrine d'un matérialiste mystique, Droz, 1968, p. 438.

10. Voir J.-M. Vivenza, La doctrine de la réintégration des êtres, La Pierre Philosophale, 2ème édition, 2013, ainsi que Joseph de Maistre et le Régime Écossais Rectifié, Dossier H, l'Âge d’Homme, 2005.

11. En 1922, dans Le Correspondant, Émile Dermenghem (1892-1971) publiait des « fragments inédits »joseph de maistre,jean-marc vivenza,franc-maçonnerie,rite écossais rectifié,régime écossais rectifié,willermoz,jean-baptiste willermoz,initiation,ésotérisme,occultisme,martinisme,élus coëns,martinès de pasqually,louis-claude de saint-martin,illuminisme,martinésisme,pasqually,théosophie,tradition,vivenza,histoire,spiritualité,gnose,gnosticisme,littérature,contre-révolution,jacob boehme,karl von eckartshausen,eckartshausen,swedenborg,emmanuel swedenborg,providence,povidentialisme,mal,dégradation,péché originel,chute,origène,clément d’alexandrie,fénelon,madame guyon,dutoit-membrini pierre-daniel huet,soirées de saint-pétersbourg,christianisme transcendant,christianisme transcendantal,doctrine de la réintégration,réintégration,manichéisme,platonisme,philosophie hermétique de Joseph de Maistre tirés des registres conservés, sous les titres de Mélanges A et B, Religion E, Extraits E et F, dans les archives du comte Rodolphe de Maistre. Ces fragments n’avaient depuis jamais été réédités, malgré leur valeur de premier ordre dans la compréhension de la pensée maistrienne. Comme le rappelle É. Dermenghem : « Joseph de Maistre fait allusion, au début du neuvième entretien des Soirées de Saint-Pétersbourg à «ces volumes immenses » où il écrivait, «depuis plus de trente ans», tout ce que ses lectures lui présentaient de plus frappant. ‘‘Quelquefois, dit-il, je me borne à de simples indications; d'autres fois je transcris mot à mot des morceaux essentiels; souvent je les accompagne de quelques notes, et souvent aussi j'y place ces pensées du moment, ces illuminations soudaines qui s'éteignent sans bruit si l'éclair n'est fixé par l'écriture. Porté par le tourbillon révolutionnaire en diverses contrées de l'Europe, jamais ces recueils ne m'ont abandonné et maintenant vous ne sauriez croire avec quel plaisir je parcours cette immense collection’’(…).» (É. Dermenghem, Le Correspondant, 94ème Année, t. 287 (Nouv. Série : 251ème), n° 1432, 25 mai 1922, pp. 631-640).

12. Saint Augustin écrit à propos d’Origène : « Ils prétendent que les âmes, dont ils ne font pas à la vérité les parties de Dieu, mais ses créatures, ont péché en s’éloignant de leur Créateur; qu’elles ont mérité par la suite d’être enfermées, depuis le ciel jusqu’à la terre, dans divers corps, comme dans une prison, suivant la diversité de leurs fautes; que c’est là le monde, et qu’ainsi la cause de sa création n’a pas été de faire de bonnes choses mais d’en réprimer de mauvaises. Tel est le sentiment d’Origène, qu’il a consigné dans son livre ‘‘Des principes’’. » (S. Augustin, La Cité de Dieu, XI, 23).

13. J. de Maistre, Essais sur le principe générateur des constitutions politiques et des autres institutions humaines, 1809.

14. Ibid.

15. Émile Dermenghem, Joseph de Maistre Mystique, La Colombe, op. cit., pp. 292-293.

16. J. de Maistre, Quatre chapitres inédits sur la Russie, Publiés par son fils le comte Rodolphe de Maistre. Paris. Librairie d’Aug. Vaton, éditeur, rue du Bas, n° 50 - 1859.

17. R. Triomphe, op.cit., p. 534.

18. Voici ce qu’expliqua Johann August von Starck concernant le projet d’Adam Wesihaupt et des joseph de maistre,Émile dermenghem,augustin barruel,johann august von starck,swedenborg,jean-marc vivenza,franc-maçonnerie,rite écossais rectifié,régime écossais rectifié,willermoz,jean-baptiste willermoz,initiation,ésotérisme,occultisme,martinisme,élus coëns,martinès de pasqually,louis-claude de saint-martin,illuminisme,martinésisme,pasqually,théosophie,tradition,vivenza,histoire,spiritualité,gnose,gnosticisme,littérature,contre-révolution,jacob boehme,karl von eckartshausen,eckartshausen,emmanuel swedenborg,providence,povidentialisme,mal,dégradation,péché originel,chute,origène,clément d’alexandrie,fénelon,madame guyon,dutoit-membrini pierre-daniel huet,soirées de saint-pétersbourg,christianisme transcendant,christianisme transcendantal,doctrine de la réintégration IIlluminés de Bavière, courant désigné sous le nom «d’Illuminatisme», dans un texte peu connu, envoyé secrètement en 1797 à l’Abbé Barruel, et conservé dans les archives de l’Ordre des Jésuites : « Le grand mystère de l’Ordre par rapport à la Religion, consistait dans la doctrine : que le Christianisme n’était fondé que sur l’imposture et la superstition et qu’en récompense, le Déisme, la religion de la Raison et le Naturalisme, étaient la vraie religion. Il est vrai  qu’on laissa subsister le nom de du Christianisme, mais on le dépouilla joseph de maistre,Émile dermenghem,augustin barruel,johann august von starck,swedenborg,jean-marc vivenza,franc-maçonnerie,rite écossais rectifié,régime écossais rectifié,willermoz,jean-baptiste willermoz,initiation,ésotérisme,occultisme,martinisme,élus coëns,martinès de pasqually,louis-claude de saint-martin,illuminisme,martinésisme,pasqually,théosophie,tradition,vivenza,histoire,spiritualité,gnose,gnosticisme,littérature,contre-révolution,jacob boehme,karl von eckartshausen,eckartshausen,emmanuel swedenborg,providence,povidentialisme,mal,dégradation,péché originel,chute,origène,clément d’alexandrie,fénelon,madame guyon,dutoit-membrini pierre-daniel huet,soirées de saint-pétersbourg,christianisme transcendant,christianisme transcendantal,doctrine de la réintégrationentièrement de tout ce qu’il y avait de religion positive de sorte qu’il ne restât que le naturalisme. (…) Par rapport à la Religion on substitua au Christianisme le Naturalisme ; et pour tromper tous ceux qui avaient encore de la vénération pour le nom de Christ et pour le Christianisme, et qui se seraient éloignés en tremblant s’ils avaient vu que pour les illuminés [de Wesihaupt] il fallait rejeter le Christianisme ouvertement, on ne laissa pas d’insinuer que Jésus-Christ Lui-même n’avait pas eu d’autre but que de faire valoir la religion naturelle et de la rendre universelle et qu’on exécutait son plan, si l’on travaillait à la restauration de cette religion (…) On avait donc formé le dessein d’anéantir la Religion ; pour en venir à bout on se servit de la fausse supposition du Catholicisme et Jésuitisme secret comme d’un remède souverain contre le Christianisme à l’avantage du Déisme. On traita non seulement de superstition catholique les prophètes, les miracles, l’existence des Esprits et des Anges et par degré tout ce qu’il y avait de positif dans le Christianisme ; mais aussi dépeignit-on tous ceux qui osèrent encore soutenir ces doctrines, comme des hommes faibles et dirigés par les Jésuites même à leur insu. (…) Le but général qui renferme tous les autres : cette régénération ne saurait être faite et achevée que par l’abolition du Christianisme, par l’introduction de la religion de la Raison, par le renversement des Trônes et par la fondation d’une ‘‘République universelle’’. Il faut être singulièrement ignorant de tout ce qui est arrivé en France, ou des secrets de l’Illuminatisme, pour ne pas voir que c’est par la Révolution qu’on a voulu réaliser les projets de l’Illuminatisme. Tout ce qu’on a fait en France, le renversement du trône, le meurtre du Roi, l’établissement d’une République démocratique, l’anéantissement de la noblesse, l’introduction d’une égalité chimérique, la destruction de la Religion et du Sacerdoce, tout cela n’était rien autre chose que la réalisation des projets formés dans l’Illuminatisme. (…) L’inscription qu’on pourra mettre sur les ruines des Trônes, des débris des Autels et les monceaux de cendres qui couvriront en peu de temps toute l’Europe, peut-être conçue dans ces deux mots : ‘L’ouvrage de l’Illuminatisme’’. » (J. A. von Starck, Histoire de l’Illuminatisme, 29 juillet 1797, Archives de la Province de France des Jésuites).

19. G. Durand, Un Comte sous l’acacia : Joseph de Maistre, Editions Maçonniques de France, 1999, p. 107.

20. Il est, à juste titre, significatif que la phrase de l’épigraphe qui figure sur la page de garde du livre « Du Pape », ne soit pas celle d’un Père de l’Eglise où d’un pieux auteur, mais paradoxalement extraite du poème homérique  « l’Iliade », phrase révélant nettement la pensée intérieure du comte savoisien, indiquant sans détour : « Trop de chefs vous nuiraient ; qu’un seul homme ait l’Empire… » (Homère, Iliade, II v. 204 sq.).

21. Au sujet des conceptions « théocratiques » de Joseph de Maistre et Louis-Claude de Saint-Martin, voir : Appendice V. La théocratie selon Joseph de Maistre et Saint-Martin, in J.-M. Vivenza, L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, La Pierre Philosophale, 2013, pp. 393-415.

22. J. de Maistre, Soirées de Saint-Pétersbourg, XIe Entretien, 1821.

mardi, 10 février 2015

Camille Savoire et les Temples de la Franc-maçonnerie

Vie,  pensée et parcours initiatique d’un franc-maçon du Régime écossais rectifié

Jean-Marc Vivenza

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« La Matière n'est qu'une transformation de l'Esprit,

elle cherche à dominer ce dernier et à l'asservir,

alors que l'homme sage que doit être le Franc-Maçon

cherche à se libérer des emprises de la Matière. »

(Camille Savoire, Regards sur les Temples de la Franc-maçonnerie,

Les éditions intiatiques, 1935, p. 31).

 

Camille Savoire (1869-1951), trop peu connu de nos contemporains, y compris de ceux qui s’intéressent aux questions touchant au monde de l’initiation, joua pourtant un rôle essentiel, pour ne pas dire fondamental et déterminant, dans l’histoire de la franc-maçonnerie française du XXe siècle, et notamment pour le Régime écossais rectifié, dont il est à l'origine du "réveil" en France.

L’occasion de la réédition de son ouvrage : « Regards sur les Temples de la Franc-maçonnerie », publié en septembre 1935 aux éditions initiatiques, depuis fort longtemps introuvable, nous donne de porter un éclairage approfondi plus que mérité, et sans aucun doute fort utile, sur la vie et personnalité de celui dont on mesure difficilement l’extraordinaire étendue de l’action, et surtout, la nature et la portée exacte de cette dernière.

I. Entrée en franc-maçonnerie (1892)

Cinq après avoir assisté à une conférence organisée par le Grand Orient de France à Orléans, le 14 octobre 1892, il entrait en franc-maçonnerie dans une Loge de la Grande Loge Symbolique Écossaise qui avait été créée en 1880 et qui sera à l’origine de la Grande Loge de France (G.L.D.F.). Il quitta cependant cette Grande Loge au bout d’un an, au profit du Grand Orient de France (G.O.D.F.), où il fera un long parcours.

Vénérable Maître de sa Loge en 1897, charge qu’il occupa jusqu’en 1913, Savoire avait sollicité en 1896 Paul Viguier (1828-1901) pour être admis au Chapitre, puis au Conseil Philosophique « L’Avenir », dont il devint le Président. Suite à quoi, poursuivant sur son évolution maçonnique, en 1897 il intégrait le Grand Collège des Rites où il reçut les 31ème, 32ème et 33ème degrés du Rite écossais ancien et accepté. Ainsi, à partir de 1913, au sein du Grand Collège des Rites, il entreprit de renouveler cette institution, créant le « Bulletin du Grand Collège des Rites », dont la documentation représenta une sorte de synthèse de l’ensemble de l’activité des structures fédérant les Hauts-Grades, tout en publiant des travaux de qualité.

II. Grand Commandeur du Grand Collège des Rites au sein du Grand Orient de France (1923-1935)

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Bulletin du Grand Collège des Rites, 

« Les Ateliers Supérieurs du Grand Orient de France ; historique - doctrine »,

Par Camille Savoire et André Lebey, 1924.

« Dès que je fus investi de la fonction

de Grand Commandeur du Grand Collège des Rites,

par une de ces mystérieuses influences dont la vie est rem­plie,

de par une puissance inconnue,

il se produisit, dans mes conceptions philosophiques et maçonniques,

une transformation complète. »

(Camille Savoire, Regards sur les Temples de la Franc-maçonnerie,

op.cit., p. 27). 

Cet investissement fit que, « sollicité et malgré un refus motivé et formel », le 15 septembre 1923, Savoire devint le Grand Commandeur du Grand Collège des Rites, charge qu’il occupa durant douze ans, jusqu’en 1935, temps pendant lequel, de l’agnostique qu’il était, il parvint à une conception beaucoup plus ouverte sur la spiritualité, se désolant du climat d’intolérance qu’avait créé l’athéisme dogmatique : « Dès que je fus investi de cette haute fonction, par une de ces mystérieuses influences dont la vie est rem­plie et au milieu desquelles nous évoluons souvent sans en avoir conscience, mus par une puissance inconnue, il se produisit, dans mes conceptions philosophiques et maçonniques, une transformation complète (…) Je dois ajouter, pour rendre hommage à la vérité, que je ne trouvai pas, dans le Grand Collège des Rites, le grand centre initiatique d'études symboliques, ri­tuelles et philosophiques que je pressentais. La plupart de ses membres, depuis la mort du Grand Commandeur Blatin, en 1911, semblaient avoir perdu de vue la mis­sion dévolue au Grand Collège des Rites au sein du Grand Orient, mission qui avait été elle-même très res­treinte à la suite de la rupture des relations des Maçon­neries étrangères de Hauts-Grades avec le Grand Orient, devenu schismatique à leurs yeux, pour avoir, en 1876, supprimé le symbole et la formule invocatoire rituelle : « A la Gloire du Grand Architecte de l'Uni­vers ». Ce vote avait amené peu à peu, au sein du Grand Orient de France, l'existence d'un dogmatisme maté­rialiste irraisonné, stupidement athée dans le sens où l'entendait Anderson et qui, pour être nié en théorie, n'en existait pas moins. Cet état d'esprit rendait diffi­cile, par l'intolérance qu'il créait, tout travail initia­tique. Les rituels de 1887, élaborés à la suite du véritable coup d'Etat maçonnique de 1885, et ceux de 1920 avaient entièrement faussé le travail initiatique qui doit s'effectuer graduellement après chacune des augmenta­tions de salaire. » [1]

III. De l’agnosticisme au spiritualisme

Camille Savoire, de l’agnosticisme de son jeune âge va, peu à peu, sans doute de par l’exercice de sa charge et son contact avec les degrés élevés des différents Rites maçonniques, évoluer vers un spiritualisme qui, pour n’être point une adhésion pleine et entière à une « Révélation », participait néanmoins d’un refus du matérialisme.

 

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« L'étude approfondie des anciens rituels,

en m'éclairant à la lumière des travaux d'occultistes

ou d'initiés anciens ou modernes,

me permit d'entrevoir le caractère initia­tique de la Franc-Maçonnerie. »

(Camille Savoire, Regards sur les Temples de la Franc-maçonnerie,

op.cit., p. 30).

Il explique ainsi cette progressive évolution, l’ayant amené à admettre le caractère « initiatique » de la franc-maçonnerie, ce qui pour lui représentait une découverte significative : « Appelé à exercer les fonctions de Grand Comman­deur, mon premier soin fut d'étudier l'histoire et de rechercher l'origine des Ateliers supérieurs de tous grades et de tous rites existant au sein du Grand Orient (…) ce fut le désir de travailler dans le secret et le silence, à l'abri des regards indis­crets de la police et des autorités qui attira vers la Franc-Maçonnerie les adeptes de certaines organisa­tions philosophiques, initiatiques ou occultistes, survi­vances des anciennes confréries de Rose-Croix, Alchi­mistes, Illuminés d'Allemagne ou de Bavière, lesquelles vinrent s'agréger au sein de la Franc-Maçonnerie en y constituant des Loges d'un caractère spécial qui, lors des projets de classification en 7, puis en 15 et, enfin, en 33 grades, adoptèrent des titres distinctifs (…) Quoi qu'il en soit de ces origines, l'étude approfondie des anciens rituels, en m'éclairant à la lumière des travaux d'occultistes ou d'initiés anciens ou modernes, me permit d'entrevoir nettement le caractère initia­tique de la Franc-Maçonnerie, tel que l'avaient conçu certains de ses adeptes, et de le comparer aux sociétés initiatiques de tous les temps, sinon par les moyens employés, mais par les buts poursuivis, la communauté des symboles, de certaines appellations, mots et signes de reconnaissance, formes rituelles, épreuves. » [2] 

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« Ce fut le désir de travailler dans le secret et le silence,

(…) qui attira vers la Franc-Maçonnerie les adeptes

de certaines organisa­tions .... survi­vances des anciennes confréries 

lesquelles vinrent (…) [constituer] des Loges d'un caractère spécial.. »

De cette première conviction portant sur le caractère initiatique de la franc-maçonnerie, en surgira une autre, à savoir la nécessité pour l’initié de devoir se livrer à un travail intérieur pour parvenir à la pleine compréhension de ce que signifie « l’Esprit », pour reprendre l’expression employée par Savoire : « Des études poursuivies pendant plus de dix ans (…), j'acquis la notion que seul un travail intérieur effectué sur soi-même peut faire progresser dans la voie de l'initiation, laquelle n'est qu'une éducation de ce sens intime qu'on désigne sous le nom d'intuition et qui n'est vraisemblablement qu'une com­munion ou une prise de contact avec l'Intelligence universelle. Cette notion est incompatible avec une pro­fession de foi matérialiste. Tout ceci me conduisit vers un spiritualisme s'élevant au-dessus des dogmes des religions, des diverses croyances philosophiques et métaphysiques qui m'a paru constituer le véritable fon­dement de la Franc-Maçonnerie…» [3]

Une certitude dès lors s’imposait pour Camille Savoire, l’initié doit chercher à se libérer des emprises de la Matière : « s'était effectuée en moi une accession vers la conception d'un monde dans lequel la Matière qui, dans ses divers aspects, n'est qu'une transformation de l'Esprit, cherche à dominer ce dernier et à l'asservir, alors que l'homme sage que doit être le Franc-Maçon cherche à se libérer des emprises de la Matière. » [4]

IV. Liens avec le Grand Prieuré Indépendant  d’Helvétie

On le constate, loin du portrait que l’on présente encore parfois de lui, en quelques années, Camille Savoire, de par ses fonctions de Grand Commandeur des Rites et son cheminement maçonnique personnel, avait profondément évolué, puisque du matérialiste agnostique qu’il déclarait être dans sa période de jeunesse, il était devenu un spiritualiste qui, pour conserver son attachement à la liberté de penser – liberté non synonyme pour lui d’incroyance – néanmoins, n’hésitait plus à se référer à la kabbale, aux Rose-Croix, refusant l’athéisme et en appelant à un travail intérieur capable de faire accéder l’initié à la connaissance véritable de la « Gnose », entendue comme l’expression de « l’âme universelle ».

On est donc très loin d’une attitude de rejet de la spiritualité, bien au contraire. D’ailleurs, la suite de son parcours va nous le démontrer éloquemment.

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Camille Savoire, à Genève,

fut armé Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (C.B.C.S.),

le 11 juin 1910 en prenant pour nom d’ordre Eques a Fortitudine.

 

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La cérémonie témoigne de l’intérêt de Savoire pour le Rite écossais rectifié, qui n’était plus pratiqué en France depuis le XIXe siècle, et qui était regardé par les maçons comme un Rite de tendance chrétienne, ce qui n’est point inexact, ceci montrant les sympathies initiatiques de celui qui était entré en contact avec le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie (G.P.I.H.), en cherchant à développer et étendre ses contacts avec les structures obédientielles étrangères, en s’affiliant à une structure, à l’époque, amie du Grand Orient de France, non ostracisée par son rejet à la référence au Grand Architecte de l’Univers depuis 1877.

Cette réception, mais nous devrions dire, plus exactement, cet « armement », car il s’agissait bien de cela, réalisé comme nous l’apprend Savoire par équivalence avec les 30ème et 33ème degrés du Rite écossais ancien et accepté, allait correspondre également à la fondation par le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie d’une « Commanderie » du Rite écossais rectifié à Paris rattachée à la Préfecture de Genève, le Directoire de Genève prévoyant, si les choses se déroulaient correctement au cours du temps, de réveiller, dans un délai non défini, le Directoire de Neustrie, selon la formule employée : « lorsque la Préfecture à venir remplirait les exigences du Code », promettant de rendre à ce Directoire tous ses pouvoirs constitutifs, y compris ceux de fonder des Loges des trois premiers Grades, ce qui laisse entendre clairement, que l’intention de 1910 portait en germe, quoique de façon non explicite, l’édification future du Grand Directoire des Gaules de 1935.

V. Premier réveil du Rite écossais rectifié en France (1911)

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Pièce de la Loge de Maître Écossais de Saint-André

du « Centre des Amis », Orient de Paris, époque Louis XVI.

Les Lettres-patentes rédigées à cette occasion par le G.P.I.H., fixaient le cadre de ce premier réveil en stipulant le domaine de compétence de la Commanderie constituée, laissant entrevoir la création d’une Préfecture de Paris qui avait vocation à travailler sous les auspices du Directoire Écossais d’Helvétie selon les exigences du Code Général de 1778.C’est ainsi qu’à son retour à Paris, Savoire, soutenu par les Frères Ribaucourt et  Bastard, décidait de constituer, le 20 juin 1910, une Loge symbolique travaillant au Rite écossais rectifié sous le nom du « Centre des Amis », initiative qui eut une importance considérable pour le devenir de la vie initiatique française.

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Médaille de la Loge de Maître Écossais de Saint-André

du « Centre des Amis », Orient de Paris, 1911,

in E. de Ribaucourt, Résumé de l’Histoire du Régime Écossais Rectifié,

Extrait de la revue L’Acacia, Paris, 1912.

VI. Approfondissement des liens initiatiques

S’ouvre alors, une période intermédiaire, qui aboutira au final en mars 1935, au réveil complet du Régime écossais rectifié en France, période pendant laquelle Savoire va, inexorablement, considérer qu’il n’est pas possible de faire vivre le Régime rectifié dans le cadre des obédiences maçonniques, et qu’il convient donc de le constituer en tant que système autonome.

Les archives nous apprennent que, dans ces années allant de 1911 à 1935, Savoire étendit ses liens initiatiques et spirituels, entrant en relation étroite avec un jésuite franc-maçon, le père Joseph Berteloot (1881-1955), nous laissant imaginer ce que les entretiens  qu’ils eurent l’un avec l’autre ont pu avoir comme influence, ce à quoi il faut rajouter, son admission au sein de l’Ordre Martiniste.

En effet, en 1921, Savoire va se rapprocher du martinisme, par l’intermédiaire du Chapitre Saint-André Apôtre n° 2, dirigé par Serge Constantinovitch Marcotoune (+ 1971). Ce dernier, parmi les membres fondateurs de la Société occultiste internationale (SOI), dirigée par Jean Bricaud (1881-1934), entendait succéder au Groupe indépendant d'études ésotériques fondé par Papus en 1889. [5]

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Harvey Spencer Lewis (1883-1939)

Il fut accueilli au Temple « Arthur Groussier » du Grand Orient de France

par Camille Savoire le 20 septembre 1926.  

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VII. Le Réveil du « Grand Directoire des Gaules » (mars 1935)

Il est bien évident que de telles dispositions d’esprit chez Savoire, au sein d’un Grand Orient de France profondément agnostique, véhiculant une culture de quasi athéisme militant, ne pouvait conduire qu’à une succession d’incompréhensions qui, d’ailleurs, vont aboutir à une rupture radicale.

Camille Savoire, le 5 avril 1924 à Genève, en sa qualité de Grand Commandeur du Grand Collège des Rites, fut reçu par le G.P.I.H., qui avait installé à la charge de Grand-Prieur Ernest Rochat, (1868-1953), Eq. a Studio,  depuis le 26 avril 1919 et qui les resta jusqu’en 1939. Ces liens étroits, renforçant une amitié mutuelle participant d’une commune estime, vont intervenir directement dans les événements qui surviendront peu après. En ces années, Savoire ne semble poursuivre qu’un seul but qui lui tient à cœur : le réveil complet du Régime rectifié sur le territoire français.

La solution alternative, devant l’impossibilité d’établir le Régime au sein du Grand Orient de France, va s’imposer d’elle-même, Camille Savoire comprenant que le Régime, au fond, tant en raison de son essence que de sa nature organisationnelle, se devait d’être pratiqué en dehors des obédiences en tant que système autonome. C’est cette idée qui fut à l’origine de la constitution du Grand Directoire des Gaules en mars 1935.

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Constitution du « Grand Directoire des Gaules »,
lors de la tenue de la Préfecture de Genève,  le 23 mars 1935, à Neuilly-sur-Seine,

in J. Baylot, Histoire du Rite Écossais Rectifié de France au XXe siècle,

Collection historique, Grande Chancellerie de l’Ordre, 1976, p. 71.

 

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Charte Constitutive et Lettres Patentes pour le réveil du Régime Écossais Rectifié en France,

sous l’obédience du Grand Directoires des Gaules, 

 (Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie, 20 et 23 mars1935).

 

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Quatre mois plus tard après la constitution du Grand Directoire des Gaules, un Traité d'alliance etcamille savoire,synarchie,mouvement synarchique d'empire,prieuré de sion,pierre plantard,vaincre,alpha galates,jean-marc vivenza,franc-maçonnerie,rite écossais rectifié,régime écossais rectifié,grand directoire des gaules,grand prieuré des gaules,willermoz,jean-baptiste willermoz,initiation,ésotérisme,occultisme,martinisme,élus coëns,martinès de pasqually,louis-claude de saint-martin,illuminisme,martinésisme,pasqually,théosophie,tradition,vivenza,histoire,spiritualité,gnose,gnosticisme d'amitié fut conclu avec le Grand Prieuré d’Helvétie, le 5 juillet à Genève, et le 25 du même mois à Paris, et ce « pour une période indéterminée », les deux puissances maçonniques se reconnaissant pour « seules et uniques Puissances Souveraines du Régime Écossais Rectifié dans leurs pays respectifs, savoir : le Grand Directoire des Gaules pour la France et ses Colonies et le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie pour toute la Suisse, et n’admettent comme ateliers réguliers du Régime Rectifié que ceux constitués en France par le Grand Directoire des Gaules, et en Suisse que ceux relevant directement du Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie.»[10]

 

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vendredi, 04 mai 2012

Jean-Baptiste WILLERMOZ : Fondateur du Régime Ecossais Rectifié

 

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Jean-Baptiste WILLERMOZ

Fondateur du

Régime Ecossais Rectifié

 

Introduction et textes choisis par

Jean-Marc Vivenza

 

 

 

Jean-Baptiste Willermoz, né à Lyon le 10 juillet 1730, bénéficiera d’une exceptionnelle longévité puisqu’il ne mourra qu’en 1824, soit à l’âge de 94 ans.

 

S’il fut toute sa vie  persuadé que la maçonnerie était dépositaire de secrets essentiels, c’est sa rencontre avec Martinès de Pasqually (+1774), en 1767, qui lui permettra  de trouver dans l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers ce qu’il avait toujours attendu en matière de connaissance, confirmant ses espérances à propos des mystères de l’initiation.

 

Mais loin d’en rester à un dépôt passif des enseignements reçus de Martinès, Willermoz va être à l’origine de l’œuvre de réforme la plus ambitieuse de la franc-maçonnerie au XVIIIe siècle, puisqu’en 1778, lors du Convent des Gaules, introduisant au sein de la Stricte Observance la doctrine de la réintégration préalablement « christianisée », il fonde un nouveau système original : le Régime Ecossais Rectifié.

 

 

 

Sommaire

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Vient de paraître

Format 140 x 210 mm • 128 pages • Prix public TTC : 15 €

Disponible auprès du Colporteur du livre

troubadour13@gmail.com

 

 

 

mercredi, 15 février 2012

Louis-Claude de Saint-Martin et la théurgie des élus coëns

Jean-Marc Vivenza 

 

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« …toutes les sciences que Don Martinès nous a léguées

sont pleines d'incertitudes et de dangers…

ce que nous avons est trop compliqué

et ne peut être qu'inutile et dangereux,

 puisqu'il n'y a que le simple de sûr et d'indispensable… »

(Saint-Martin aux coëns du Temple de Versailles,

Lettre de Salzac, mars 1778)

 

 

 

tracé heurgie.jpgLa « théurgie » est une science provenant d’une lointaine origine, et si elle s’est s’invitée dans la réflexion de Saint-Martin (1743-1803), de Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) et de bien d’autres au XVIIIe siècle, c’est que comme tous les émules de Martinès de Pasqually (+1774) [1], qui furent initiés par celui qu’ils regardèrent comme un maître, ces esprits ont été mis en contact avec les mystères des pratiques opératoires qui se déroulèrent sous les auspices de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers, Ordre qui regroupa autour de lui de nombreuses personnalités marquantes du monde de l’ésotérisme à l’époque.

 

Les élus coëns, comme il est à présent connu, par delà un enseignement doctrinal élaboré développé dans le Traité sur la réintégration des êtres, s’adonnaient en effet à la pratique de la théurgie et en faisaient le principal de leur activité initiatique lors des rituels qui se célébraient dans les temples de l’Ordre, comme dans l’oratoire de chacun de ses membres. Mais qu’était donc cette fameuse « théurgie » dont on fait si grand cas, bien qu’en méconnaissant généralement ce en quoi elle consistait et de quoi elle était formée et composée ? Par ailleurs pourquoi Saint-Martin se détourna t-il de cette pratique, le faisant savoir et l’écrivant sans ménagement particulier, lui qui avait été le plus proche disciple de Martinès ?

 

Voilà deux questions importantes qui ont des conséquences immédiates sur le chemin initiatique de chacun, et de la conscience qu’il convient d’en avoir, mais qui pourtant, étrangement, sont généralement passées sous silence ou écartées au profit de considérations qui, pour être certes intéressantes, sont cependant parfois périphériques vis-à-vis de l’essentiel.

 

I. La théurgie de Martinès de Pasqually

 

Heptameron_Pentacle.jpgLa théurgie, pour répondre à la première des deux interrogations, n’a rien de vraiment nouveau ni d’original au niveau des sources si l’on se penche avec un peu d’attention sur le sujet. Très tôt apparue dans l’Histoire, la théurgie doit beaucoup en réalité aux néoplatoniciens, dont en particulier Jamblique (IIIe s.) puis Proclus (Ve s.), qui adjoignirent à leurs spéculations métaphysiques des pratiques magiques ayant pour but d’entrer en contact avec le divin, d’en faire en quelque sorte « l’expérience sensible », enrichissant notablement leur connaissance des domaines subtils. Les rites que l’on célébrait dans l’antiquité, par des invocations secrètes, des prières aux esprits angéliques, des fumigations odoriférantes, le tracé de cercles sur lesquels étaient disposés, selon un cérémonial étudié et souvent très complexe, des flambeaux en nombre important, avaient pour finalité de provoquer chez les adeptes des impressions physiques, psychiques ou animiques auxquelles on donnait  un sens sur le plan mystique, interprétant les signes qui surgissaient lors des cérémonies comme des manifestations du divin. [2]

 

a) La méthode théurgique

 

martines-pasqually signature.jpgA cet égard, et au fond, si l’on regarde les choses d’un peu plus près avec un minimum d'objectivité, et ceci apparaît aisément à l’examen, la théurgie de Martinès n’a donc absolument rien de très original, relevant, du point de vue de l’héritage, des anciennes méthodes mystériques en répondant à des objectifs relativement identiques à ceux des théurgies antiques, à savoir : mettre l'homme en relation avec le Divin en utilisant les intermédiaires angéliques que l’on désignait, du point de vue terminologique chez les élus coëns, sous le nom « d’esprits célestes et surcélestes », ceci afin de s’attirer les bénédictions de « l’esprit bon compagnon », allant, comme les adeptes des premiers siècles, jusqu’à opérer des conjurations envers les esprits ténébreux qui cherchent à perdre l’homme en l’entraînant vers les régions de l’obscurité et de la mort.

 

Tout ceci est donc en parfaite conformité d’intention et de méthode avec les théurgies des premiers siècles de l’ère chrétienne.

 

Martinez.jpg

La théurgie de Martinès n’a absolument rien d’original,

relevant d’anciennes méthodes mystériques

et répondant à des objectifs absolument identiques

à ceux des théurgies antiques.

 

 

 

Il nous faut pourtant, si nous voulant réellement comprendre la raison de la position critique de Saint-Martin à l’égard de ces pratiques, en savoir un peu plus sur la théurgie, de manière à saisir convenablement les enjeux du problème.

 

*

 

L'initié en cette « science» théurgique, c’est-à-dire l’élu coën disciple de Martinès, convoquait dans ses circonférences les anges de l'Eternel dont il devait connaître les noms afin d'opérer avec eux un «culte cosmique », et pour aider ses adeptes celui qui se désignait l’un des sept Souverains de l’Ordre, avait rédigé un répertoire contenant les noms et les hiéroglyphes secrets de 2400 noms angéliques, accompagnant les noms célestes d’une foule de précautions à propos des périodes jugées favorables au  bon déroulement des  « opérations », obligeant ainsi ses disciples à un scrupuleux respect des périodes équinoxiales et des phases lunaires propices aux célébrations de nature quasi liturgique. [3]

 

 

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  L’élu coën devait être obligatoirement catholique,

et jurait sous serment :

« Je, N... promets d'être fidèle

à ma sainte religion Catholique, apostolique et romaine...

(Réception au grade d’Apprenti symbolique)

 

 

 

L’élu coën, qui devait impérativement être catholique pour se conformer à la règle prescrite par Martinès, et avait juré, lors de ses serments, de « rester fidèle à la sainte religion apostolique et romaine », avant chacune des cérémonies assistait à la messe en communiant, ceci sans compter la rigoureuse observation de la Prière des six heures, (six heures du matin, midi, dix-huit heures et minuit), qui ne pouvait avoir nulle dérogation et était une obligation formelle [4]. Enfin, pour sa purification, l’élu récitait les sept Psaumes de Pénitences à chaque renouvellement de Lune et les jours qui faisaient suite aux périodes de travail, de même qu’il lui fallait dire l'Office du Saint Esprit tous les jeudis, prononcer le Misere, debout face à son Orient, et le De Profundis, en se mettant la face contre terre.

 

Pietro_d'Abano.jpgIl ne faut cependant pas n’oublier, par delà ces formes exigeantes de piété apparente [5], que Martinès avait néanmoins inclus dans ses rituels de très larges extraits d’écrits relevant positivement de la magie, directement tirés de Cornelius Agrippa (1486-1535) et son De Occulta philosophia, de l’Enchridion attribué au pape Léon III et surtout de l’Heptameron de Pierre d’Abano (1250-1316), dont des passages entiers, à la virgule près et sans aucun changement, figurent au sein des rituels coëns. [6]

 

 

 

b) Critères théurgiques

 

Ainsi le théurge coën, comme ses prédécesseurs des mystères antiques et les kabbalistes médiévaux [7], se soumettant à une rigoureuse discipline, intervenait sur le monde spirituel, qu'il ne craignait pas de solliciter et d'éveiller, et en recevait, ou non, selon le bon vouloir de la « Chose », des signes, à des degrés divers et avec une force également différente, se traduisant par des manifestations lumineuses (« glyphes »), auditives ou tactiles, qui furent baptisées par les émules du XVIIIe siècle du nom de « passes ». Il importe cependant de préciser, malgré les emprunts aux méthodes des mages antiques et médiévaux, que le culte dit « primitif et cosmique » transmis par Martinès de Pasqually, ce qui fait sa qualité et son intérêt, était non pas de nature « magique », ne visant pas l’obtention de pouvoirs, mais était essentiellement, par les quatre temps qui constituaient le cœur des opérations liturgiques journalières, un culte d'expiation, de purification, de réconciliation et de sanctification, en sollicitant les esprits qui ont leur séjour dans l’invisible. Le culte coën était donc temporel et spirituel, et prétendait succéder au culte que célébrait originellement le premier Adam et dont il fut privé de par sa prévarication, culte nouveau que la créature est en devoir d'exécuter pour obtenir sa réconciliation.

 

 

sacrifice_abel.jpg

Le culte primitif et cosmique de Martinès de Pasqually,

était non pas de nature « magique »,

mais consistait essentiellement en un culte d'expiation,

de purification, de réconciliation et de sanctification. 

 

 

 

 

ingres-saint-raphael.jpgCependant, et en cela réside bien le problème, on n'éveille pas sans risque les domaines inconnus, et il fut toujours essentiel pour les coëns de s'assurer de la présence à leurs côtés des esprits bons par un ensemble requis de prières et de pratiques ascétiques et religieuses (jeune, veille, assistance régulière à la messe, régime alimentaire, abstinence sexuelle, etc.), esprits capables de veiller sur leur sûreté et la paix des  âmes – alors même que l’Ordre, en raison de sa fonction initiatique et de la réalité de sa transmission, assurait à cette époque un cadre protecteur apte à écarter les principaux dangers afférents à ces pratiques non dénuées de périls importants, ce qui n’est évidemment plus le cas aujourd’hui, les élus coëns dans leur forme originelle, et surtout l’Ordre qui encadrait et protégeait ces pratiques, ayant évidemment disparu de la scène de l’Histoire en 1781 lorsque le dernier successeur de Martinès, Sébastien Las Casas, décida de la fermeture des derniers Temples encore en activité et de la fin de l’Ordre.

 

II. Premières impressions de Saint-Martin face à la théurgie de Martinès

 

Si cette fin de l’Ordre en 1781, pourrait éventuellement correspondre à une disparition de la perspective coën, l’intérêt constant suscité par les pratiques qu’il proposait oblige toutefois à s’interroger sur les raisons qui conduisirent certains de ses membres éminents à s’éloigner des circonférences coëns.

 

spiritualité,théurgie,martinisme,ésotérisme,illuminisme,élus coëns,franc-maçonnerie,mystique,magie,occultisme,religion,traditionC’est le cas de Saint-Martin, dont nous avons à savoir pourquoi il se détourna de la théurgie des élus coëns, et en critiqua la pratique, alors qu’il avait entretenu, à partir de 1768, une relation étroite avec Martinès de Pasqually, relation qui n'aura de cesse de s'accroître au point que Saint-Martin deviendra, à terme, c'est-à-dire en 1771, le secrétaire du Souverain Grand Maître de l'Ordre, en succédant à l'abbé Pierre Fournié (1738-1825), qui avait avant lui occupé cet office. Saint-Martin découvrit les arcanes du travail opératif, les complexes rituels coëns, l'exercice des invocations, des conjurations, l'utilisation des noms sacrés, et peu à peu se familiarisa avec la théurgie tout en assistant son maître lors des pratiques rituelles ; il apprendra à tracer les cercles et sut très vite disposer savamment les luminaires dans la chambre d'opération afin que puissent s'effectuer les contacts avec les puissances invisibles.

 

Pourtant si Saint-Martin fut ordonné Réau+Croix le 17 avril 1772, atteignant ainsi le plus haut degré initiatique de l'Ordre des Elus Coëns, recevant à cette occasion la totalité du dépôt légué à ses disciples par Martinès de Pasqually, il rapporte qu’il s'étonnait, depuis les premiers temps de son initiation, de la lourdeur des préparations et de l’appareil complexe des cérémonies, comme il s’en explique : « Lorsquee dans les premiers temps de mon instruction je voyais le maître P. [Pasqually] préparer toutes les formules et tracer tous less emblèmes et tous les signes employés dans ses procédés théurgiques, je lui disais : Maître, comment, il faut tout cela pour prier le bon Dieu ! » (Portrait, 41.)

 

Cette première impression, sous la forme d’une affirmation aussi simple qu’évidente : « comment, il faut tout cela pour prier le bon Dieu ! »,  s’imposa même à terme comme devant être liée à une attitude en conformité avec cette conviction au sujet de l’inutilité des « formules, emblèmes et tous les signes employés dans les procédés théurgiques ».

 

 

cercle theurgie.jpg

 

« Maître, comment, il faut tout cela pour prier le bon Dieu ! »

(SM Portrait, 41.)

 

 

III. Rejet de la théurgie par Saint-Martin

 

Saint-Martin, après le départ pour Saint Domingue de Pasqually en mai 1772, insista lors de différentes occasions, et en particulier lors de sa visite en mars 1778 aux frères du Temple coën de Versailles, sur le fait que tout travail opératif oblige, de manière impérative, à ce que la présence de Dieu dans l'âme purifiée soit réelle, comme l'exigeait déjà il est vrai Martinès en son temps, avant toute entreprise invocatoire ou « conjuratoire ».

 

Toutefois, il s’imposera assez rapidement à Saint-Martin, que cette exigence préliminaire était en réalité non seulement indispensable, mais « l'objet » même, « l'objet » le plus élevé que pouvait espérer bénéficier et « recevoir » l'opérant par ses pratiques. Dès lors, il  apparaîtra inutile à Saint-Martin que l’homme s’alourdisse d'un pesant appareil rituel alors que l'on peut, immédiatement et surnaturellement, en raison de la nouvelle loi de grâce en vigueur depuis la venue du Divin Réparateur, communier aux lumières de l'Eternel dans la paix sereine de la pure intériorité.

 

Comme il est désormais connu, Saint-Martin n’hésitera pas à affirmer sa position avec force et vigueur, au risque de parfois choquer et étonner les adeptes qui s'approchaient de lui pour bénéficier de son savoir et de sa science.

table 2400 noms.gif 

(Registre des 2400 noms)

 

Pour Saint-Martin, les élus coëns

se limitaient à « une initiation selon les formes »

 

 

spiritualité,théurgie,martinisme,ésotérisme,illuminisme,élus coëns,franc-maçonnerie,mystique,magie,occultisme,religion,traditionRappelons, à ce sujet, la surprise et le trouble du frère Salzac du Temple coën de Versailles, dont il témoignera dans une lettre destinée au frère Disch de Metz après le passage de Saint-Martin, ce dernier ayant vivement reproché aux frères, sans doute avec quelque énergie, de se limiter à « une initiation par les formes », les invitant à se disposer, et à s'ouvrir, à une communion intuitive avec les « intelligences » prodiguées par les bienheureuses vertus de « l'œuvre épurée » :

 

- « Il paraît d'après ce T.P.M. [Saint-Martin], écrit le frère Salzac, que nous sommes dans l'erreur et que toutes les sciences que Don Martinès nous a léguées sont pleines d'incertitudes et de dangers, parce qu'elles nous confient à des opérations qui exigent des conditions spirituelles que nous ne remplissons pas toujours. Le frère Mallet à répondu que, dans l'esprit de Don Martinès, ses opérations étaient toujours de moitié pour notre sauvegarde, soit deux contre deux, pour parler comme notre maître, et que par conséquent si peu que nous fissions pour remplir la cinquième puissance que l'adversaire ne peut occuper, nous étions assurés de l'avantage. Mais le T.P.M. de Saint-Martin se tient à cette dernière puissance et néglige le reste, ce qui revient à placer le coche devant les chevaux. Nous lui avons fait observer que rien n'autorisait jamais des changements semblables ou plutôt suppressions, que nous avions toujours opéré ainsi avec Don Martinès lui même [...] M. de Saint-Martin ne donne aucune explication ; il se borne à dire qu'il a de tout ceci des notions spirituelles dont il retire de bons fruits, que ce que nous avons est trop compliqué et ne peut être qu'inutile et dangereux, puisqu'il n'y a que le simple de sûr et d'indispensable. Je lui ai montré deux lettres de Don Martinès qui le contredisent là-dessus, mais il répond que ce n'était pas la pensée secrète de D.M. [...] »

  

 

*

 

En 1792, dans une lettre à son ami Nicolas-AntoineKirchberger (1738-1800), Saint-Martin reviendra d’une manière bien plus explicite et détaillée sur la question qu’il fit à Martinès portant sur la méthode pour s’approcher de Dieu, et, réaffirma encore une fois sa conviction à propos de ses réserves à l’égard de la théurgie et des voies externes « selon les formes » :

 

- «Je ne regarde donc tout ce qui tient à ces voies extérieures que comme des préludes de notre œuvre, car notre être, étant central, doit trouver dans le centre où il est né tous les secours nécessaires à son existence. Je ne vous cache pas que j’ai marché autrefois par cette voie féconde et extérieure qui est celle par où l’on m’avait ouvert la porte de la carrière ; celui qui m’y conduisait avait des vertus très actives, et la plupart de ceux qui le suivaient avec moi ont retiré des confirmations qui pouvaient être très utiles à notre instruction et à notre développement malgré cela, je me suis senti de tout temps un si grand penchant pour la voie intime et secrète, que cette voie extérieure ne m’a pas autrement séduit, même dans ma plus grande jeunesse ; car c’est à l’âge de 23 ans que l’on m’avait ouvert sur cela : aussi, au milieu de choses si attrayantes pour d’autres, au milieu des moyens, des formules et des préparatifs de tout genre auxquels on nous livrait, il m’est arrivé plusieurs fois de dire à notre maître : Comment maître, il faut tout cela pour le bon Dieu ? et la preuve  [que] tout cela n’était que du remplacement, c’est que le maître répondait : il faut bien se contenter de ce que l’on a.  Sans vouloir donc déprécier les secours que tout ce qui nous environne peut nous procurer, chacun dans son genre, je vous exhorte seulement à classer les puissances et les vertus. Elles ont toutes leur département ; il n’y a que la vertu centrale qui s’étend dans tout l’empire. L’air pur, toutes les bonnes propriétés élémentaires sont utiles au corps et le tiennent dans une situation avantageuse aux opérations de notre esprit ; mais quand notre esprit a acquis, par la grâce d’en haut, ses propres mesures, les éléments deviennent ses sujets, et même ses esclaves, de simples serviteurs qu’ils étaient auparavant. Voyez ce qu’étaient les apôtres. » (Lettre à Kirchberger, 12 juillet 1792).

 

  

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« …la preuve  [que] tout cela n’était que du remplacement,

c’est que le maître répondait :

 ‘‘il faut bien se contenter de ce que l’on a’’. »

(Saint-Martin à Kirchberger, 12 juillet 1792).

 

 

 

IV. Supériorité de la « voie selon l’interne » pour Saint-Martin

 

theurgie_coen.gifOn pourrait, sans doute, mettre en parallèle les admonestations de Saint-Martin vis-à-vis des frères de Versailles, avec les propos sévères qu’il tiendra dans Ecce Homo (1792), propos qui semblent avoir été écrits à l'intention de certains adeptes par trop fascinés par les manifestations de l'externe, malheureusement oublieux des grandes vérités de la vie spirituelle, vérités qui nous sont rappelées dans ce texte en des termes empreints d'une grande lucidité :

 

- « Parmi ces voies secrètes et dangereuses, dont le principe des ténèbres profite pour nous égarer, dit Saint-Martin, nous pouvons nous dispenser de placer toutes ces extraordinaires manifestations, dont tous les siècles ont été inondés et qui ne nous frapperaient pas tant, si nous n'avions pas perdu le vrai caractère de notre être et surtout si nous possédions mieux les anales spirituelles de notre histoire, depuis l'origine des choses. Dans tous les temps, la plupart des voies ont commencé à s'ouvrir dans la bonne foi et sans aucune espèce de mauvais dessein de la part de ceux à qui elles se faisaient connaître. Mais faute de rencontrer, dans ces hommes favorisés, la prudence du serpent avec l'innocence de la colombe, elles y ont opéré plutôt l'enthousiasme de l'inexpérience, que le sentiment à la fois sublime et profond de la sainte magnificence de leur Dieu ; et c'est alors que le principe des ténèbres est venu se mêler à ces voies et y produire cette innombrable multitude de combinaisons différentes et qui tendent toutes à obscurcir la simplicité de la lumière. »

 

L'avertissement de Saint-Martin, devant les risques redoutables encourus par les imprudents, se fait à cet instant de son discours encore plus impératif, et ne il cache plus quel est l'objet véritable et principal de ses craintes : « Dans les unes [c.a.d. les voies secrètes et dangereuses], ce principe de ténèbres ne forme que de légères taches, qui sont comme imperceptibles et qui sont absorbées par la surabondance des clartés qui les balancent ; dans les autres, il y porte assez d'infection pour qu'elle y surpasse l'élément pur. Dans d'autres, enfin, il établit tellement sa domination, qu'il devient le seul chef et le seul administrateur. » (Ecce Homo, § 4.)

 

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« …le principe des ténèbres

est venu se mêler à ces voies… »

(Ecce Homo, § 4.)

 

D’autre part, une fois encore, dans un courrier destiné à son ami Kirchberger, le 19 juin 1797, le Philosophe inconnu revint sur le caractère particulier de l'initiation qu’il regardait comme étant la seule véritable, celle qui, pour lui, ne relevait que de l’interne, celle qui était dégagée des lourdeurs nuisibles que l’on retrouve dans les pratiques d’une théurgie pesante et souvent maladroite. Il n’est nullement nécessaire de s’encombrer de formes, de rites complexes, il convient, uniquement, déclare le théosophe d’Amboise, de  « s'enfoncer de plus en plus jusque dans les profondeurs de notre être », se référant à Jacob Boehme qui écrivait déjà en son temps : « Celui qui prie comme il faut opère intérieurement avec Dieu. » (J. Boehme, Lib. Apologeticus, § 10).

 

 

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« Celui qui prie comme il faut

opère intérieurement avec Dieu. »

(J. Boehme, Lib. Apologeticus, § 10.)

 

 

 

V. La seule initiation que je prêche…

 

Alors même que Saint-Martin désirait se rendre auprès de Kirchberger pour pouvoir faire sa connaissance et s’entretenir directement et de vive voix de certains objets, le Philosophe Inconnu expliquera donc, d’une façon extrêmement claire et précise, la différence existant selon-lui entre la voie externe et l’authentique initiation, entre ce que furent les enseignements de sa première école, et les lumières qui étaient devenues les siennes, alors qu’il disait avoir dépassé les limitations que lui imposait la méthode de son premier maître Martinès.

 

Ecoutons-le attentivement car chaque mot parle d’or, chaque phrase est un pur trésor de science spirituelle :

 

- « La seule initiation que je prêche et que je cherche de toute l’ardeur de mon âme, est celle par où nous pouvons entrer dans le cœur de Dieu, et faire entrer le cœur de Dieu en nous, pour y faire un mariage indissoluble, qui nous rend l’ami, le frère et l’épouse de notre divin Réparateur. Il n’y a d’autre mystère pour arriver à cette sainte initiation, que de nous enfoncer de plus en plus jusque dans les profondeurs de notre être, et de ne pas lâcher prise, que nous ne soyons parvenus à en sortir, la vivante et vivifiante racine ; parce qu’alors tous les fruits que nous devrons porter, selon notre espèce, se produiront naturellement en nous et hors de nous, comme nous voyons que cela arrive à nos arbres terrestres, parce qu’ils sont adhérents à leur racine particulière, et qu’ils ne cessent pas d’en pomper le suc. C’est là le langage que je vous ai tenu dans toutes mes lettres ; et sûrement, quand je serai en votre présence, je ne pourrais vous communiquer de mystère plus vaste et plus propre à vous avancer. Et tel est l’avantage de cette vérité précieuse, c’est qu’on peut la faire courir d’un bout du monde à l’autre, et la faire retentir à toutes les oreilles, sans que ceux qui l’écouteraient en pussent tirer d’autre résultat que de la mettre à profit, ou de la laisser là, toutefois sans exclure les développements qui pourraient naître dans nos entrevues et nos entretiens, mais dont vous êtes déjà si abondamment pourvu par notre correspondance, et plus encore par les minutieux trésors de notre ami B. [Boehme] qu’en conscience, je ne puis vous croire dans la disette, et que je la craindrai bien moins encore pour vous à l’avenir, si vous voulez mettre en valeur vos excellents fonds de terre.C’est, dans ce même esprit, que je vous répondrai sur les différents points que vous m’engagez à éclaircir dans mes nouvelles entreprises. La plupart de ces points tiennent précisément à ces initiations par où j’ai passé dans ma première école, et que j’ai laissées depuis longtemps pour me livrer à la seule initiation qui soit vraiment selon mon cœur. Si j’ai parlé de ces points-là dans mes anciens écrits, ç’a été dans l’ardeur de cette jeunesse, et par l’empire qu’avait pris sur moi l’habitude journalière de les voir traiter et préconiser par mes maîtres et mes compagnons.

 

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« La seule initiation que je prêche (…),

est celle par où nous pouvons entrer dans le cœur de Dieu,

et faire entrer le cœur de Dieu en nous,

pour y faire un mariage indissoluble,

qui nous rend l’ami, le frère

et l’épouse de notre divin Réparateur. »

(Saint-Martin à Kirchberger, 19 juin 1797).

 

 

 

 

Mais je pourrais moins que jamais, aujourd’hui, poussé loin quelqu’un sur un article, vu que je m’en détourne de plus en plus ; en outre, il serait de la dernière inutilité pour le public, qui en effet, dans de simples écrits, ne pourrait recevoir là-dessus des lumières suffisantes, et qui d’ailleurs, n’aurait aucun guide pour l’y diriger : ces sortes de clartés doivent appartenir à ceux qui sont appelés à en faire usage par l’ordre de Dieu, et pour la manifestation de sa gloire et quand ils sont appelés de cette manière, il n’y a pas à s’inquiéter sur leur instruction, car ils reçoivent alors sans aucune difficulté et sans aucune obscurité mille fois plus de notions, et des notions mille fois plus sûres que celles qu’un simple amateur comme moi, pourrait leur donner sur toutes ces bases. En vouloir parler à d’autres, et surtout au public, c’est vouloir en pure perte stimuler une vaine curiosité, et vouloir travailler plutôt pour la gloire de l’écrivain que pour l’utilité du lecteur ; or, si j’ai eu des torts en ce genre dans mes écrits, j’en aurais davantage, si je voulais persister à marcher de ce même pied : ainsi mes nouveaux écrits parleront beaucoup de cette initiation centrale, qui par notre union avec Dieu, peut nous apprendre tout ce que nous devons savoir ; et fort peu de l’anatomie descriptive de ces points délicats sur lesquelles vous désireriez que je portasse ma vue, et dont nous ne devons faire compte qu’autant qu’ils se trouvent compris dans notre département et dans notre administration.

 

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« A notre véritable théurgisme,

il ne faut d’autre flamme que notre désir,

d’autre lumière que celle de notre pureté. »

(Saint-Martin à Kirchberger, 19 juin 1797).

 

 

 Je vous dirai que, dans les générations spirituelles de tout genre, cet effet doit vous paraître naturel et possible puisque les images ayant des rapports avec leurs modèles, doivent toujours tendre à s’en rapprocher. C’est par cette voie que marchent toutes les opérations théurgiques, ou s’emploient les noms des esprits, leurs signes, leurs caractères, toutes choses qui, pouvant être données par eux, peuvent avoir des rapports avec eux ; c’est par là que marchaient les sacrifices lévitiques ; c’est par là, surtout, que doit marcher la loi de notre initiation centrale et divine, par laquelle en présentant à Dieu, aussi pure que nous pouvons, l’âme qu’il nous a donnée, et qui est son image, nous devons attirer le modèle sur nous et former par là la plus sublime union qu’ait jamais pu faire aucune théurgie ni aucune cérémonie mystérieuse dont toutes les autres initiations sont remplies. Quant à votre question sur l’aspect de la lumière ou de la flamme élémentaire, pour obtenir les vertus qui lui servent de marche, vous devez voir qu’elle rentre absolument dans le théurgique, et dans le théurgique qui emploie la nature élémentaire, et comme telle, je la crois inutile et étrangère à notre véritable théurgisme, ou il ne faut d’autre flamme que notre désir, d’autre lumière que celle de notre pureté. Cela n’interdit pas cependant les connaissances très profondes que vous pouvez puiser dans B. [Boehme] sur le feu et ses correspondances ; il y a de quoi vous payer de vos spéculations ; les connaissances plus actives sur ce point doivent naître dans les opérations spirituelles sur les éléments ; et là-dessus, je n’ai rien de plus à ajouter. » (Lettre à Kirchberger, 19 juin 1797.)

 

VI. L’initiation véritable selon Saint-Martin : « la science de l’homme »

 

 

Le Philosophe Inconnu, cette idée étant de première importance du point de vue de l’analyse, avait donc perçu avec force que la tragique situation dans laquelle se trouve l'homme, abandonné en ce monde ténébreux au pouvoir des forces négatives, exige un travail de totale régénération qui ne peut se contenter des pauvres instruments que lui offrent une nature déchue et un esprit prisonnier et infesté par la corruption. C'est donc un tout autre chemin qui doit être parcouru, loin des « objets figuratifs et allégoriques, [des] institutions symboliques (...) qu'on ne regarde plus dès qu'on en a découvert le mot... » (L'Homme de désir, § 177).

 

Saint-Matin comprendra rapidement, et c'est là la raison de son retrait et de sa prise de distance d'avec les voies incomplètes, et en particulier la théurgie des élus coëns, que de par le caractère foncièrement dégradé de l'être, ni les cérémonies, ni les rites complexes n'ont le pouvoir de modifier le cœur de l'homme.

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« La famille humaine

n'a plus de ressource et de salut

que dans la supplication,

et le recours à la miséricorde du Seigneur… »

(Le Nouvel homme, § 7.)

 

 

 

magie.jpgDes années, parfois même une vie entière à recevoir des grades, à exécuter de savantes mise en scène, à célébrer des cérémonies, fussent-elles d’une nature initiatique supérieure, ne produisent aucun changement dans l'interne. Les vices ne sont aucunement déracinés, les mêmes travers, les identiques défauts et la dérisoire petitesse triomphent toujours malgré les augustes titres dont se parent les individus, titres qui ne parviennent pas à cacher la pauvre misère spirituelle de la créature bien que flattant, plus qu'il ne conviendrait, sa risible vanité.

 

L'esprit de l'homme, de par la maladie dont il est affecté, exige un tout autre remède, réclame un traitement bien différent que les expédients externes ; il lui est nécessaire d'emprunter une voie à l'exigence plus secrète et profonde, l’obligeant à s'éloigner au plus vite des impasses catégoriques, des sentiers déviés où, à aucun moment, n'est véritablement traitée et purifiée la noire constitution de l'âme. C’est ce que Joseph de Maistre (1753-1821) désignait pertinemment sous le nom de « science de l’homme », science par excellence qui est le but effectif de l’initiation et du christianisme transcendant.

 

 

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« …notre union avec Dieu,

peut nous apprendre tout ce que nous devons savoir.. »

 

 

 

Saint-Martin sut donc rappeler qu’il ne sert absolument à rien aux hommes, enivrés par des titres illusoires et des fonctions augustes, de louer la vertu, de vanter l'incomparable valeur de la piété et des pensées droites, de chanter des odes, la plupart du temps sans conscience, à l'Être éternel et Tout-Puissant, de pratiquer des invocations ou des ex-conjurations, alors qu’il leur suffit de se mettre, concrètement et positivement, à genoux et prier. Qu’il importe aux âmes de confesser leur crime, de mettre leur tête entre leurs mains et, tout en pleurant, crier avec sincérité vers le Seigneur en disant :

 

- « Mon Dieu, je sais bien que vous êtes la vie, et que je ne suis pas digne que vous approchiez de moi, qui ne suis que souillure, misère et iniquité. Je sais bien que vous avez une parole vive, mais que les ténèbres épaisses de ma matière empêchent que vous ne la fassiez entendre aux oreilles de mon âme. Faites-en néanmoins descendre en moi une assez grande abondance de cette parole, pour que son poids puisse contre-balancer la masse du néant dans lequel est absorbé tout mon être, et qu'au jour de votre universel jugement, ce poids et cette abondance de votre parole, puissent me soulever hors de l'abîme, et me faire remonter vers votre sainte demeure... » (Le Nouvel homme, § 1.)

 

Il est en effet nécessaire, dans l’état que se trouve l’homme actuellement, de s'humilier, de mettre à nu son cœur, de reconnaître son crime, d’avouer son iniquité et sa faiblesse, de se frapper la poitrine tout en descendant en lui-même, et comprendre que «  (...) la famille humaine n'a plus de ressource et de salut que dans la supplication, et le recours à la miséricorde du Seigneur, d'autant que les nouvelles prévarications des générations successives, ne font qu'accroître les maux et la misère de l'homme. » (Le Nouvel homme, § 7.)

 

VII. La prière active ou la « théurgie cardiaque »

 

 

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« Ton Être intellectuel [est] le véritable temple ;

les flambeaux qui le doivent éclairer

sont les lumières de la pensée qui l'environnent…

le sacrificateur c'est ta confiance…

les parfums et les offrandes, c'est [ta] prière,

c'est [ton] désir et [ton] autel pour le règne de l'exclusive unité. »

(Le Tableau naturel, XVII).

 

 

 

De ce fait, la prière est envisagée et regardée par Saint-Martin, d'une manière bien différente de la façon dont elle est conçue habituellement par le commun des mortels, elle doit être perçue sous un angle original où elle se révèle, quasi miraculeusement, dans une dimension rarement entrevue devenant, par l'effet d'une révélation inattendue, une authentique prière active - une théurgie « cardiaque », c’est-à-dire une théurgie selon l’interne dépourvue de tout l’appareil cérémoniel tel qu’il était utilisé chez les élus coëns, appareil considéré par Saint-Martin comme superflu et par trop matériel afin de viser l’essentiel. Il est de la sorte possible de qualifier plus précisément cette « prière active » en suivant Saint-Martin, en la désignant comme une « prière vivante », une « prière opérante » parce que bouleversante ; prière qui engage et entraîne vers les rivages de l'immensité, au seuil de la Cité Sainte où se trouve le Temple dans lequel sont célébrés les mystères du culte originel :

 

- « Apprend [que ton] Être intellectuel [est] le véritable temple ; que les flambeaux qui le doivent éclairer sont les lumières de la pensée qui l'environnent et le suivent partout ; que le sacrificateur c'est ta confiance dans l'existence nécessaire du Principe de l'ordre de la vie ; c'est cette persuasion brûlante et féconde devant qui la mort et les ténèbres disparaissent ; que les parfums et les offrandes, c'est [ta] prière, c'est [ton] désir et [ton] autel pour le règne de l'exclusive unité. » (Le Tableau naturel, XVII).

 

 

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« combien l'homme court de dangers

dès qu'il sort de son centre

et qu'il entre dans les régions extérieures. »

(Ecce Homo, § 4.)

 

 

 

La nécessité de l'intériorité, de la voie purement secrète, silencieuse et invisible, se justifie pour Saint-Martin, en raison de la présente faiblesse constitutive de la créature, de sa désorganisation complète et de son inversion radicale, plongeant de ce fait les êtres dans un milieu infecté, une atmosphère viciée et corrompue, qui guettent chacun de nos pas lorsque nous nous éloignons de notre source et délaissons notre « centre », qui mettent en péril notre esprit lorsque, par imprudence et présomption, nous osons outrepasser les limites des domaines sereins protégés par l'ombre apaisante de la profonde paix du cœur :

 

- « Aussi à peine l'homme fait-il un pas hors de son intérieur, que ces fruits des ténèbres l'enveloppent et se combinent avec son action spirituelle, comme son haleine, aussitôt qu'elle sort de lui, serait saisie et infestée par des miasmes putrides et corrosifs, s'il respirait un air corrompu. La Sagesse suprême sait si bien que tel est l'état de nos abîmes, qu'elle emploie les plus grandes précautions pour y percer et nous y apporter ses secours ; encore n'est-elle malheureusement que trop souvent contrainte de se replier sur elle-même par l'horrible corruption dont nous imprégnons ses présents (...) combien (...) l'homme court de dangers dès qu'il sort de son centre et qu'il entre dans les régions extérieures. » (Ecce Homo, § 4.)

 

- « Non seulement tu n'imiteras point ces nations impies qui ont dressé les autels sur tous les hauts lieux, sous des arbres touffus, et qui là offrent leurs sacrifices au Soleil, à la Lune, et à toute la milice du ciel, mais tu renverseras tous ces hauts lieux, tous ces autels et toutes ces idoles qui y sont honorées ; tu ne laisseras pas subsister la moindre trace de ce culte impie, selon que le Seigneur ton Dieu te l'a ordonné, et tu viendras dans le lieu que le Seigneur t'aura indiqué pour lui immoler tes victimes. (…) Tu éviteras donc, avec grand soin, d'aller sacrifier au Seigneur dans d'autres lieux de ton être, que dans ce Saint des Saints qui est le seul asile sacré qu'il ait pu se réserver dans les du temple de l'homme. (…) Tu éviteras, avec grand soin, de dresser un autel à toute la région des astres, ‘‘si tu ne veux pas qu'un jour à venir tes os restent exposés sur la terre, à toutes les étoiles du firmament, comme le furent les os du roi Jéroboam’’. (Le Nouvel Homme, § 27).

 

 

L'homme doit donc se persuader qu'il n'a rien à attendre des régions étrangères, il a, bien au contraire, à travailler, à creuser en lui afin d'y découvrir les précieuses lumières enfouies qui attendent depuis l'éternité d'être mises à jour et, enfin, portées à la révélation. Les trésors de l'homme ne sont pas situés dans les lointains horizons inaccessibles, ils sont à ses pieds, ou plus exactement en son cœur ; ils demeurent patiemment dissimulés, ils rayonnent sourdement, effacés et oubliés, sous le bruit permanent de l'agitation frénétique qui porte, dans une invraisemblable et stérile course, les énergies vers les réalités  non essentielles et périphériques. Saint-Martin insistera sur ce point avec force :

 

- « Par ses imprudences, l'homme est plongé perpétuellement dans des abîmes de confusion, qui deviennent d'autant plus funestes et plus obscurs, qu'ils engendrent sans cesse de nouvelles régions opposées les unes aux autres et qui  font que l'homme se trouvant placé comme au milieu d'une effroyable multitude de puissances qui le tirent et l'entraînent dans tous les sens, ce serait vraiment un prodige qu'il lui restât dans son cœur un souffle de vie et dans son esprit une étincelle de lumière. (...) l'œuvre véritable de l'homme se passe loin de tous ces mouvements extérieurs. » (Ecce Homo, § 4).

 

L'œuvre véritable se passe effectivement loin de l'extérieur car c'est dans l'interne, derrière le second voile du Temple que se déroulent les rites sacrés, qu'ont lieu l'authentique culte spirituel et la liturgie divine célébrés par l'exercice constant de la prière et de l'adoration.

 

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« Saint-Martin prétend

que le seul criterium de toute manifestation

réside dans une conscience éclairée par la prière.

C’est ce qu’il appelle la voie interne ou intérieure… »

(F. von Baader, Les enseignements secrets de M. de Pasqually)

 

 

Franz von Baader (1765-1841), lecteur attentif et admiratif du Philosophe Inconnu, confirma que nul plus que Saint-Martin n’avait insisté sur la nécessaire prudence, pour ne pas dire réserve, qu’il convenait d’observer à l’égard des phénomènes sensibles si l’on veut approcher réellement de l’authentique spiritualité, et mentionna l’attitude vigoureusement critique du Philosophe Inconnu vis-à-vis des élus coëns qui se livraient encore à ce type d’expériences, alors que le seul remède pour l’homme de désir est une conscience éclairée par la prière : « Il est croyons-nous difficile d’aller plus loin que Saint-Martin dans la suspicion des phénomènes sensibles. Que prétend-il donc ? Il prétend que le seul criterium de toute manifestation réside dans une conscience éclairée par la prière. C’est ce qu’il appelle la voie interne ou intérieure ; voie en faveur de laquelle il combattra plus ou moins ouvertement, dès 1777, le cérémonial et les formules théurgiques dont faisaient encore usage les quelques Elus-Coëns du nord de la Loire, restés sous l’administration du Tribunal Souverain de Paris sous la direction spirituelle du Grand Maître R+C et Grand Souverain Caignet de Lestère, successeur de Martinès de Pasqually. » [8] C'est ce que résume également Robert Amadou (1924-2006) : « Louis-Claude de Saint-Martin, s’est aperçu très vite que la théurgie cérémonielle était un pis aller. Et il s’en est aperçu à la suite de Martinès de Pasqually lui-même (…) Autrement dit, pour Martinès de Pasqually, la théurgie cérémonielle est indispensable parce que nous avons besoin d’intermédiaires, nous avons besoin de médiateurs, nous avons besoin d’assistance. Pour Louis-Claude de Saint Martin, un seul médiateur, un seul intermédiaire, un seul auxiliaire est nécessaire, c’est Notre Seigneur Jésus-Christ. » [9]


 

 

Conclusion

 

Sacrifice du temple.jpgSaint-Martin, dans sa réflexion, qui se traduisit par des écrits et des actes parfois relativement radicaux, est parti d’un constat qui paraît simple à vue immédiate, mais qui pourtant peine à s’imposer dans l’âme : depuis le Golgotha et la fin du culte mosaïque les prescriptions antérieures de la loi sont abolies et un autre principe s’est imposé, créant de ce fait une situation absolument nouvelle pour les hommes dans leur relation à la Divinité leur donnant, avec une liberté souveraine, d’accéder directement au Sanctuaire.

 

Il sera sans doute utile de préciser avant que de conclure, que le rejet par Saint-Martin des opérations externes des élus coëns, qu'il connaissait parfaitement pour les avoir très largement expérimentées dans sa jeunesse avec son premier maître à Bordeaux, s’explique ainsi par trois raisons principales :

 

- 1°) L’inutilité des pratiques externes afin de réaliser l'expiation et la sanctification, alors que c’est le cœur, le véritable sanctuaire de l’homme, qui doit être purifié, ce en quoi consiste l’initiation authentique puisque c’est dans ce lieu où se célèbre à présent le culte d’adoration à l’Eternel, écrivant : « Malheur à celui qui ne fonde pas son édifice spirituel sur la base solide de son cœur en perpétuelle purification et immolation par le feu sacré. » (Portrait, 427).

 

- 2°) Les risques considérables encourus par le théurge, lorsque, évoquant certaines puissances angéliques ou les esprits intermédiaires, il le fait sans avoir veillé à la rigoureuse pureté de son cœur, animant et appelant, certes involontairement mais cependant objectivement, des forces redoutables, des éléments obscurs et des puissances ténébreuses incontrôlables, qu'il n’est absolument pas en mesure de maîtriser et qu'il voit souvent se retourner contre lui-même en toute impuissance, avec les prévisibles conséquences négatives et les graves dommages que l'on peut supposer du point de vue spirituel.

 

- 3°) Enfin, et c’est sans doute le plus important, Saint-Martin eut une conscience vive de ce que constituait l’œuvre salvatrice et salvifique de Jésus-Christ sur la Croix qui, de façon irréversible, représente désormais un changement complet de l’économie réparatrice et des conditions par lesquelles l’homme doit s’approcher de la Divinité afin d'obtenir sa réconciliation. En effet aujourd’hui le voile du Temple n’est plus et chacun a libre accès, par la foi, au Sanctuaire du Ciel : « Le voile de ton temple se déchirera en deux depuis le haut jusqu'en bas, parce que ce voile est l'image de l'iniquité qui sépare ton âme de la lumière où tu as pris ton origine ; et comme en se divisant en deux parts il laisse à tes yeux un accès libre à cette lumière qui t'était inaccessible auparavant, c'est assez clairement t'indiquer que c'était la réunion de ces deux parts qui avait formé ta prison, et qui te retenait dans les ténèbres ; nouvelle image de cette iniquité que le Réparateur n'a pas craint de traverser en paraissant sur le Calvaire au milieu de deux voleurs, afin de te donner la force et les moyens de briser en toi à ton tour cette iniquité. » (Le Nouvel Homme, § 67).

 

Saint-Martin témoigne donc d’une conviction unique et centrale à travers toute son œuvre et sa vie, à savoir que ce qui s’est accompli à Jérusalem sur le mont du crâne, est un acte qui a transformé définitivement le rapport à Dieu et le processus de retour en grâce, et il est dès lors profondément impie, pour ne pas dire objectivement sacrilège, de réédifier de nouveau des barrières ou de reconstituer artificiellement le voile déchiré du Temple, même sous une forme symbolique au sein de systèmes initiatiques qui séparent et éloignent les créatures - pourtant délivrées de la loi, réconciliées par la foi et régénérées par le baptême dans le sang de l’agneau - du Saint des Saints où elles ont librement accès par le don de la grâce du Divin Réparateur, le Messie YHSWH.

 

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« Que toutes les voix célèbrent le Réparateur universel,

l'agneau sans tache intérieure, et extérieure,

celui dont la nature est vivante de la vie même,

celui qui a ouvert pour nous les canaux des deux Alliances,

par lesquelles seules nous pouvons recouvrer l'explication de notre être. »

(Le Nouvel homme,  § 51.)

 

 

 

Notes.

 

1. Personnage déroutant qui semble avoir hérité, sans doute par transmission familiale mais sans pouvoir être certain, d'un enseignement judéo-chrétien dont nul, jusqu'à présent, de par une absence quasi totale de documents, n'a pu véritablement déterminer la nature, Martinès par son action, au XVIIIe siècle, bouleversera de nombreux maçons fréquentant les loges et les cercles versés dans les sciences cachées, érigeant une structure initiatique qui le rendra, aux yeux de l'histoire, immensément célèbre, structure connue sous le nom d'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l'Univers, qu’il avait baptisé, initialement, Ordre des Elus Coëns de Josué. S'il mit, pendant plusieurs années, une réelle énergie à ouvrir de nombreux Temples en France (Montpellier, Toulouse, Foix, Bordeaux, Versailles, Paris, Lyon, etc.), où seront pratiqués et étudiés les complexes rituels coëns, on retiendra surtout l'importance des éléments théoriques exposés par Martinès de Pasqually qui vont d’ailleurs jouer un rôle significatif dans le domaine de la maçonnerie willermozienne.

 

2. Proclus, Commentaire sur les Oracles chaldaïques, in Oracles chaldaïques, trad. É. des Places, Les Belles Lettres, 1996. Voir également : H. Lewy, Chaldæan Oracles and Theurgy. Mysticism, Magic, and Platonism in the Later Roman Empire, Études Augustiniennes et Turnhout, 1978, & C. Van Liefferinge, La théurgie. Des Oracles chaldaïques à Proclus, Philologie classique, ULB, Bruxelles, 1997.

 

3. Cf. G. Le Pape, Les écritures magiques, Aux sources du Registre des 2400 noms d’anges et d’archanges de Martines de Pasqually, Arché/ EDIDIT, 2006. Le manuscrit du Registre des 2400 noms qui se trouve dans le fonds Prunelle de Lière (BM de Grenoble T4188) - il provient de la plume de Saint-Martin qui avertissait Willermoz en 1771 lui avoir expédié de Bordeaux la « Table alphabétique des 2400 noms » -, est un classement par ordre alphabétique en 22 lettres (hormis les lettres J, W, X et Y), lettres auxquelles sont adjoints cent noms angéliques, soit 2200 noms complétés par 270 noms supplémentaires. La liste est constituée en tableaux faisant figurer en face des noms angéliques des caractères et des hiéroglyphes, montrant la conformité de Martinès avec les méthodes magiques et théurgiques traditionnelles qui distinguaient entre hiéroglyphes et caractères tout en établissant pour chacun des correspondances planétaires, bien que le théurge bordelais n’hésite pas à faire parfois preuve d’imagination en élaborant des interprétations inédites qui lui sont personnelles.

 

 

4. Cette obligatoire appartenance à l’Eglise catholique apostolique et romaine n’était pas un point subsidiaire pour les élus coëns, même si les diverses chapelles issues des deux résurgences « néo-coëns » contemporaines provenant de Jean Bricaud (1881-1934) et de Georges Bogé de Lagrèze (1882-1946), curieusement, n’y ont attaché aucune importance, alors qu’il s’agissait d’un point disciplinaire qui conditionnait l’appartenance même à l’Ordre du temps de Martinès. Cette profession de catholicité devait se traduire, concrètement, par la proclamation sous serment de l’adhésion de chaque émule à Rome. En effet, pour être admis dans l’Ordre, le postulant, après acceptation de sa candidature, était l’objet d’un rigoureux examen sur sa religion comme le stipulent les Statuts Généraux : « Avant l’examen, on lira au candidat les quatre premiers articles du premier chapitre de ces Statuts ; on le préviendra qu’on va l’examiner sur tout ce qui y est contenu, qu’on va exiger de lui le serment de répondre la vérité sur tous ces articles et de les observer, de même que d’être fidèle à son roi [et] à la religion chrétienne ; que s’il ne se trouve pas en état de répondre la vérité sur tout cela, il peut se retirer, que jamais il ne sera question de ce qui se passe entre lui et nous, et dans le même instant l’examinateur fera jurer tous les frères assistants de garder le secret. Si le candidat persiste, on lui fera quitter son épée, il mettra genou droit en terre, la main droite sur la Bible ; tous les frères lui présentant la pointe de l’épée. Dans cet état, il jurera sur tous les articles en détail. Après quoi, il sera averti du jour de sa réception. » (Statuts Généraux,  Article IV « Des voix et enquêtes de réception et d’agrégation », 1767). Sachant par ailleurs que lors de la cérémonie de réception au premier grade d’Apprenti le récipiendaire devait prononcer de nouveau sous serment : « Je, N... promets d'être fidèle à ma sainte religion Catholique, apostolique et romaine, de même qu'à mon roi et à ma patrie, contre lesquels je ne prendrai jamais les armes. Je promets d'être fidèle à mes Frères, de les secourir de mon bras, de ma bourse et de mes conseils, autant qu'il me sera possible. Je m'engage envers eux, comme ils se sont engagés envers moi.» (Cf. Réception au grade d’Apprenti symbolique, Obligation – deuxième tiers). Enfin, pour que ce critère religieux ne puisse s’oublier, lors de l’une des cérémonies dites des « quatre Banquets d'obligation annuelle de l'Ordre des Coëns » (Trinité, St. Jean-Baptiste, St. Jean l’Evangéliste, Pâques), une fois l’an à l’occasion de la fête de la Trinité : « Tous les frères de chaque établissement assisteront à une messe qui sera commencée à neuf heures et demie pour être finie à dix heures et demie ; et reviendront tous au parvis du temple », après quoi on y procédait au rituel de « Renouvellement des engagements », dans lequel chacun devait déclarer : « Je, (N. N. de famille et de baptême) promets au G. A. de l'Univers d'être inviolablement attaché à sa sainte loi, à ses préceptes, à ses commandements, à ma religion, à mon Roi, à ma patrie et à mes frères. » (Cf. Manuscrit d’Alger, BNF Paris, FM 41282). Robert Amadou était donc tout à fait autorisé à pouvoir affirmer : « Le culte primitif (…) n'empêche pas l'adhésion à l'Eglise catholique romaine, et non seulement, le culte primitif n'empêche pas mais encore il requiert cette adhésion. Martines de Pasqually exigeait non seulement que ses adeptes, ses disciples, fussent baptisés, mais encore qu'ils appartinssent à l'Eglise catholique romaine. Lorsqu'il y avait des candidats protestants, on les faisait abjurer ou l'on abjurait en leur nom. » (Entretien avec Robert Amadou, ance Culture, le 4 mars 2000).

 

5. Jérôme Rousse-Lacordaire, o.p., dans une étude très intéressante, a mis à jour l’origine des prières que les élus coëns utilisaient quotidiennement, indiquant comme sources l’Horologium auxiliaris tutelaris Angeli, et L’Ange conducteur de Jacques Coret, ouvrages populaires de piété angélique, montrant également des emprunts directs au Petit Livre du chrétien dans la pratique du service de Dieu et de l’Église de Jérémie Drexel (1698). (Cf. La journée chrétienne des Élus coëns, Renaissance Traditionnelle, n° 142– Avril 2005)

 

6. Le « De circulo et ejus compositione » par exemple, qui est à  la base du système invocatoire des élus coëns, est un extrait de l'Heptameron de Pierre d’Abano, le maître en science théurgique et magique d’Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim, ouvrage dans lequel est exposée la manière de tracer les cercles et de conduire les opérations. Accusé à de nombreuses reprises par le Tribunal de l’inquisition (1304-1315) de pratiquer la magie cérémonielle et nécromantique fondée sur l'invocation des anges, l’utilisation d’images, d’amulettes et  talismans, on mesure l’influence de Pierre d’Abano sur Martinès qui fit lui-même un usage constant des phylactères, talismans, cercles, exorcismes, bénédictions, conjurations, etc., dont il préconisait l’usage à ses émules, ayant même établi un tracé talismanique pour chaque jour de la semaine, ceci en parfaite conformité avec le manuscrit magique d’Abano.


7.
Robert Amadou écrit justement, même si les sources de théurgie kabbalistique nous semblent en réalité directement plonger leurs racines dans la Merkabah et l’immense corpus littéraire qui fut désigné sous le nom de Maassé Merkavah (l'Œuvre du Char), ceci en parallèle de la théorisation de la théurgie néoplatonicienne de Jamblique dont toutes les écoles médiévales de la kabbale hériteront secrètement par la suite : « La théurgie rapproche Martinès de la kabbale et surtout des écoles kabbalistiques d'Espagne. Parmi les nombreux textes dans lesquels la théurgie ou la magie occupent une place importante : le Séfer ha-Bahir, le Séfer de l'ange Raziel, le Séfer ha-Razim, le Séfer ha-Meshir, la Clavicula Salomonis, ou Séfer Mafté'ah Chelomo, simples exemples. Tous ne sont pas d'origine juive, certains combinent des éléments chrétiens et arabes, de l'hellénisme en arrière-plan souvent. » (R. Amadou, Introduction au Traité sur la Réintégration des êtres, Collection Martiniste, Diffusion Rosicrucienne, 1995, pp. 22-25).

 

8. F. Baader (von), Les enseignements secrets de Martinès de Pasqually, précédés d’une notice sur le Martinézisme et le Martinisme, Télètes, 1989, pp. LXV-LXVI.

 

9. R. Amadou, Louis-Claude de Saint Martin, le Philosophe Inconnu, France Culture le 31/7/1986.