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dimanche, 09 avril 2017

Entretiens spirituels et écrits métaphysiques

« Voie » de l’ontologie fondamentale et de l’ésotérisme mystique

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Il n'y a rien à posséder ultimement du mystère existentiel,

rien à conquérir de façon positive de cette origine en devenir d’elle-même,

et il n'y a non plus rien à dépasser, car l'Être n'est jamais atteint ;

 il séjourne dans son retrait, il demeure inaccessible éternellement dans son « Néant ».

 «Voguez à ma suite, dans l’abîme […]

Voguez ! L’abîme libre blanc, l’infini sont devant vous. »

(Kasimir Malevitch, Le Suprématisme, 1919).

 

Une seule question est de nature fondamentale, celle de l’essence de « l’Être » en sa vérité principielle,  ce qui relève, évidemment, de « l’ontologie » par excellence, et en ce qui concerne l’orientation spécifique de la recherche spirituelle et initiatique véritable, c’est-à-dire à la fois « non-apocryphe » et authentiquement transcendante, une ontologie qui ne peut être, en raison de la situation des conditions de la présence de l’être au monde, et sa nature foncièrement dialectique, qu’une « ontologie négative ».

I. Les deux « voies » ontologiques fondatrices

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Conséquemment, et à ce titre Martin Heidegger (1889-1976), et Joseph de Maistre sont en parfait accord dans le constatlouis-claude de saint-martin,cathares,catharisme,dualisme,être,non-être,néant,ontologie,ontologie négative,jean-marc vivenza,franc-maçonnerie,initiation,ésotérisme,martinisme,martinès de pasqually,illuminisme,pasqually,théosophie,tradition,vivenza,histoire,spiritualité,jacob boehme,origène,fénelon,christianisme transcendant,christianisme,doctrine de la réintégration,réintégration,religion,mystique,maître eckhart,denys l’aréopagite,hegel,origénisme,émanation,deux principes,non-dualisme,plotin,mysterium magnum,philosophie,métaphysique,vacuité,infini,joseph de maistre,saint augustin,rené guénon,martin heidegger,nihilisme qu’il n’y a pas d’extériorité par rapport au « nihilisme », c’est-à-dire qu’il n’existe pas d’alternative, de nostalgie d’un avant ou d’un après, c’est l’existence elle-même, par delà les époques, qui est plongée dans l’abîme du nihil (rien), qui est confrontée, depuis la rupture originelle, de par son « déchirement » [1], à la nécessité d’affronter la question de l’absence, du délaissement, de l’angoisse et de la perte, du tragique de l’échec et de la mort, pour le dire en un mot du « mal », car l’expérience du monde que nous éprouvons participe d’une détermination à l’antagonisme de deux forces contraires qui sont présentes partout dont l’homme n’a pas le pouvoir de se libérer, puisque c’est une détermination structurelle ontologique : « L'être-dans-le-monde est un existential, c'est-à-dire une détermination constitutive de l'exister humain, un mode d'être propre à l'être-là. [...] L'être-dans-le-monde, en tant qu'existential, est une relation originaire.» [2]

II.  La détermination au négatif est inscrite dans l’Être

Exister, être, c'est donc être jeté de « l’Unité » vers la division, projeté « du haut vers le bas » disait Origène (+ 252) [3], abandonné dans le relatif, le contingent, c'est être dépendant totalement de faits et de causes qui déterminent la non-possibilité de l’harmonie et de la durée, et rendent totalement vaines et vouées à l’inutilité les infructueuses tentatives humaines - notamment politiques, mais pas seulement, car on peut y adjoindre, l’art, la philosophie, la science, etc. -, qui tendent à modifier les conditions de l’être au monde. 

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« Le mal a tout souillé, et dans un sens très vrai

tout est mal puisque rien n’est à sa place [...]

Tout les êtres gémissent et tendent avec effort

vers un autre ordre des choses.»

- Joseph de Maistre -

Joseph de Maistre affirmait : « Le mal a tout souillé, et dans un sens très vrai tout est mal puisque rien n’est à sa place [...] Tout les êtres gémissent et tendent avec effort vers un autre ordre des choses.» [4] Mais après la Révolution, suite un examen approfondi de ses causes, il comprit qu’aucun temps n’était exempt de négativité, et étendit le diagnostic de façon transversale à l’Histoire elle-même, voyant d’ailleurs que la « Révolution », de par sa nature antichrétienne, son violent rejet de toutes les formes de sacralité, ayant mené un combat violent contre l’Église et son clergé qui est allé jusqu’aux crimes les plus abominables, participait non pas des idées politiques, mais de l’histoire des religions [5]

III. L’bandon de tout but positif (l’’apolitia) comme principe et ascèse spirituelle

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Ayant perçu cette origine, il convient d’abandonner tout but positif extérieur rendu irréalisable, non pas parce que cette époque serait celle de la « dissolution générale », mais parce qu’il est nécessaire de comprendre que la détermination au négatif est inscrite, depuis toujours, dans l'Être, qu’elle réside et demeure de façon intangible dans le « Tout », c’est-à-dire la totalité de « l’exister » même, et il qu’il n'y a en conséquence eu de réalité en ce monde, avant même le début des temps, de façon permanente, que déterminée et soumise, c'est-à-dire reliée à une cause qui est une déchirure, liée à une rupture fondatrice, à une scission qui se trouve dans l’essence même de l’Être ; une réalité dépendante d’un manque qui est une perte tragique survenue, au commencement, à l’intérieur de « l’Unité » première, situation absolument terrible que Maistre résume en une phrase : « Ce monde est une milice, un combat éternel. » [7]  À cet égard, « l’’apolitia » s’impose donc comme règle, pouvant s’étendre pour tout esprit conscient et éveillé, non pas uniquement à notre « période de dissolution », mais en tant qu’attitude constante de présence au monde et discipline de vie, loi spirituelle, ascèse héroïque et voie ontologique qui est celle des voyageurs solitaires souhaitant accéder aux cimes des monts élevés, là où règne, dans la solitude et le silence, l’éternelle « Lumière ».

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« Il n’y a pas de formes positives données

fournissant un sens et une légitimité vraie 

sur lesquelles on puisse s’appuyer aujourd’hui.

Désormais, une ‘‘sacralisation’’ de la vie extérieure et active,

ne peut survenir que sur la base d’une orientation intérieure,

libre et authentique, vers la transcendance ....»

IV. La génération infinie des anéantissements et des renaissances éternels

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La Manifestation est l'expression extérieure

du Mystère intérieur de l'Être infini.


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l’Unité », par lequel, selon Maistre, le « mal » s’est introduit dans l’Univers et « a tout souillé » [8], ou, plus profondément encore selon Boehme,  en raison du fait que « l’éternelle origine des ténèbres» [9],  engagée dans un mouvement de génération infinie passant par des anéantissements et des renaissances éternels, accomplie sa « révélation » suressentielle. Ceci explique pourquoi chaque être, chaque système philosophique, est incapable, à lui seul, d'aller au bout de l'Être. Tout est freiné, bloqué, contraint, par un manque constitutif d'être qui est inscrit à l’intérieur de toute réalité, car initialement situé au sein de l’Être, dans la substance du « Principe ». L'unique forme du possible pour chacun, le seul devoir, la règle disciplinaire, est donc d’affronter le non-sens, le sens sans nom, l'absence de nom d’un réel absent de lui-même, de se confronter, par une approche métaphysique, ou plus précisément « d’ontologie négative », au « Néant ».  La Manifestation est l’expression « extérieure » du Mystère intérieur de l’Être Infini, la révélation de son « Verbe », ceci expliquant pourquoi, puisque le Principe est travaillé par un désir qui est à la fois lumière et ténèbres, la Manifestation comporte elle également, à l’identique de l’Être, un aspect mauvais et bon. Depuis le commencement, l’Être Infini est la « Totalité », composé du « monde-feu », du « monde des ténèbres », et du « monde-lumière », triple monde à l’intérieur d’une unique essence, un unique Principe, en trois distinctions illimitées, éternelles, animées d’une même aspiration, ou « faim de quelque chose », qui est une « Magia », dont l’étonnante résonnance, n’est pas sans évoquer la « Mâyâ », voile et clarté, pouvoir maternel de l’Un. Le lien intérieur à la « vraie vie » entre les ténèbres et la lumière, explique pourquoi toute existence humaine se trouve placée à la jonction du clair et de l’obscur, du bien et du mal, exigeant un abandon au « néant », faute de quoi elle sombre dans « l’angoisse » qui est un feu dévorant, alors que par son anéantissement, elle s’accomplit sans douleur dans la lumière, dans la « Magia » de Dieu en sa triade, c’est-à-dire sa triple essence.

a) La vie au « désert »


Reste donc, malgré cette situation « au milieu des ruines » obligeant en notre période delouis-claude de saint-martin,cathares,catharisme,dualisme,être,non-être,néant,ontologie,ontologie négative,jean-marc vivenza,franc-maçonnerie,initiation,ésotérisme,martinisme,martinès de pasqually,illuminisme,pasqually,théosophie,tradition,vivenza,histoire,spiritualité,jacob boehme,origène,fénelon,christianisme transcendant,christianisme,doctrine de la réintégration,réintégration,religion,mystique,maître eckhart,origène,denys l’aréopagite,hegel,origénisme,émanation,deux principes,non-dualisme,plotin,mysterium magnum,philosophie,métaphysique,vacuité,infini,joseph de maistre,saint augustin,rené guénon,martin heidegger,nihilisme civilisation matérialiste moderne désacralisée, une traversée de la « nuit de l’esprit » - une désacralisation qui s’est imposée à la faveur des bouleversements historiques en se dotant même à notre époque d’une légitimité officielle, et s’est introduite, par l’intermédiaire des récentes réformes conciliaires, jusqu’à l’intérieur même de l’institution ecclésiale -, qui peut être un réel « apprentissage » du désert vécu en tant qu’étape importante sur le chemin conduisant à la « réalisation », nécessitant de se mettre à distance des « institutions parodiques » [10], l’obligation d’engager une démarche comparable à celle qui, toutes périodes confondues, a contraint l’être à se vider, ou désapproprier de lui-même dans un dépouillement purificateur. Et, à cet égard, la situation d’aujourd’hui n’est point différente de ce qui toujours domina comme exigence, faisant que dès l’origine, tout était déjà finalement vicié pour les âmes en quête d’Absolu, structures religieuses ou initiatiques comprises, bien qu’infiniment moins dégradées que celles de notre temps, et que l’exil intérieur se devait d’être un moment essentiel de la recherche, un passage incontournable afin de parvenir à la « metanoia », c’est-à-dire la transformation entière et radicale de l’être, ce qui définit, en propre et à toutes les époques, une démarche spirituelle effective, en Orient comme en Occident.

b) Les vrais secrets n’ont jamais été divulgués

C’est pourquoi Guénon a tant insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas dans cette « œuvre initiatique » s’il en est, non d’une « extase », mais d’une transformation interne de l’être, en vertu de ce principe fondamental : « toute réalisation initiatique est essentiellement et purement ‘‘intérieure’’ [11]. » Mircea Eliade (1907-1986) écrit donc, à juste titre : « On a souvent affirmé, qu’une des caractéristiques du monde moderne est la disparition de l’initiation » [12], montrant que la question de l’initiation, n’a ainsi rien à voir avec les conditions de la période à laquelle elle se pose, car en réalité « les vrais secrets n’ont jamais été divulgués » [13], puisqu’ils relèvent du « mystère » indicible et informulable, mystère qui se situe au-delà de l’Être et du Non-être, là où le langage est impuissant, domaine par définition du suressentiel. L’accès à ce mystère, qui est celui par excellence de « l’Église intérieure », selon la tradition de l’Illuminisme mystique, relève donc d’une « voie » exigeante et rigoureuse, d’une discipline de l’esprit, dont les critères et les modalités restent inchangés depuis la nuit des siècles, et que préservent, et conservent, quelques rares sociétés de nature ésotériques, observant une mise en retrait à l’égard d’un monde vis-à-vis duquel elles se tiennent volontairement à distance, unique chance de faire perdurer les éléments de la transmission authentique, et d’accomplir la traversée des temps d’obscurité.

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mardi, 15 octobre 2013

L'Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin

L’accès au « Sanctuaire intérieur » et la pratique du culte divin 

dans la pensée saint-martiniste

 

Jean-Marc Vivenza

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« Je prie pour ne jamais oublier l'Évangile

 tel que l'Esprit veut le faire concevoir à nos cœurs,

et quelque part où je sois,

 je serai heureux,  puisque j'y suis avec l'esprit de vérité… »

 (Saint-Martin, lettre à Kirchberger, 25 fructidor (septembre) 1794).

 

 

Il était temps, grand temps même, que soit enfin abordée, de façon la plus complète possible et avec une précision approfondie, allant assez loin dans les éclairages et les multiples détails s’imposant en ces sujets, la question du rapport de Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803), dit le Philosophe Inconnu, avec la religion, ou, plus exactement, la forme institutionnelle par laquelle la religion s’est fait connaître au cours de l’Histoire, à savoir l’Église, et ce qui lui est conjoint de façon quasi inséparable afin de pourvoir à son administration, la manière dont ceux qui furent chargés de sa diffusion, du rayonnement de son enseignement et son entretien, c’est-à-dire les ministres du culte chrétien, se situèrent dans leur relation aux choses saintes et sacrées touchant, bien évidemment et en premier lieu, aux sacrements.

anges,christianisme,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,martinésisme,martinisme,métaphysique,mIl pourrait paraître normal que Saint-Martin, participant du courant illuministe qui observa toujours, et plus encore dans ses différentes expressions au XVIIIe siècle, une relative distance d’avec l’institution ecclésiale, ait soutenu certaines propositions audacieuses en affichant quelques nettes réserves et critiques appuyées, vis-à-vis des formes religieuses dominantes.

S’il s’en était tenu à cette attitude, finalement il pourrait être rangé sans difficulté au milieu des principaux noms des auteurs spirituels ayant émis des avis sévères, ou au pire, des remarques dépréciatives, à l’encontre de la religion, de sa discipline, et de ses lois. Rien n’aurait été plus classique à une époque, passionnée par la remise en question des certitudes et la quête du sens, où les esprits cherchaient la clé des mystères cachés de l’existence en s’émancipant des affirmations dogmatiques, écartant le voile des symboles, fouillant les légendes, interrogeant les mythes et se nourrissant, parfois avec passion, des allégories de la sagesse universelle. 

Reste que rien de tel pourtant n’est pas le cas, bien au contraire, car loin de s’en tenir à cette critique mesurée, Saint-Martin soutint des thèses d’une audace que l’on peut aisément qualifier de puissamment critique, n’hésitant pas à adopter, et faire siennes, les positions des mouvements réformateurs radicaux qui se signalèrent par une remise en question catégorique des formes religieuses officielles, rejetant avec une intransigeante vigueur ce qui, à leurs yeux, était ni plus ni moins qu’une trahison pure et simple de l’idéal évangélique et une corruption de l’authentique foi chrétienne.

 

1ère Partie. Le caractère éternel de l’Église intérieure

 

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« Saint-Martin mourut en effet le 13 octobre 1803,

sans avoir voulu recevoir un prêtre

J. de Maistre, Soirées de Saint-Pétersbourg, XIe Entretien, (1821).

 

I. La perte de substance du sacerdoce chrétien

Le premier, parmi les auteurs du XVIIIe siècle, à avoir signalé la distance de Louis-Claude de Saint-anges,christianisme,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,martinésisme,martinisme,métaphysique,mMartin (1743-1803) à l’égard des prêtres et du sacerdoce de l’Église, fut Joseph de Maistre (1753-1821) qui, dans ses célèbres Soirées de Saint-Pétersbourg, informait son lecteur du refus que le Philosophe Inconnu formula, d’être assisté par un ministre du culte au moment de son retour à Dieu. Maistre écrivait à ce propos : « Saint-Martin mourut en effet le 13 octobre 1804, sans avoir voulu recevoir un prêtre[1].

Il est fort probable que l’information soit réelle, sachant ce que Saint-Martin en était arrivé à penser des prêtres et de la valeur de leur sacerdoce, et du point de vue de l’enseignement du Philosophe Inconnu, la perte effective de substance du sacerdoce chrétien fut consécutive selon-lui à un éloignement d’avec la doctrine secrète - pourtant connue lors des premiers siècles du christianisme [2] -, et qui, au fil des siècles, a été au mieux oubliée lorsqu’elle ne fut pas tout simplement combattue et désignée comme une « hérésie » par les hommes d’Église, entraînant une méconnaissance de la raison première qui présida au ministère sacerdotal confié aux clercs lors de leur ordination [3].

 

 

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« Dans les premiers siècles de notre ère,

les saints pères qui n'avaient déjà plus qu'un reflet

et qu'un historique du vrai christianisme…

puisèrent chez les célèbres philosophes de l'antiquité plusieurs points d'une doctrine occulte,

qu'ils ne pouvaient expliquer que par la lettre de l'Évangile,

n'ayant plus la clef du véritable christianisme. »

(Le Ministère de l’homme-esprit, 1802).

 

 

II. Dégradation de l’Église visible

De la sorte, le sentiment d’un intime rattachement avec cette « doctrine secrète » réservée aux initiés qui travaillent au sein de voies cachées ou ésotériques, explique et nous permet de comprendre, en quoi Saint-Martin lorsqu’il s’exprime (et il n’est pas le seul puisque on peut ranger à ses côtés tous les principaux penseurs formant le riche courant illuministe au XVIIIe siècle [4]), participe de cette sensibilité, faisant que ses audaces en des domaines délicats touchant au sacerdoce et à l’Église, doivent impérativement être mises en références avec le caractère « théosophique » de sa pensée, théosophie qui n’obéit pas aux mêmes critères, ni n’est soumise aux mêmes règles, que les discours religieux prononcés par des théologiens, puisque la théosophie relève de la mystique spéculative, comme le soulignait d’ailleurs fort justement Robert Amadou (1924-2006) : « La théosophie, qui n'est pas la philosophie, n'est pas davantage la théologie et elle constitue une forme particulière de la mystique qu'on nomme spéculative, mais elle réconcilie la philosophie et la théologie. Voyez ce qu'on peut tirer de là quant à la signification de la théosophie au siècle des Lumières. La théosophie est un illuminisme, car la lumière, même parfois physique, est le symbole privilégié de la Sagesse et la quête sophianique est celle de l'illumination. Et c'est une quête en profondeur; de l'intérieur, par l'intérieur (I'interne, dit Saint-Martin), donc un ésotérisme[5]

Mais la question de la nature de l’Église et du sacerdoce, si elle porte bien sur la connaissance, ou non, de la doctrine cachée, néanmoins, ni ne se résume, ni ne se limite à cet aspect des choses, elle touche à des mystères profonds, à l’essence d’un culte, à une relation avec l’Invisible, à la manière dont l’homme, dès ici-bas, peut pénétrer dans le Sanctuaire afin d’y recevoir l’onction sainte et sacrée : « Mais, c’est dans ce fils chéri et conçu de l'esprit, c'est sur cette pierre fondamentale que tu dresseras ton autel au seul vrai Dieu, parce que c'est là seulement où il puisse être honoré, puisque ce n’est que là où il peut trouver un être qui soit réellement son image et sa ressemblance, et qui ait les facultés nécessaires pour entendre sa langue divine, et comprendre les oracles de sa sagesse éternelle : aussi ce n'est que là où tu pourras entendre sa voix sacrée, recevoir des réponses qui remplissent ton intelligence, et satisfassent à tous les désirs de ton cœur et à tous les besoins de ton esprit. » (Le Nouvel Homme, § 17).

 

 

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« C'est sur cette pierre fondamentale que tu dresseras ton autel

au seul vrai Dieu, parce que c'est là seulement

où il puisse être honoré, puisque ce n’est que là où il peut trouver un être

qui soit réellement son image et sa ressemblance,

et qui ait les facultés nécessaires pour entendre sa langue divine,

et comprendre les oracles de sa sagesse éternelle. »

(Le Nouvel Homme, § 17).

 

 

a) Critique du  sacerdoce institutionnel

anges,christianisme,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,martinésisme,martinisme,métaphysique,mC’est pourquoi, la méfiance, pour ne pas dire plus, que manifesta Saint-Martin à diverses occasions vis-à-vis de la prêtrise transmise par l'Église visible, et la sévérité de ses virulentes critiques à l'égard d'un sacerdoce bien loin de répondre aux exigences spirituelles que l'on est en droit d'attendre de la part des ministres de l'Éternel, dont la manifestation la plus symbolique fut le refus d'accepter la présence d'un prêtre à son chevet au moment de quitter cette terre, provient précisément de l’ignorance des clercs vis-à-vis du culte intérieur, supérieur en grâce et en dignité à tous les cultes externes célébrés par les hommes. 

 

- L'Abbé Migne (1800-1875), critiqua Saint-Martin au prétexte, selon lui,  de s'être donné pour objet  de «dénaturer le catholicisme ».

 

Ainsi, de toute évidence, Saint-Martin témoigna lors de son existence, d'une conviction depuis longtemps établie et qui dut même, selon toute probabilité, prendre naissance très tôt, dès l'époque (entre les années 1768 et 1774) où il étudiait et découvrait de nouvelles lumières, à Bordeaux, aux côtés de son premier maître : Martinès de Pasqually (+ 1774).  

 

 Ce dernier, ne l'oublions pas, bien qu'exigeant de ses disciples une pleine et entière appartenance et communion avec l'Église catholique romaine pour pouvoir être admis dans l'Ordre desChevaliers Maçons Élus Coëns de l'Univers [6], étant également fort critique dans ses jugements en matière religieuse, et ne ménageait pas la virulence de ses attaques à l'égard des prêtres, qu’il jugeait ignorants des mystères de leur propre sacerdoce. 

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Les disciples du Philosophe Inconnu,

n’ont pas à « apprendre ce qu’est l’Eglise et ce que sont les sacrements » -  

car Saint-Martin rejette tous les sacerdoces et les sacrements

conférés par l'intermédiaire d'institutions humaines,

sa critique s’étend ainsi à l’ensemble des églises,

occidentales comme orientales.

 

b) Prévarication des prêtres

 

Les prêtres, selon Saint-Martin, ont abusé de leur autorité par des pratiques inexcusables, laissant croupir
 dans les ténèbres les âmes chrétiennes pour mieux exercer sur elle un empire dominateur. Ils firent payer ce qui devait se donner gratuitement, ils vendirent ce qui relevait du pur don spirituel octroyé par le Ciel : « Il lui avait été dit de donner gratuitement les trésors qu’il avait reçus gratuitement ; mais, qui ne sait comment il s’est acquitté de cette recommandation ! »

anges,christianisme,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,martinésisme,martinisme,métaphysique,mEt, plus grave encore s’il se peut, ils agirent comme de vulgaires collecteursanges,christianisme,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,martinésisme,martinisme,métaphysique,m d’impôt pour affamer ceux qui attendaient d’être rassasiés par Dieu, en retenant et détournant la libre circulation de la grâce divine à leur profit, en créant une barrière artificielle entre les lumières célestes qui cherchaient à se communiquer, et les âmes des hommes : « (…) les prêtres ont transformé tous les droits salutaires et bienfaisants qui primitivement auraient dû leur appartenir, en une despotique dévastation et en un règne impérieux sur les consciences ; ils n’ont fait partout de leurs livres sacrés qu’un tarif d’exaction sur la foi des âmes ; avec ce rôle à la main et escortés par la terreur, ils venaient chez le simple, le timide ou l’ignorant, à qui ils ne laissaient pas même la faculté de lire sur le rôle sa cote de contribution de croyance en leur personne, de peur qu’il n’y vit la fraude ; ressemblant en cela aux collecteurs des impositions pécuniaires, qui abusent quelquefois de l’ignorance et de la bonhomie du villageois ; ils ont rendu nul le seul remède et le seul régime qui pouvaient nous rendre la santé et la vie (…). Accapareurs des subsistances de l’âme (…) ils interrompent la circulations de ces subsistances pour les taxer à leur volonté et laisser l’homme dans la disette ; prévarication qui, selon les prophètes, tient aux yeux de Dieu le premier rang parmi les prévarications ; parce que Dieu veut alimenter lui-même les âmes des hommes avec l’abondance qui lui est propre, et qu’elles soient, pour ainsi dire, comme rassasiées par sa plénitude. » (Lettre à un ami sur la Révolution française).

Mais le pire des crimes à ses yeux, et cela peut se comprendre lorsqu’on sait le pouvoir infini que le Philosophe Inconnu attribuait à sa pratique, est, comme on peut s’en douter, que les prêtres aient infligé la prière comme une sanction, qu’ils aient fait de ce qui est, aurait dû toujours rester et doit éternellement demeurer, un doux entretien entre l’âme et Dieu, une pénitence.

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« (…) les prêtres ont transformé tous les droits

salutaires et bienfaisants

 qui primitivement auraient dû leur appartenir,

 en une despotique dévastation

et en un règne impérieux sur les consciences ;

ils n’ont fait partout de leurs livres sacrés

qu’un tarif d’exaction sur la foi des âmes.

 Accapareurs des subsistances de l’âme

ils interrompent la circulations de ces subsistances

pour les taxer à leur volonté

et laisser l’homme dans la disette ;

prévarication qui, selon les prophètes,

tient aux yeux de Dieu le premier rang parmi les prévarications ;

 parce que Dieu veut alimenter lui-même les âmes des hommes

avec l’abondance qui lui est propre,

et qu’elles soient comme rassasiées par sa plénitude. »

(Saint-Martin, Lettre à un ami sur la Révolution française).

 

Ainsi, dans l’exposé critique que Saint-Martin écrivit contre l’Église que l’on prétend identifier au véritable christianisme, il prévient prudemment son lecteur, afin de bien préciser la nature de ses propos : c’est en tant «qu’amateur de la philosophie divine qu’il s’exprime, et non en tant qu’athée ou incroyant :  « ce n'est sûrement, ni comme athée ni comme incroyant, que j'ose me les permettre (…)  Mais c'est comme amateur de la philosophie divine que je me présenterai dans la lice… ».

Saint-Martin est un croyant, fervent et pieux même, qui attaque la corruption religieuse au nom même du christianisme ; qui lutte pour que surgisse une authentique expression des lumières de l’Évangile, position qui le situe beaucoup plus dans une attitude prophétique que destructrice de la religion. Son but n’est pas de ruiner dans les âmes leur légitime attachement à l’égard des lumières du Ciel, bien au contraire. C’est de leur permettre de s’en approcher de façon intime, de rompre et de dissiper les immenses barrières que l’institution religieuse a dressées entre les âmes et Dieu

De ce fait, nous ne croyons absolument pas que la question soulevée par Saint-Martin, touchant à son rejet critique du sacerdoce chrétien tel que professé par les prêtres, ne concerne que l'unique Église catholique, mais touche, en réalité, tous les sacerdoces et les sacrements conférés par l'intermédiaire d'institutions humaines, et donc s’étend à l’ensemble des églises, l’occidentale comme l’orientale, antiochienne et non chalcédoniennes y compris, et que les disciples du Philosophe Inconnu, n’ont pas à « apprendre ce qu’est l’Eglise et ce que sont les sacrements » -  ce que Saint-Martin n’ignorait certainement pas, possédant en ces domaines une connaissance étendue – mais dont il avait une idée toute intérieure et spirituelle qui elle, en revanche, faute de n’avoir jamais été examinée véritablement, mérite d’être étudiée et d’être prise très au sérieux, afin de comprendre, enfin, la pensée réelle du Philosophe inconnu au sujet de ce en quoi consiste, selon-lui, le christianisme authentique.

 

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« Ce n'est sûrement, ni comme athée ni comme incroyant,

que j'ose me permettre [ces critiques](…)

Mais c'est comme amateur de la philosophie divine … ».

 

L'exigence du théosophe d’Amboise est donc, sur cette question du christianisme, d'une redoutable conséquence, et il faut bien reconnaître que sa position, qui étonne, est loin d’être facile et aisée à comprendre, étant même d’une nature assez dérangeante ce qui explique sans doute qu’elle ait été si peu examinée avec l’attention qu’exigeait et imposait un tel sujet, sa critique s’appliquant à toutes les cérémonies religieuses « externes », ce jugement valant pour l’ensemble des confessions chrétiennes : « Quand on voit les célébrants dans les églises consumer leur temps et toute leur virtualité à des cérémonies externes et impuissantes et retarder ainsi l'esprit de l'homme qui se dessèche en attendant une nourriture substantielle, on est affligé jusqu'au fond du coeur, et on est tenté d'appliquer là le passage de l'Évangile où un aveugle conduit l'autre, et où ils tombent tous les deux dans le fossé. » (Portrait, 731).

 

III. Le christianisme « transcendant »

Une idée s’est imposée peu à peu pour Saint-Martin, la religion n’est devenue « sensible » que par erreur,anges,christianisme,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,martinésisme,martinisme,métaphysique,m
si la nécessité d’une religion, ou plus précisément d’un culte - celui-ci correspondant au fond à celle-là, c’est-à-dire que ce en quoi consiste la religion vraie n’est autre que la célébration du culte véritable -, ne fait aucun doute, car si l’homme pour sa réhabilitation ne peut s’exonérer des lois religieuses qui lui furent imposées par Dieu, même si la diversité des traditions en a corrompu l’unité, cependant ces lois religieuses imposent, et notamment depuis la venue du Christ, un changement profond des modalités de leur exécution : « La première Religion de l’homme étant invariable, il est, malgré sa chute, assujetti aux mêmes devoirs ; mais comme il a changé de climat, il a fallu aussi qu’il changeât de Loi pour se diriger dans l’exercice de sa Religion. (…) Premièrement, il ne peut faire un pas sans rencontrer son Autel ; et cet Autel est toujours garni de Lampes qui ne s’éteignent point, et qui subsisteront aussi longtemps que l’Autel même. En second lieu, il porte toujours l’encens avec lui, en sorte qu’à tous les instants il peut se livrer aux actes de sa Religion. Mais avec tous ces avantages, il est effrayant de songer combien l’homme est encore éloigné de son terme, combien il a de tentatives à faire avant de parvenir au point de pouvoir remplir entièrement ses premiers devoirs ; et même encore quand il y serait parvenu, resterait-il toujours dans une sujétion irrévocable et qui lui ferait sentir jusqu’à la fin la rigueur de sa condamnation. Cette sujétion est de ne pouvoir absolument rien de lui-même, et d’être toujours dans la dépendance de cette Cause active et intelligente qui peut seule le remettre sur la voie quand il s’égare ; qui peut seule l’y soutenir, et qui doit diriger aujourd’hui tous ses pas, en sorte que sans elle non seulement il ne peut rien connaître, mais qu’il ne peut pas même tirer le moindre fruit de ses connaissances et de ses propres facultés. » (Des erreurs et de la vérité).

 

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« La  sujétion irrévocable [de l’homme]

qui lui fera sentir jusqu’à la fin la rigueur de sa condamnation (…)

est de ne pouvoir absolument rien de lui-même,

 et d’être toujours dans la dépendance de cette Cause active et intelligente

qui peut seule le remettre sur la voie. »

(L.-C. de Saint-Martin, Des erreurs et de la vérité).

 

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On ne mésestimera pas les lignes ici reproduites relatives au culte intérieur, dont la sévérité n’a d’égale que la dureté de la sujétion irrévocable en laquelle est placé l’homme depuis son égarement ontologique, car rien ne nous indique plus la rigueur de notre condamnation, que l’impuissance mise en exergue dans ce passage, insistant sur  l’entière dépendance dont nous sommes tous astreints à l’égard de la Cause active et intelligente, c’est-à-dire le Divin Réparateur, dans l’obtention des moyens nécessaires à notre émancipation de la région élémentaire afin d’espérer notre retour en grâce auprès du Créateur : « Cette sujétion est de ne pouvoir absolument rien de lui-même, et d’être toujours dans la dépendance de cette Cause active et intelligente », cette sujétion faisant que l’homme, et cette vérité a vocation à s’inscrire profondément dans l’esprit, sans cette aide divine :  « non seulement ne peut rien connaître, mais il ne peut pas même tirer le moindre fruit de ses connaissances et de ses propres facultés. » (Des erreurs et de la vérité).

 

 

 La doctrine de la grâce chez Saint-Martin

anges,christianisme,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,martinésisme,martinisme,métaphysique,mSaint-Martin en est donc venu à poser, ni plus ni moins, les fondements d’une théologie de la grâce, en insistant sur la faiblesse native de la créature, et son impératif besoin de l’œuvre accomplie par le Divin Réparateur :  « Dieu de paix, Dieu de vérité, si l'aveu de mes fautes ne suffit pas pour que tu me les remettes, souviens-toi de celui qui a bien voulu s'en charger et les laver dans le sang de son corps, de son esprit et de son amour ; il les dissipe et les efface, dès qu'il daigne en faire approcher sa parole. Comme le feu consume toutes les substances matérielles et impures, et comme ce feu qui est son image, il retourne vers toi avec son inaltérable pureté, sans conserver aucune empreinte des souillures de la terre. C'est en lui seul et par lui seul que peut se faire l'œuvre de ma purification et de ma renaissance ; c'est par lui que tu veux opérer notre guérison et notre salut, puisqu'en employant les yeux de son amour qui purifie tout, tu ne vois plus dans l'homme rien de difforme (…) Il n'y a pas d'autre alternative pour l'homme : s'il n'est perpétuellement plongé dans l'abîme de ta miséricorde, c'est l'abîme du péché et de la misère qui l'inonde ; mais aussi, il n'a pas plutôt détourné son cœur et ses regards de cet abîme d'iniquité, qu'il retrouve cet océan de miséricorde dans lequel tu fais nager toutes tes créatures. C'est pourquoi je me prosternerai devant toi dans ma honte et dans le sentiment de mon opprobre ; le feu de ma douleur desséchera en moi l'abîme de mon iniquité, et alors il n'existera plus pour moi que le royaume éternel de ta miséricorde. » (Prière, 4). [7]

 

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«Je me prosternerai devant toi dans ma honte

et dans le sentiment de mon opprobre ;

le feu de ma douleur desséchera en moi l'abîme de mon iniquité,

et alors il n'existera plus pour moi

que le royaume éternel de ta miséricorde. »

(Prière, 4).

 

Ce que souligne Saint-Martin, pour la compréhension de ce qui doit s’opérer en l’homme comme travailanges,christianisme,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,martinésisme,martinisme,métaphysique,m
 réparateur, est fondamental, nous plaçant devant une alternative impressionnante qui a de quoi faire trembler, d’autant que l’une ou l’autre des perspectives peut modifier du tout au tout la destination de l’âme de l’homme.

Nous avons devant nous deux abîmes : d’un côté l'abîme de la miséricorde, de l’autre l'abîme du néant, et pour éviter ce second abîme, il ne nous reste qu’une seule solution : tout attendre de la miséricorde divine en se prosternant devant le Ciel avec le sentiment de notre honte et de notre opprobre, alors que nous savons que nos abus sont constants : « j'ai abusé de toutes mes lois, j'ai abusé de mon âme, j'ai abusé de mon esprit », et que le plus grand, le plus terrible des abus, est celui de la grâce accordée, malgré ses immenses fautes et iniquités sans nombre, à l’être coupable : « j'ai abusé et j'abuse journellement de toutes les grâces que ton amour ne cesse journellement de répandre sur ton ingrate et infidèle créature ». 

De ce point de vue, le christianisme, est une religion de la grâce, il l’est même éminemment car toute son économie spirituelle relève, non seulement de la doctrine de la foi salvifique et salvatrice que le Divin Réparateur vint révéler aux hommes, mais aussi et surtout, du don de la grâce, don accordé de façon gratuite et imméritée aux âmes élues et choisies, et ce avant même la fondation du monde : « Ainsi, Dieu a élu l’homme avant la création du monde (ante mundi constitutionem), afin qu’il fût saint et sans tache, l’ayant prédestiné (qui prædestinauit) pour être son enfant adoptif selon le bon plaisir de sa volonté. » (Ephésiens I, 4-5).

 

IV. Caractère éternel de l’Église intérieure

 

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« Oui, elle est établie cette Église,

 malgré les dommages qu'elle a pu souffrir,

sans quoi, il n'y aurait de médiation

entre l'amour suprême et les crimes de la terre ;

 elle est établie cette Église et les portes de l'homme

ni les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle….»

(Ecce Homo, § 8).

 

Le paradoxe, en forme de miracle positif, c’est qu’en dépit des fautes accumulées et successives considérables des ministres qui s’en prétendaient les représentants, l’Église elle, subsiste, inaltérable, sainte et lumineuse, elle ne saurait être atteinte par les travers des êtres pécheurs, les faiblesses et outrages d’indignes pasteurs qui ont travaillé à défigurer l’épouse mystique du Christ, et cette subsistance est l’un des plus beaux mystères de la Révélation évangélique. Cette assemblée a été fondée par le Divin Réparateur, elle possède un caractère inaltérable, surnaturel, mais, et ce point est essentiel pour Saint-Martin, en sa nature spirituelle non compromise d’avec le monde, en son être intérieur tel qu’il lui a été donné, et qu’elle aurait dû conserver dans sa pureté, au moment de sa fondation : « Oui, elle est établie cette Église, malgré les dommages qu'elle a pu souffrir, sans quoi, il n'y aurait de médiation entre l'amour suprême et les crimes de la terre ; elle est établie cette Église et les portes de l'homme ni les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle ; elle est établie cette Église » (Ecce Homo, § 8).

Ce jugement est si vrai que Saint-Martin n’hésite pas à soutenir, démontrant que son amour de l’authentique Église est absolument et intégralement inaltéré, en une phrase admirable : « Lorsque l'on considère l'Eglise dans ses fonctions elle est belle et utile. Elle ne devrait jamais sortir de ces limites-là. Par ce moyen elle deviendrait naturellement une des voies de l'esprit. » (Portrait, § 1114).

Il n’y a donc aucun rejet de ce que représente l’Église en son être fondamental dans la pensée de Saint-Martin, mais accès, ouverture et dévotion, envers une Église de dimension secrète et de nature céleste, la sainte épouse du Christ, celle qui est unie, en tant que corps mystique, à la Personne même du Divin Réparateur mais de façon intime.

 

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« Cette opération de l'esprit dans l'homme

nous apprend qu'elle est la dignité de l'âme humaine,

puisque Dieu ne craint point de la prendre

pour la pierre fondamentale de son temple … »

(Le Nouvel homme, § 8).

 

Ce que soutiendra Saint-Martin - qui avait compris que les outrages subis par l’Église visible étaient irréversibles et ne permettaient plus que l’homme puisse retrouver en elle les fondements originels de la sainte institution divine constituée par le Divin Réparateur, ni percevoir dans les formes externes actuelles les bénédictions initiales reçues à Jérusalem à la Pentecôte -, c’est qu’à présent la Parole fondatrice, comme il était au commencement sachant que le « Royaume » est au-« dedans de nous » (Luc XVII, 20-21), ne peut se faire entendre et trouver un écho que dans le cœur de l’homme, en prononçant de nouveau la célèbre phrase dite à Pierre par le Seigneur : « tu es Pierre et sur cette pierre… », grâce d’élection capable d’édifier la véritable Église désignée à bon droit comme « Église intérieure », qui nous est confiée afin d’en faire le Temple effectif de la Divinité : « Quand l'homme prie avec constance, avec foi, et qu'il cher­che à se purifier dans la soif active de la pénitence, il peut lui arriver de s’entendre dire intérieurement ce que le réparateur dit à Céphas : ‘‘tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon église, et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle.’’ » (Le Nouvel homme, § 8).

 

 

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« Quand l'homme prie avec constance, avec foi,

et qu'il cher­che à se purifier dans la soif active de la pénitence,

il peut lui arriver de s’entendre dire intérieurement

ce que le réparateur dit à Céphas : 

‘tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon église,

et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle.’’ »

(Le Nouvel homme, § 8).

 

Cette fondation de l’Église, devenue nécessaire de par la dégradation manifeste de l’institution visible, devient une opération de l’Esprit sur un fondement uniquement intérieur, car l’externe, qui est à présent souillé, ne peut plus être le lieu d’accueil de la révélation du mystère de la véritable Église : « Cette opération de l'esprit dans l'homme nous apprend qu'elle est la dignité de l'âme humaine, puisque Dieu ne craint point de la prendre pour la pierre fondamentale de son temple ; elle nous apprend combien nous devons nous nourrir de douces es­pérances, puisque cette élection nous met à couvert des puissan­ces du temps, et plus encore des puissances des ténèbres et des abîmes ; elle nous apprend enfin ce que c'est que la véritable Eglise, et que, par conséquent, nulle part, il n'y a d'Eglise où cette opération invisible de l'esprit ne se trouve pas. »  (Le Nouvel homme, § 8).

 

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« Cette communauté de la lumière

fut appelée de tous temps l'Eglise invisible et intérieure,

ou la communauté la plus ancienne… »

Karl von Eckhartshausen, La Nuée sur le Sanctuaire, 1802.

 

 

Ainsi, l’Église intérieure forme la communauté des âmes régénérées en Christ, la « communauté de la lumière » selon l’expression que Karl von Eckhartshausen (1752-1803) emploie dans  La Nuée sur le Sanctuaire  : « Cette communauté de la lumière fut appelée de tous temps l'Eglise invisible et intérieure, ou la communauté la plus ancienne… »  [8]; c’est cette Église qui avait été annoncée par le Christ, c’est cette assemblée qui était cachée et préservée en son cœur évidemment, dans laquelle se trouvent conservés la vraie religion, la pratique du culte et les connaissances mystérieuses réservées aux élus de l’Éternel.

 

V. Enfantement de l’Église intérieure

 

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L’Église invisible nous est annoncée par l’ange du Seigneur,

elle doit être enfantée en nous,

et il nous suffira simplement de répondre

comme Marie, lorsque nous en recevrons l’annonce :

« que la volonté de Dieu soit faite » (Luc I, 38).

 


anges,christianisme,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,martinésisme,martinisme,métaphysique,mLe travail que nous avons à entreprendre n’est point inaccessible, il suffit simplement à l’âme, délaissant les voies externes et ses exercices infructueux, de cesser de perdre un temps considérable, et surtout précieux car il nous est compté, en des entreprises vidées de sens, de se tourner vers l’interne, de prendre très au sérieux la mission qui nous est conférée en faisant taire l’agitation périphérique dont le tumulte est une source continuelle de désorientations multiples, et, du sein de notre désert où nous ressentons les amertumes de « 
l'esprit de douleur ou plutôt de la douleur de l'esprit », confiants dans les récits de ceux qui ont déjà  parcouru la route nuptiale vers l’invisible, nous aurons à chaque heure cette ferme conviction devant les yeux de l’âme : le Divin Réparateur, car telle est la vérité de ce à quoi il travaille en notre interne, veut fonder en, et plus exactement « sur » notre âme son Église, et nous envoie pour cela son ange annonciateur et son Esprit concepteur, afin de nous enfanter par sa Sainte Présence : « Nous pouvons donc déjà apercevoir les biens qui nous sont promis si nous persévérons à nourrir en nous l'esprit de douleur ou plutôt la douleur de l'esprit (…) le Dieu universel veut passer tout entier par notre être afin de parvenir jusqu'à l'ami qui nous accompagne ; il veut y passer souffrant, avant d'y passer dans sa gloire, il veut rompre les liens qui nous enchaînent dans la caverne des lions et des bêtes féroces et venimeuses, il veut régénérer notre parole par l'impression de sa propre parole, il veut fonder sur notre âme son Église, afin que les portes de l'enfer ne prévalent jamais contre elle, il veut s'unir à nous pour opérer avec nous une génération spirituelle dont les fruits soient aussi nombreux que les étoiles du firmament, et puissent comme elles faire briller universellement sa lumière ; et tous ces biens qu'il veut nous procurer, il veut les réaliser en nous par l'annonciation de son ange, et par la sainte conception de son esprit, puisque c'est là le terme final de tous ses desseins et de toutes ses manifestations... » (Le Nouvel homme, § 8).

 

Que l’on ne s’y trompe pas, l’œuvre qui est à accomplir ne consiste pas à imaginer que nous allons, paranges,christianisme,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,martinésisme,martinisme,métaphysique,m nos propres forces, par notre volonté et par une décision subjective, édifier seul l’Église invisible ; si elle nous est annoncée par l’ange du Seigneur, si elle doit être enfantée en nous, cela signifie qu’il nous suffira simplement de répondre comme Marie lorsque nous en recevrons l’annonce : « que la volonté de Dieu soit faite » (Luc I, 38). 

 

L’action agissante est ainsi une action de grâce, une action issue de la pensée de Dieu qui possède l’être, le mouvement, la puissance et la gloire.

C’est-à-dire que nous ne devons pas « penser » par nous-mêmes [9], il nous faut, bien au contraire, nous « laisser penser », instruire et féconder par Dieu : « De cette sublime vérité, il résulte une vérité qui n'est pas moins sublime, savoir, que nous ne sommes pas dans notre loi, si nous pensons par nous-mêmes, puisque pour remplir l'esprit de notre vraie nature, nous ne devons penser que par Dieu, sans quoi nous ne pouvons plus dire que nous soyons la pensée du Dieu des êtres, mais nous nous déclarons être le fruit de notre pensée ; nous nous annonçons comme si nous n'avions pas d'autre source que nous-mêmes, et comme si nous avions été notre propre principe, de façon qu'en défigurant notre nature, nous anéantissions celui seul de qui nous la tenons : aveugle impiété qui peut éclairer sur la marche qu'ont suivie toutes les prévarications. » (Le Nouvel homme, § 3).

 

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« Nous ne sommes pas dans notre loi,

 si nous pensons par nous-mêmes,

puisque pour remplir l'esprit de notre vraie nature,

nous ne devons penser que par Dieu,

sans quoi nous ne pouvons plus dire que nous soyons

la pensée du Dieu des êtres,

mais nous nous déclarons être le fruit de notre pensée (….)

aveugle impiété qui peut éclairer

sur la marche qu'ont suivie toutes les prévarications. »

(Le Nouvel homme, § 3).

 

« Nous ne sommes pas dans notre loi si nous pensons par nous-mêmes », ce point sur lequel insiste Saint-Martin, est d’une extrême importance, car sentir la nécessité de la naissance en nous de l’engendrement surnaturel du Saint Temple, ne signifie pas que cet engendrement puisse survenir « naturellement » en y pensant, par l’effet de cogitations mentales ou l’effort personnel ; vouloir n’est pas pouvoir, notamment dans les régions spirituelles, et rien ne serait plus erroné que d’espérer en un résultat de la volonté discursive et bavarde, de considérer comme efficaces, édificatrices et créatrices les considérations rationnelles de l’intellect, de par l’immense fleuve d’eau boueuse et infectée qui nous constitue. 

Nous sommes ici, s’agissant de la fondation et de l’engendrement de l’Église intérieure, dans le domaine de la pure grâce, et dans ce domaine il convient surtout de se laisser agir, d’être en attente de l’initiative de la Divinité, « s’attendre à la grâce », ou « s’attendre à Dieu » [10] selon l’expression de certains spirituels, cette attente étant précisément ce en quoi consiste notre œuvre, la part du labeur qui nous est réservée. Il nous faut de la sorte apprendre à pratiquer le « saint abandon » par lequel nous nous laissons travailler intérieurement par l’ouvrier divin, jusqu’à ce que du cœur même de cet abîme d’inconnaissance, du plus profond de ce néant, du centre de ce véritable rien, surgisse, lorsque le temps sera venu, et seulement à cet instant, choisi non par nous mais par le Ciel, l’édifice de lumière transformante.

Saint-Martin affirme d’ailleurs, que cet abandon, ce en quoi consiste l’entière mise à disposition de notre cœur entre les mains de Dieu en attente de son agir divin pour qu'il puisse venir y édifier son Temple, est la marque effective, le signe probant de la vraie foi, mais d’une foi avançant dans la nuit [11], d’une marche obscure.

 

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Il nous faut apprendre à pratiquer le « saint abandon »

par lequel nous nous laissons travailler

 intérieurement par l’ouvrier divin,

jusqu’à ce que du cœur même de cet abîme d’inconnaissance,

du plus profond de ce néant, du centre de ce véritable rien,

surgisse, lorsque le temps sera venu,

et seulement à cet instant, choisi non par nous mais par le Ciel,

 l’édifice de lumière transformante.

 

 

Nicolas-Antoine Kirchberger (1739-1798), au cours de la correspondance qui s’étendit sur plusieurs années avec Saint-Martin (1792-1797), et dans laquelle furent abordées entre les deux amis les questions les plus centrales touchant à la voie spirituelle qu’il incombe à chacun de résoudre, puis d’accomplir en ce monde, résuma magnifiquement la situation de l’âme placée sous les effets de l’action réparatrice : « [Il] ne dépend pas du vouloir et du cœur de la créature de connaître les profondeurs de la Divinité, l’âme ignore le centre de Dieu et comment la substance divine s’engendre.  La  manière  dont  Dieu  veut  se  révéler  à l’homme dépend de la volonté divine ; et si Dieu se manifeste, en quoi l’âme y a-t-elle contribué ? Elle n’a que le désir  d’être  régénéré ;  elle  tourne  son  attention  vers Dieu,dans lequel elle vit et avec lequel  la lumière divine  devient  resplendissante, lumière qui change le premier principe  sévère, l'origine du mouvement de la joie triomphante. » (Lettre à L.-C. de Saint-Martin, n° 114, 1797).

 

Conclusion

 

Que retenir donc, d’une part de l’énumération des multiples fautes, non exhaustive bien évidemment, mais qui a le mérite de présenter les principaux griefs que nourrissait Saint-Martin à l'égard de l'Église - Église qu’il « n’ignorait pas » (sic), comme il a pu être soutenu de façon profondément erronée, représentant la seconde faute majeure commise à l’égard des positions du Philosophe Inconnu, puisque ce dernier connaissant parfaitement l’Église en sa richesse et ses trésors, mais crut pourtant nécessaire de ne point en taire les limites -, et d’autre part, que comprendre de son aspiration à un christianisme libéré de l’empire des prêtres ?

Tout simplement que le Philosophe Inconnu fut pénétré, apparemment avec une réelle constance, d'une vision singulièrement originale, vision certes nourrie par ses propres analyses qu'il eut largement le temps de méditer depuis sa première initiation à Bordeaux, et d'exposer en différentes occasions, mais, également, significativement inspirée par une volonté de retour à un christianisme purifié et authentique. Et, à cet égard, Saint-Martin, à la suite de Martinès de Pasqually ( + 1774), Nicolas-Antoine Kirchberger, Karl von Eckhartshausen (1752-1803), Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) et bien d’autres encore, est le pur héritier, à divers titres, de ce courant invisible présent depuis des siècles au sein du christianisme, et ce dans l’acception de sa vocation johannique, silencieuse, discrète et réservée, qui, de par sa secrète et intérieure présence, est en sympathie avec les multiples tendances prônant une relation directe avec les régions célestes, un cœur à cœur immédiat et intraduisible entre l’homme et Dieu, cœur à cœur que l’on peut définir, sans forcer les règles de la rigueur terminologique, comme étant de nature « ésotérique », c’est-à-dire voilé et inconnu du plus grand nombre.

C’est pourquoi, l'image de ce christianisme selon ses vœux, Saint-Martin va d'abord en trouver l'écho, non pas auprès de ses amis, fervents catholiques, ou russes pieux orthodoxes, mais dans les membres des cercles « philadelphiens » qu'il rencontra lors de son séjour en Angleterre comme William Law (1686-1761), disciples de Jacob Boehme (1575-1624) et de Johan Georg Gichtel (1638-1710), ou encore chez les admirateurs français du cordonnier de Görlitz, dont il fit la connaissance à Strasbourg (Charlotte de Boecklin, Rodolphe Saltzmann (1749-1821), etc.), qui ne cessaient de vanter les louanges d'une foi intériorisée illuminée par la main invisible du Seigneur, ainsi que l'obligation pour chacun d'une nécessaire relation directe à Dieu. 

 

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Les amis de Saint-Martin ne cessaient

de vanter les louanges d'une foi intériorisée

illuminée par la main invisible du Seigneur,

ainsi que l'obligation pour chacun

d'une nécessaire relation directe à Dieu,

afin qu'un jour chacun reçoive la couronne de gloire

qui lui revient au Ciel.

 

On ne le redira donc jamais assez, Saint-Martin est un théosophe, il entretient un rapport unique et privilégié avec la chose divine, et sa pensée ne peut, en aucun cas, rentrer dans le cadre d’une dogmatique  religieuse étroite et rigide, ni évidemment, puisqu’il semble nécessaire d’y insister, n’a vocation ni à s’y soumettre ni non plus à s’y conformer.

anges,christianisme,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,martinésisme,martinisme,métaphysique,mElle relève, et doit être respectée sur ce point, du mysticisme spéculatif, ce que fit remarquer dès 1850 un auteur, signalant d’ailleurs, très pertinemment, même si c’était - au motif de rémanences de thèses « gnostiques » - pour en critiquer les liens, la similarité des idées du Philosophe Inconnu avec celle d’Origène, dont il partageait l’interprétation spirituelle de l’Écriture : « Les théosophes, suivant la déclaration expresse de l'un d'eux, admettent la Trinité, la chute des anges rebelles, la création après le chaos causé par leur chute, la création de l'homme dans les trois principes, pour gouverner, combattre ou ramener à résipiscence les anges déchus. Les théosophes sont d'accord sur la première tentation de l'homme, le sommeil qui la suivit, la création de la femme lorsque Dieu eut reconnu que l'homme ne pouvait plus engendrer spirituellement ; la tentation de la femme, la suite de sa désobéissance qui occasionna celle de son mari ; la promesse de Dieu que de la femme naîtrait le briseur de la tête du serpent, la Rédemption, la fin du monde. C'est, on le voit, l'enchaînement des grands faits de la tradition altéré par le mélange des idées gnostiques associées aux deux principales erreurs d'Origène sur la préexistence des âmes et sur la résipiscence des anges déchus. Les articles de ce symbole théosophique sont pour la plupart professés par Saint-Martin ; mais ce qu'il expose surtout avec des développements inépuisables, c'est la chute de l'homme, sa misère, sa privation, ses ténèbres, sa séparation des vertus intellectuelles, son asservissement aux vertus sensibles, tous les désordres de cet univers "écroulé sur l'être puissant qui devait l'administrer et le soutenir."» [12]

anges,christianisme,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,martinésisme,martinisme,métaphysique,mCe christianisme original professé par Saint-Martin qu’évoque Louis Moreau, fondé sur la doctrine secrète de la réintégration des êtres, condamnée officiellement depuis le VIe siècle lors du IIe Concile de Constantinople (556) - et dont Origène (185-253) puis Évagre le Pontique (345-399), ou encore Isaac de Ninive (VIIe s.) et Joseph Hazzaya (VIIIe s.), exposèrent les principes, principes qui se retrouvèrent au sein du riche courant de l’illuminisme chrétien jusqu’à devenir le cœur même de certains systèmes initiatiques auxquels fut lié Louis-Claude de Saint-Martin -, redisons-le encore une fois, n’a pas à se plier aux vues disciplinaires de l’Église visible, elle n’a pas, cette doctrine, à être corrigée ou amendée, voire profondément déformée et scandaleusement dénaturée, afin de la faire correspondre aux schémas dogmatiques arrêtés par les Pères conciliaires, de sorte,  finalement, de la dissoudre et la faire disparaître sous de fallacieux prétextes, et surtout en vertu de l'autorité arbitraire et subjective d'un tribunal surgi d'on ne sait où et dénué de toute qualification légitime pour agir en ce sens, dans l’eau des proclamations ecclésiales. Elle possède cette doctrine, ses critères propres, et doit être protégée, conservée dans sa pureté et gardée en conformité d’avec son essence intrinsèque, ce qui, ceci rappelé aux esprits oublieux qui d'ailleurs sont étrangers à ces domaines - ceci expliquant sans-doute cela -, est le devoir d’une classe « non ostensible » du Régime rectifié, à laquelle Jean-Baptiste Willermoz confia, précisément, cette mission.

 

*

 

L’âme de désir, nourrie des lumières de la doctrine, dispose de bien plus que ne l’imaginait le premier maître de Saint-Martin, elle dispose, en son centre, du Temple, de l’autel et du sacrifice, et c’est de cette conviction que découle toute la perspective saint-martiniste et son rapport aux choses saintes et sacrées.

La pensée fondamentale de Saint-Martin, à propos de l’Église, se résume de ce fait à une unique certitude, sachant que les temps sont proches, et qu’il convient de vivre, dès à présent, comme si l’heure de la Révélation était déjà advenue - ce qui est bien le cas au regard de la situation du monde et de l’état dans lequel se trouvent les créatures humaines -, la manifestation de « l’Esprit » a déjà commencé à se produire, auprès de ceux qui ont compris - et qui furent sans doute choisis avant même la fondation du monde (Éphésiens I, 3-6).

 

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La manifestation de « l’Esprit »

a déjà commencé à se produire, auprès de ceux qui ont compris –

et qui furent sans doute choisis,

avant même la fondation du monde (Éphésiens I, 3-6).

 

 

La perspective de Saint-Martin fut d’une nature participant d’une aspiration ardente à la rencontre avec les lumières célestes, mais dans la paix de l’esprit et le silence du cœur. Le but, l’objet recherché était la relation intérieure avec le Verbe, et pas le moins du monde une entreprise de transformation des formes externes - qui pouvaient d’ailleurs, selon-lui, rester ce qu’elles étaient pour les âmes qui le souhaitent et en ont besoin, position qui place Saint-Martin dans une perspective que l’on pourrait, et l’on doit même, qualifier de « mystique », dans le sens où son discours s’inscrivit bien plus, sans doute, dans le prolongement des aspirations de certains spirituels, voyants ou visionnaires, cherchant à s’immerger entièrement dans la plénitude de la vie divine, plutôt que dans la perspective des prêches, cherchant à troubler l’humble cheminement des créatures attachées aux formes religieuses qu’elles connaissent, chérissent et aiment ; ceci faisant que parfois même, certes rarement mais néanmoins positivement, il alla jusqu’à vanter les mérites de la religion extérieure.

 

Ce que proposa Saint-Martin, c’était une voie de dépouillement et de sincérité, une voie de vérité absolue, de sorte de libérer l’accès, pour certaines âmes choisies, de la route invisible et secrète conduisant au Sanctuaire éternel. Et pour ce faire, il savait qu’il lui fallait dire les choses sans détour, écrivant et affirmant ce qu’il pensait être la vérité, dont il se voulait le serviteur zélé, quitte à liguer contre lui énormément de monde, ce qui, par ailleurs, lui fut parfaitement indifférent et comme - ceci souligné en passant - il doit toujours en être le cas lorsqu’on se risque à projeter quelques fortes lumières sur les opinions et les vues controuvées des hommes du torrent : « Comme balayeur du temple de la vérité, je ne dois pas être étonné d'avoir eu tant de monde contre moi. Les ordures se défendent du balai tant qu'elles peuvent. » (Portait, § 1032).

 

A paraître :

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Éditions la Pierre Philosophale, 552 pages.

Pour consulter le Sommaire :

« L'Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin »

 

Fin de la Première partie.

Suite :

Le culte de l’Eglise intérieure

selon Louis-Claude de Saint-Martin

 

 

Notes.

 

1. J. de Maistre, Soirées de Saint-Pétersbourg, XIe Entretien, (1821).

2. Saint-Martin soutient, au sujet des sources de la doctrine initiatique : « Dans les premiers siècles de notre ère, les saints pères qui n'avaient déjà plus qu'un reflet et qu'un historique du vrai christianisme…puisèrent chez les célèbres philosophes de l'antiquité plusieurs points d'une doctrine occulte, qu'ils ne pouvaient expliquer que par la lettre de l'Évangile, n'ayant plus la clef du véritable christianisme. » (Le Ministère de l’homme-esprit, 1802).

3. Cette idée, d’un oubli des connaissances secrètes de la doctrine initiatique par l’Église, qui aujourd’hui désigne ces thèses comme des hérésies, est partagée par Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), ainsi qu’il put le déclarer à plusieurs endroits : « L'initiation (…) éprouve l'homme de désir, de l'origine et formation de l'univers physique, de sa destination et de la cause occasionnelle de sa création, dans tel moment et non un autre; de l'émanation et l'émancipation de l'homme dans une forme glorieuse et de sa destination sublime au centre des choses créées; de sa prévarication, de sa chute, du bienfait et de la nécessité absolue de l'incarnation du Verbe même pour la rédemption, etc. etc. etc.  Toutes ces choses desquelles dérive un sentiment profond d'amour et de confiance, de crainte et de respect et de vive reconnaissance de la créature pour son Créateur, ont été parfaitement connues des Chefs de l'Eglise pendant les quatre ou six premiers siècles du christianisme. Mais, depuis lors, elles se sont successivement perdues et effacées à un tel point qu'aujourd'hui (…) les ministres de la religion traitent de novateurs tous ceux qui en soutiennent la vérité. Puisque cette initiation a pour objet de rétablir, conserver et propager une doctrine si lumineuse et si utile, pourquoi ne s'occupe-t-on pas sans amalgame de ce soin dans la classe qui y est spécialement consacrée ? » (Lettre de Willermoz à Saltzmann, du 3 au 12 mai 1812, in Renaissance Traditionnellen° 147-148, 2006, pp. 202-203).

4. Voir au sujet de l’illuminisme : J.-M. Vivenza, La Clé d’or, Editions de l’Astronome, 2013, - principalement : Appendice II : L'esprit de l’illuminisme et la Franc-maçonnerie, & Appendice III : L’essence du « christianisme transcendant ».

5. R. Amadou, La Théosophie de Saint-Martin, in Martinisme, Documents martinistes2e éd. Les Auberts, Institut Eléazar, 1993

6. Nous l’avons déjà dit dans un ouvrage antérieur, les invocations présentes dans les rituels des élusanges,christianisme,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,martinésisme,martinisme,métaphysique,m coëns, à l’accent liturgique témoignant d’une religiosité pieuse et d’une fervente dévotion, du moins en apparence, se référant aux anges, aux saints, au Père, Fils et Saint Esprit, et à la Vierge Marie, qui se retrouvent en de nombreux endroits des textes coëns, notamment dans les diverses invocations hebdomadaires, les prières de l’Ordre, en particulier celle dite « des six heures » (cf. fonds Willermoz Bibliothèque de Lyon, Ms 5526-1), ne sont absolument pas le témoignage d’une manifestation particulière d’adhésion aux éléments de la dogmatique catholique et de l’ensemble des églises chrétiennes, ou encore moins une quelconque révérence envers le sacerdoce de l’Église et les sacrements conférés par ses ministres, car les récitations des rituels coëns ne sont en fait que la simple réutilisation de formules employées par les grimoires magiques auxquels Martinès fit de larges emprunts, comme on peut en trouver trace dans le célèbre Enchiridion du pape Léon III, ou encore le Grimoire d’Honorius : « Viens rendre l’honneur que tu dois à Dieu vivant véritable et ton créateur, au nom du Père + et du Fils + et du Saint Esprit +. Viens donc et sois obéissant devant le cercle, sans aucun péril pour moi, soit du corps ou de l’âme… » ;  « Je t’exorcise +. En t’invoquant, je te fais commandement par la puissance d’un Dieu vivant +, d’un Dieu vrai + et par la force d’un Dieu Saint +, ainsi que par la vertu de Celui qui a dit et toutes choses ont été créées: le ciel, la terre, la mer, les abîmes et tout ce qui est en eux; je t’adjure par le Père + par le Fils + par le Saint Esprit + et par la Sainte Trinité et par le Dieu auquel tu ne peux résister, sur l’empire duquel je te ferai ployer. Je te conjure par Dieu le Père + par Dieu le Fils +, par Dieu le Saint Esprit +, par la Mère de Jésus-Christ et Vierge perpétuelle, par sa sainteté, par sa pureté, par sa virginité…. » (Grimoire du pape Honorius III le Grand, avec un recueil des plus rares secrets, 1670). (Cf. Saint-Martin et les anges, De la théurgie des élus coëns à la doctrine angélique saint-martiniste,  Editions Arma Artis, 2012, p. 96).

7. Les questions relatives à la grâce, avaient été, et restaient encore très vivaces du temps de Saint-Martinanges,christianisme,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,martinésisme,martinisme,métaphysique,m au sein de l’Église, et si le Philosophe Inconnu, ne désigne jamais directement les sources avec lesquelles il est en résonance, sa pensée relève incontestablement d’une sensibilité en ces domaines, qui le rend évidemment proche des positions de saint Augustin (354-430). Rappelons, qu’historiquement, les grandes divisions sur le thème de la grâce, viennent du fait qu’au Ve siècle, un moine anglais, Pélage (v.350-v. 420), en était arrivé à soutenir que l’acte bon produit par la créature, avait comme origine l’homme lui-même, qui, par ses propres moyens personnels et ses efforts, était en mesure d’obtenir son salut. Or, cette proposition n’aboutissait à rien d’autre qu’à oublier, et même jusqu’à « nier » purement et simplement, les conséquences objectives de la chute originelle, puisque accordant une liberté aux fils d’Adam, comme si le péché n’avait point brisé et définitivement détruit, liberté et volonté dans l’âme humaine.

Cornélius Jansénius (1585-1638), évêque d’Ypres, dans l'Augustinus -(1641), rappela la corruption radicale de la liberté et de la volonté en Adam de par le péché originel, faisant que l'homme, sans la grâce, dans l'état de nature déchue,  est incapable d'obéir à Dieu et d'obtenir son salut.

 

C’est contre l’erreur terrible de Pélage que saint Augustin s’éleva avec force, en faisant condamner au concile de Carthage (418) les thèses pélagiennes. Saint Augustin sut rappeler, à juste titre, que le péché originel a ruiné la volonté, profondément corrompu toutes les facultés de l’homme, qui ne peut donc de ce fait, sans l’aide de la grâce, que tomber dans les fautes et les plus épaisses ténèbres. Ainsi, sans la grâce, il est impossible à l’homme de faire le bien, il en est incapable, sa nature, entachée du péché et souillée ontologiquement, l’empêche absolument de pratiquer le bien, car l’homme est totalement sous l’empire de la corruption. Un jésuite portugais, Molina (1536-1600), voulant maintenir, par complaisance indue et inexacte, une certaine liberté à l’homme, avait soutenu dans son ouvrage Concordantia liberi arbitrii cum gratiæ donis (1588), une thèse qui prenait le contre-pied des positions augustiniennes, écrivant : « Dieu et l’homme agissent comme feraient deux chevaux tirant un bateau le long d’un canal. Ces deux actions s’ajoutent donc, mais l’action de Dieu et celle de l’homme sont placées sur le même plan : Dieu tend la main à l’homme, et l’homme la prend. » (Cf. De jansenistica opinione, p. 4). Clément VIII, lors de son pontificat (1592-1605), fit examiner le livre Molina, et en isola 42 propositions hérétiques, rédigeant une Bulle de condamnation, qui ne sera achevée qu’en 1607, par Paul V (1605-1621). Mais cette Bulle Gregis dominici, de par les manœuvres des Jésuites, ne fut- pas publiée, mais uniquement  imprimée en 1707. C’est donc en réaction contre les graves erreurs de Molina sur la liberté de l’homme, que Cornélius Jansénius (1585-1638), évêque d’Ypres, soutint ce que Clément VIII et Paul V avaient eux-mêmes soutenu, à savoir la corruption de la liberté et de la volonté en Adam de par le péché originel, et rédigea un immense ouvrage intitulé Augustinus, (« Augustinus seu doctrina Sancti Augustini de humanæ naturæ sanitate, ægritudine, medicina adversus Pelagianos et Massilienses »), (1641), dans lequel il réaffirma les points essentiels de  la doctrine de saint Augustin sur la grâce, ouvrage qui ne sera publié qu’après la mort de Jansénius, en 1641. Jansénius rappelait avec justesse, que les Jésuites étant revenus aux fatales erreurs de Pélage, avaient oublié que l’homme est dépendant, pour exercer le bien comme pour faire son salut, de la grâce divine, et c’est pourquoi la vie de l’homme, qu’il soit laïc ou clerc, doit être entièrement de nature religieuse et se penser comme un authentique « anéantissement », de sorte que la créature corrompue soit admise en grâce auprès de Dieu, sachant que pour ce qui est d’elle-même, de son infection et ses souillures, elle ne mérite que le châtiment et la mort. A signaler que de ce point de vue, et selon les positions augustiniennes que partage évidemment Saint-Martin, les sacrements ne sont qu’un « signe de l’amour de Dieu », et n’ont pas une efficacité « mécanique » ou « automatique » qui s’imposerait à la créature parce qu’assistant à des offices ou des cérémonies, ce qui rendrait inutile l’effet de la grâce divine donnée directement par Dieu. C’est ce que rappela Antoine Arnauld (1612-1694) dans son maître livre : De la fréquente communion (1643).

8. K. von Eckartshausen, La Nuée sur le Sanctuaire ou Quelque chose dont la philosophie orgueilleuse de notre siècle ne se doute pas1802.

9. L’engendrement de Dieu en l’âme, survenant dans le recueillement passif relève de la « non-pensée », il ne s'obtient pas « par le travail de l’entendement, en s’efforçant de penser à Dieu au dedans de soi-même, ni par celui de l'imagination en se le représentant en soi » (Ste Thérèse d’Avila, Château de l’âme, 4e Dem., ch. 3) ; mais par l'action directe de la grâce divine. C'est pour cela que Ste Thérèse l'appelle « oraison surnaturelle » : « L'oraison dont je parle est un recueillement intérieur qui se fait sentir à l'âme, et durant lequel on dirait qu'elle a en elle-même d'autres sens, analogues aux extérieurs. Elle semble vouloir se séparer de l'agitation des sens extérieurs ; parfois même elles les entraîne après elle. Elle sent le besoin de fermer les yeux du corps, de ne rien entendre, de ne rien voir, de vaquer uniquement à ce qui l'occupe alors tout entière : je veux dire, à cet entretien seul à seul avec Dieu. Dans cet état, les sens et les puissances ne sont pas suspendus ; ils restent libres, mais pour s'appliquer à  Dieu » (Œuvres, t. II).

10. Madame Guyon (1648-1717), qui tenait cette sentence de sainte Thérèse d’Avila, avait l’expression suivante en grande faveur : « Ne rien faire et laisser faire ». Saint-Martin, de son côté – qui eut cette réflexion : « Il faut que ce soit sa volonté qui se fasse, et non pas la mienne. » (Le Livre rouge, « Carnet d’un jeune élu cohen », § 8) - nous engage à nager « continuellement dans la prière comme dans un vaste océan », dont on ne peut connaître « ni le fond, ni les bords, et où l'immensité des eaux….procure à chaque instant une marche libre et sans inquiétudes », et c’est alors que, sans agitation stérile, sans efforts aussi inutiles que vains, sans même que nous nous en soucions «le Seigneur s'emparera de l'âme humaine » : « Je m'unirai à Dieu par la prière comme la racine des arbres s'unit à la terre. J'anastomoserai mes veines aux veines de cette terre vivante, et je vivrai désormais de la même vie qu'elle. Nage continuellement dans la prière comme dans un vaste océan, dont tu ne trouves ni le fond, ni les bords, et où l'immensité des eaux te procure à chaque instant une marche libre et sans inquiétudes. Bientôt le Seigneur s'emparera de l'âme humaine. Il y entrera comme un maître puissant dans ses possessions. Bientôt elle sortira de ce pays d' esclavage et de cette maison de servitude, où elle n' est pas une heure sans violer les lois du seigneur ; de cette terre de servitude, où elle n' entend parler que des langues étrangères, et où elle oublie sa langue maternelle ; de cette terre, où les venins même lui deviennent quelquefois nécessaires pour l' arracher à ses douleurs ; de cette terre, où elle vit tellement avec le désordre, qu' il n' y a plus que le désordre où elle puisse trouver son rapport et son analogue. » (L’Homme de désir, § 251).

11. Saint Jean de la Croix (1542-1592), le docteur de la « nuit mystique », explique avec précision le chemin que doitanges,christianisme,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,martinésisme,martinisme,métaphysique,m emprunter l’âme dans la nuit de l’esprit, afin d’être transformée en Dieu : « L'âme, pour être élevée à ce sublime état, doit demeurer dans l'obscurité, non seulement selon sa partie inférieure, qui regarde les choses créées et matérielles, mais encore selon la partie supérieure qui regarde Dieu et les choses spirituelles. Car il est certain que, pour arriver à la transformation surnaturelle d'elle-même en Dieu, elle doit être obscurcie, c'est-à-dire privée de la lumière qu'elle peut recevoir de tout le sensible et de tout le raisonnable, qui ne sort point des bornes de la nature, puisque tout ce qui est surnaturel surpasse les choses qui ne sont que naturelles, et qui demeurent dans un rang inférieur.» (S. Jean de la Croix, Montée du Carmel, Liv. II, ch. IV).

12. L. Moreau, Réflexions sur les idées de Louis-Claude de Saint-MartinCh. VII, Vues de la nature, esprit des Choses, chez Jacques Lecoffre et Cie, 1850. Signalons que ce livre, devenu introuvable, a fait en 2007, l’objet d’une édition numérique grâce à l’heureuse initiative de Dominique Clairembault, responsable du site : « www.le philosophe inconnu.com ».

 

 

Le culte de l’Église intérieure selon Louis-Claude de Saint-Martin

Sacerdoce mystique et pratique du culte divin 

Essence et forme du ministère de l’Église intérieure

Jean-Marc Vivenza 

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La liturgie spirituelle véritable de l’Église intérieure,

se déroule sur l’autel situé dans le Sanctuaire du cœur,

afin que s’accomplisse le culte divin en « esprit et en vérité »,

sachant que : « l’heure vient, et elle est déjà là,

où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ;

car le Père recherche des hommes qui l’adorent ainsi. » (Jean IV, 23). 

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« C'est à ce sacerdoce

qu'aurait dû appartenir la manifestation de toutes les merveilles

et de toutes les lumières

dont le cœur et l'esprit de l'homme

auraient un si pressant besoin.»

(Saint-Martin, 1802).

 

 

L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin

2e Partie. La pratique du culte divin au sein du Sanctuaire du cœur

 

 

I. La nature céleste de l’Église

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« L'unité ne se trouve guère dans les associations

 elle ne se trouve que dans notre jonction individuelle avec Dieu.

Ce n'est qu'après qu'elle est faite

que nous nous trouvons naturellement

les frères les uns des autres. »

(Portrait, § 1137).

 

 

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Telle est d’ailleurs le sens de cette remarque de Louis-Claude de Saint-Martin, parfois si incomprise et dont peu perçoivent qu’elle se réfère à la vie de la famille divine, et touche même directement à la question de l’Assemblée céleste formée de toute éternité et avant même la fondation du monde (Ephésiens I, 3-6), par les élus de l’Éternel : « L'unité ne se trouve guère dans les associations elle ne se trouve que dans notre jonction individuelle avec Dieu. Ce n'est qu'après qu'elle est faite que nous nous trouvons naturellement les frères les uns des autres. » (Portrait, § 1137).

 

L’histoire de l’Église visible n’est donc rien d’autre, selon Saint-Martin, que l’histoire, non de l’Institutionanges,christianisme,culture,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,livres,martinésisme,martinisme,métaphysique,mystique,occultisme,pensée,philosophie,religion,spiritualité,théologie,théosophie,t divine, mais de la corruption de l’homme, sachant que l’Église, dès les premiers siècles, devint un système abandonnant ce que Dieu avait établi de par le fait que plus les hommes édifiaient des cadres structurels contraignants pour l’Esprit, plus on tentait d’enserrer les vérités évangéliques dans des définitions dogmatiques, plus  l’idée de ce qu’est la véritable Église se corrompait et finalement peu à peu et inexorablement se perdait.

C’est donc dans le cœur de l’homme, selon le Philosophe Inconnu, que doit exister et vivre désormais l’Assemblée de Dieu, une Assemblée qui ne se rapporte à aucune organisation humaine, ni à aucun des systèmes religieux issus des institutions formées et façonnées par les hommes depuis l’avènement du christianisme. C’est une Église édifiée par l’Esprit, ayant pour unique Souverain le Divin Réparateur, une Église constituée pour adorer l’Éternel et être en communion avec Lui ; et cette secrète Assemblée de Dieu, cette Église intérieure demeurant dans le cœur de l’homme de désir : «Le monde ne la connaît pas» (Jean XIV, 17).

 

 

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C’est dans le cœur de l’homme

que doit exister et vivre désormais « l’Assemblée de Dieu »,

une Assemblée qui ne se rapporte

à aucune organisation humaine,

ni à aucun des systèmes religieux issus

des institutions formées et façonnées par les hommes

depuis l’avènement du christianisme.

 

 

a) Faire place à l’Esprit pour illuminer le cœur de l’homme

Ainsi s’impose comme règle unique et  centrale pour cette Église située dans le cœur de l’homme, cette expression si étroitement liée à la voie proposée par le Philosophe Inconnu : « Faites place à l'Esprit » !

Faire place à l’Esprit pour lui donner d’illuminer les profondeurs de l’homme, d’éclairer son édifice, de répandre les saintes bénédictions dans le Temple intérieur pour, qu’en s’appuyant sur les sept colonnes reliées avec le Ciel, il soit en mesure de faire circuler en nous toute la sève spirituelle transcendante, et nourrir l’ensemble de nos autels particuliers sur lesquels brillent les lois de la Divinité : « ‘‘Faites place à l'Esprit’’. (…) Comment cette Église serait-elle renversée ? Ses sept co­lonnes reposent sur la sainteté, et elles s'élèvent jusque dans la demeure du Très-Haut ; là elles puisent continuellement la sève divine, et la rapportent jusqu'aux saints fondements du temple. Comment cette Église serait-elle renversée ? Ses sept colonnes sont intimement liées à sa base et à son sommet tout à la fois. La base, les colonnes, le sommet de l'édifice tout n'est qu'un ; il est impossible qu'il ne se meuve pas tout ensemble, et qu'au­cune force ne puisse jamais séparer la moindre partie. » (Le Nouvel homme, § 14).

 

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« ‘‘Faites place à l'Esprit’’. (…)

Comment cette Église serait-elle renversée ?

Ses sept co­lonnes reposent sur la sainteté,

et elles s'élèvent jusque dans la demeure du Très-Haut ;

là elles puisent continuellement la sève divine,

et la rapportent jusqu'aux saints fondements du temple. »

(Le Nouvel homme, § 14).

 

 

b) La consécration du Temple

anges,christianisme,culture,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,livres,martinésisme,martinisme,métaphysique,mystique,occultisme,pensée,philosophie,religion,spiritualité,théologie,théosophie,tAinsi, lorsque le plan a été tracé et les proportions arrêtées, il faut passer de l’architecture à la consécration du Temple en méditant ces paroles saintes : ‘‘je suis le fils du Seigneur’’, paroles restauratrices des trois dons primitifs : « la conservation du corporel, la distribution de l'incorporel et l'exclamation », mais qui feront également accéder au quatrième don : la supériorité, une supériorité touchant à l’éminente valeur du Temple intérieur par rapport à tous les édifices visibles construits par les institutions religieuses, tout ceci se déroulant dans le silence et la retraite : « Dites en vous-même : ‘‘je suis le fils du Seigneur’’. Dites-le, jusqu' à ce que cette parole sorte du fond de votre être : et vous sentirez les ténèbres s'enfuir d'autour de vous. (…) Ce n'est point en vain qu'il m'est donné de dire aujourd'hui encore mieux que dans l'origine : je suis le fils du Seigneur. Et je ne suis point en mesure, si chaque instant de mon existence ne me trouve occupé à méditer et à prononcer cette sublime parole. » (L’Homme de désir, § 233).

 

c) La réception du rang sacerdotal

 

La parole sacrée proférée, la parole sublime révélatrice de notre vraie nature, de notre état divin, étant prononcée dans le Temple par Celui qui vint « d’en haut » dire à notre place la parole déterminante, alors le Réparateur va nous donner « rang parmi ses prêtres »,  il va solennellement nous déclarer « de la race sacerdotale ». Mais que nous restera t-il à faire ensuite, après avoir bénéficié, dans la nuit de l’esprit mais alors que le Temple ait été édifié et consacré, et ceci malgré notre immense misère et terrible indignité, de ces réceptions nous instituant « prêtre » et de la « race sacerdotale » ?

 

 

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L’homme est prêtre, prêtre authentique

par une ordination surnaturelle, reçue du Ciel

sans aucune médiation humaine,

et que d’ailleurs nulle institution terrestre

n’est en mesure de transmettre.

 

 

Eh bien Saint-Martin nous l’explique clairement, et nous l’indique sous la forme d’un commandement : « Revêts l'éphod et la tiare. Parois devant l'Assemblée, comme étant rempli de la majesté du Seigneur. » (L’Homme de désir, § 245).

*

Reste à savoir que faire de cette prêtrise, à en connaître les principes, être instruit de la pratique du culte divin dont elle est détentrice, être en mesure d’en comprendre les mystères, s’instruire de la façon dont peut s’exercer ce ministère pourvu de la majesté du Seigneur, de sorte que soient accomplis les rites de ce sacerdoce selon l’interne, à l’évidence d’une nature si différente, si éloignée et radicalement autre, de celle de l’ensemble des institutions religieuses professant le christianisme - toutes dénominations ecclésiales, églises, chapelles ou systèmes constitués et organisés possédant une classe sacerdotale ostensibles confondus. Et cette connaissance représente précisément la science spirituelle véritable de l’Église intérieure, afin que se déroule, sur l’autel situé dans le Sanctuaire du cœur, la divine liturgie en « esprit et en vérité », sachant, selon l’indication évangélique, que : « l’heure vient, et elle est déjà là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car le Père recherche des hommes qui l’adorent ainsi. » (Jean IV, 23). 

 

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Doivent s’accomplir les rites du sacerdoce selon l’interne,

d’une nature différente,

éloignée et radicalement autre,

de celle de l’ensemble des institutions religieuses

professant le christianisme –

toutes dénominations ecclésiales, églises, chapelles

ou systèmes constitués et organisés,

possédant une classe sacerdotale ostensibles, confondus.

 

 

II. L’adoration en « Esprit et en Vérité »

 

anges,christianisme,culture,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,livres,martinésisme,martinisme,métaphysique,mystique,occultisme,pensée,philosophie,religion,spiritualité,théologie,théosophie,tSi l’homme est prêtre, prêtre authentique par une ordination surnaturelle, reçue du Ciel sans aucune médiation humaine, et que d’ailleurs nulle institution terrestre n’est en mesure de transmettre, il lui incombe d’exercer son sacerdoce. Et sur cette question de l’exercice du sacerdoce, Saint-Martin, prend très au sérieux, et comment ne pas lui reconnaître une authentique légitimité en cela de par la portée des paroles exprimées dans l’Évangile de Jean si on veut bien y être un minimum attentif, l’injonction du Christ à la Samaritaine devant le puits de Jacob, lui indiquant qu’à présent c’est « en Esprit et en Vérité » que Dieu souhaite être adoré, et qu’il attend et recherche de tels adorateurs : « Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es prophète. Nos pères ont adoré sur cette montagne ; et vous dites, vous, que l’endroit où il faut adorer est à Jérusalem. Femme, lui dit Jésus, crois–moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne, ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient –– et c’est maintenant –– où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont de tels adorateurs que le Père recherche. Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité. » (Jean IV, 19-24).

a) Dieu, pour être adoré, s'est formé un temple dans le cœur de l’homme

De la sorte, pour Saint-Martin, l’adoration demandée par le Père que le Christ révèle à la Samaritaine, anges,christianisme,culture,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,livres,martinésisme,martinisme,métaphysique,mystique,occultisme,pensée,philosophie,religion,spiritualité,théologie,théosophie,treprésente le culte authentique du christianisme, culte que se doivent d’accomplir les âmes consacrées par le Ciel, celui qui aurait dû être toujours célébré et transmis par les chrétiens depuis l’origine de l’Église, qui se sont malheureusement égarés en créant des cérémonies inspirées des rites pratiqués par les religions antérieures à la venue du Fils de Dieu dont les fruits externes sont stériles et impuissants [1],  car le culte qui concerne l’homme aujourd’hui, ce en quoi consiste toute sa religion relevant de « l’Esprit et de la vérité », doit s’effectuer sur un Autel qui n’est autre que son « cœur », un cœur renouvelé par la grâce, garni de lampes et sur lequel monte, silencieusement, et en permanence, un pur encens vers le Ciel

Tel est le vrai temple, qui n’a rien de commun avec les « temples figuratifs » édifiés par la main de l’homme, où Dieu doit être adoré : « Oui, nouvel homme, voilà ce vrai temple où seulement tu pourras adorer le vrai Dieu de la manière dont il veut l'être, puisque tous les temples représentatifs et figuratifs qu'il a permis à sa sagesse de t'accorder pendant ton passage dans les régions visibles ne sont que les avenues de ce temple invisible, auquel il désirerait voir arriver en foule toutes les nations de l’univers. Le cœur de l'homme est le seul port où le vaisseau lancé par le grand souverain sur la mer de ce monde, pour transporter les voyageurs dans leur patrie, peut trouver un asile sûr contre l'agitation des flots, et un ancrage solide contre l’impétuosité des vents. Ne lui en interdisons pas l'entrée, si nous ne voulons pas de sa part les reproches de l'ingratitude et de l'inhuma­nité ; au contraire, ayons un soin continuel de tenir ce port en état, et d'ôter sans cesse les sables qui peuvent s'accumuler devant lui, et que la mer y apporte à tous les moments ; ayons grand soin d'en ôter les vases et les sédiments qui s'y déposent journellement, et qui couvrant le fond solide empêcheraient que l’ancre du vaisseau ne pût y mordre et s'y attacher ; ayons surtout grand soin de préparer tous les secours qui seront en notre pouvoir pour soulager les malheureux navigateurs que la mer aura fatigués, et faisons en sorte qu'ils y trouvent toutes les consolations qu'ils pourront désirer, afin que ce port soit chaque jour plus fréquenté, et devienne ainsi utile et cher à toutes les nations de l'univers ; par là nous rétablirons entre nous, et nos frères de tous les pays, une liaison salutaire qui nous fera jouir d'avance des bienfaits de cette communion universelle pour laquelle nous avons reçu l'existence, et qui est le premier objet de l'ambition du nouvel homme. »   (Le Nouvel homme, § 27).

 

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Le culte en quoi consiste toute la religion

relevant de « l’Esprit et de la vérité »,

doit s’effectuer sur un Autel qui n’est autre

que le « cœur » de l’homme,

mais un cœur renouvelé par la grâce,

garni de lampes et sur lequel monte,

silencieusement, et en permanence,

un pur encens vers le Ciel.

 

anges,christianisme,culture,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,livres,martinésisme,martinisme,métaphysique,mystique,occultisme,pensée,philosophie,religion,spiritualité,théologie,théosophie,tDieu, depuis l’avènement du Divin Réparateur, s’est choisi un sanctuaire unique pour être adoré et il n’en veut point d’autre, il s’agit du cœur de l’homme ; Saint-Martin dit : « le Dieu unique a choisi son sanctuaire unique dans le cœur de l'homme, et dans ce fils chéri de l'esprit que nous devons tous faire naître en nous », nous donnant, par ailleurs, des conseils importants, des prescriptions sacrées afin de nous aider à célébrer intérieurement comme il convient, notre culte en esprit et en vérité : « Lorsque tu seras entré dans la terre promise, souviens-toi de n'y sacrifier à ton Dieu que dans le lieu qu'il aura choisi pour que tu lui rendes le culte qui lui est dû. Non seulement tu n'imiteras point ces nations impies qui ont dressé les autels sur tous les hauts lieux, sous des arbres touffus, et qui là offrent leurs sacrifices au Soleil, à la Lune, et à toute la milice du ciel, mais tu renverseras tous ces hauts lieux, tous ces autels et toutes ces idoles qui y sont honorées ; tu ne laisseras pas subsister la moindre trace de ce culte impie, selon que le Seigneur ton Dieu te l'a ordonné, et tu viendras dans le lieu que le Seigneur t'aura indiqué pour lui immoler tes victimes. Ce lieu, tu l'as déjà connu, tu l'as déjà vu, dès que tu as reçu la naissance ; car ce lieu est ce même fils chéri, conçu de l’esprit en similitude de celui qui est le fils unique du Seigneur son éternelle génération. Tu éviteras donc, avec grand soin, d'aller sacrifier au Seigneur dans d'autres lieux de ton être, que dans ce Saint des Saints qui est le seul asile sacré qu'il ait pu se réserver dans les du temple de l'homme. »  (Le Nouvel homme, § 27).

 

b) Nature du culte de l’homme

anges,christianisme,culture,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,livres,martinésisme,martinisme,métaphysique,mystique,occultisme,pensée,philosophie,religion,spiritualité,théologie,théosophie,tA cet égard, la dimension purement spirituelle conférée à l’adoration selon le christianisme évangélique que Saint-Martin expose, est très importante, car indéniablement, il n'y a pas de chemin plus solennel, d'autre voie, d'autre initiation supérieure à celle que de célébrer sur notre « Autel », dans l'invisibilité et le silence du cœur, les louanges de l'Éternel, nous éclairant seulement avec cette lampe sacrée comportant sept splendides lumières, et de tourner lentement vers Dieu, une prière de reconnaissance, pour sa plus grande gloire, puisque : « le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, nous a béni de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ.» (Ephésiens, 1, 3).

Cette « révélation » en quoi consiste cet enseignement enfin dévoilé, correspond à ce que Saint-Martin nomme la « troisième époque », c'est-à-dire le temps où la Vérité, par les bienfaits qu'elle prodigue à l'homme, « l'anime de la même unité, et l'assure de la même immortalité ». Le Philosophe Inconnu, comme il le fit souvent dans ses ouvrages, et qui plus est encouragé par les paroles merveilleuses du Réparateur, s'exprime ouvertement avec son disciple et lui donne, ou, plus exactement, lui confie le secret qui résume toute l'initiation selon l’interne, lui délivrant par delà les siècles - qui de toute manière ne comptent pas du point de vue de l'éternité -, ces précieuses vérités : « Apprend [que ton] Être intellectuel [est] le véritable temple ; que les flambeaux qui le doivent éclairer sont les lumières de la pensée qui l'environnent et le suivent partout ; que le sacrificateur c'est ta confiance dans l'existence nécessaire du Principe de l'ordre de la vie ; c'est cette persuasion brûlante et féconde devant qui la mort et les ténèbres disparaissent ; que les parfums et les offrandes, c'est [ta] prière, c'est [ton] désir et [ton] autel pour le règne de l'exclusive unité. » (Le Tableau naturel, XVII).

 

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« Apprend [que ton] Être intellectuel

[est] le véritable temple ;

que les flambeaux qui le doivent éclairer

sont les lumières de la pensée ….

que le sacrificateur c'est ta confiance

dans l'existence nécessaire du Principe de l'ordre de la vie ;

c'est cette persuasion brûlante et féconde

devant qui la mort et les ténèbres disparaissent ;

que les parfums et les offrandes, c'est [ta] prière,

c'est [ton] désir et [ton] autel

pour le règne de l'exclusive unité. »

 (Le Tableau naturel, XVII).

 

 

Saint-Martin explique ainsi, avec une grande clarté, pourquoi notre Autel est invisible aux yeux matériels, car il est un « Centre profond », l’ultime chambre secrète de l’âme, où nul principe grossier ne pénètre car se tient en ce lieu mystérieux, la sainte « Lumière intérieure », et c’est en cet endroit seulement que Dieu est adoré selon le véritable christianisme : « Ce centre profond ne produit lui-même aucune forme physique ; ce qui m’a fait dire, dans L’Homme de désir ,que l’amour intime  n’avait  point  de  forme,  et  qu’ainsi  nul homme n’avait jamais vu Dieu.» (Saint-Martin, Lettre à Kirchberger, 24 avril 1793).

 

C’est pourquoi insiste Saint-Martin, celui qui tend vers le saint temple, ne veut pas célébrer son culte dans des lieux édifiés par la main de l’homme, mais dans des sanctuaires sacrés que Dieu est venu placer à l’intérieur du cœur de ses créatures. Il recherche des domaines vierges des pensées désorientées de l’humaine nature, afin de faire monter vers le Ciel un encens purifié des constructions arbitraires dont sont remplis, malheureusement, les consciences. L’homme en attente de la régénération, laissera donc agir en son centre l’œuvre de l’Esprit, et acceptera que seule la main du Seigneur puisse se faire l’édificatrice du Sanctuaire : « Le nouvel homme ne veut pas d'un Dieu qui soit ainsi l'ouvrage de ses mains ; voilà pourquoi il n'a d'autre soin, d'autre désir que de laisser agir sur lui la main du Seigneur. Il la sent pénétrer jusque dans l'intérieur de son être. Elle com­mence par réveiller en lui la sensibilité spirituelle par son approche ; elle lui communique une nourriture douce et vivi­fiante, qui flatte son goût et qui répand des parfums délicieux pour son odorat ; ce sont là les premiers sens spirituels qui prennent naissance dans l'homme, par la main de l'Esprit. » (Le Nouvel homme, § 30).

 

Après quoi, lorsque le cœur est édifié en un Sanctuaire invisible, goûtant la douceur de la « sainte Présence », lorsqu’il baigne dans la paisible atmosphère céleste, lorsqu’il est pacifié [2], l’œuvre sainte peut s’opérer de sorte que nous soyons admis comme « sacrificateur de l’Éternel », ce qui correspondra au dévoilement de l’Arche Sainte, après que nous ayons traversé plusieurs déserts et écarté les mains qui, en nous, outrageaint la sainteté de l’ouvrage divin :  « Il faut que cette oeuvre sainte s'opère en nous, pour que nous puissions dire que nous sommes admis au rang des sacrificateurs de l'Eternel. L'arche sainte est en captivité en nous. Des impies qui ne savent pas distinguer la lumière d'avec les ténèbres, retiennent cette arche sainte dans leurs demeures d'iniquité ; ils lui font mille outrages ; ils ne se contentent pas de la mettre en parallèle avec leurs fausses divinités, ils veulent qu'elle soit pour ces fausses divinités un objet de dérision ; ils veulent qu'elle soit leur esclave ; ils veulent qu'elle soit comme rien devant des divinités qui ne sont elles-mêmes que le néant.Il faut que nous arrachions cette arche sainte de ces mains criminelles qui l'outragent ; il faut que nous lui fassions traver­ser les déserts au milieu des peuples armés pour nous attaquer, et la maintenir en leur possession. Il faut que nous la sentions sortir péniblement de dessous les décombres qui l'engloutissent, et traverser le vieil homme, en le faisant crier de douleur, jusqu'à ce qu'elle l'ait dépassé, et qu'elle se soit remise à flot au-dessus de lui. »  (Le Nouvel homme, § 16).

 

 

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« Il faut que cette oeuvre sainte s'opère en nous,

pour que nous puissions dire

que nous sommes admis au rang

des sacrificateurs de l'Éternel. »  

(Le Nouvel homme, § 16).

 

 

III. L’oraison du coeur est le vrai culte « Saint et véritable »

 

Mais, pourront se demander certains, faudra-t-il se livrer à des cérémonies supplémentaires à celles qui se déroulent dans l’interne, est-il nécessaire d’accomplir quelques pratiques sacramentelles externes pour accompagner le dévoilement de l’Arche Sainte en nous ?

Point du tout.

Le culte intérieur est non seulement parfait mais autosuffisant, il possède en lui toutes les vertus, renferme tous les principes nécessaires à l’âme afin d’effectuer le « culte Saint et véritable ».

 

 

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« La seule religion est celle du cœur ».

 

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Il poursuivait ainsi son exposé : « En effet les intelligences n'ont reçu l'être, n'ont été honorées de la révélation des beautés et merveilles divines que pour propager au-dehors ce même culte d'amour. Pour entretenir et cultiver ce don heureux de l'existence dont elles ont été douées, elles devaient donc par amour reverser dans le Verbe tout ce qu'elles ont reçu de lui, comme le Verbe reverse en Dieu son Père tout ce qu'il est en lui-même. Arrêter dans la créature intelligente cet écoulement des beautés divines, lui empêcher d'en rendre un hommage continuel à la cause, Principe de son être, n'était-ce pas suspendre la culture, l'entretien de cette plante divine ? n'était-ce pas la corrompre, la gâter, pervertir sa destination ? Or l'homme, cette plante n'étant plus alors susceptible. de culture, se trouvait nécessairement séparée du principe de sa vie ; elle devait subir un jugement, diminuer de vie ou la perdre. Mais comme elle était indestructible, elle était dans une position complètement opposée à l'état qui devait faire son souverain bonheur, et devenait par conséquent très-malheureuse. Il fallait donc rapprendre à cet être dégradé la culture qui pouvait le faire rentrer dans l'ordre divin. C'est dans ce but qu'il lui fut donné un roi et un prêtre à l'image divine, qui étant lui-même toujours en adoration, put recevoir pour cet être l'hommage qu'il rendrait à son Créateur. Le prier, l'adorer, contempler ses merveilles fut dès lors pour cet être le moyen de communiquer avec la source ineffable de toutes choses

 

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« Ainsi la prière, l'état d'adoration,

de contemplation et de sacrifice

est la base fondamentale sans laquelle

il ne peut y avoir d'union entre l'infini et le fini. »

 

 

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Ainsi, Saint-Martin était tout à fait fondé à pouvoir dire et affirmer, sachant la capacité de la prière intérieure à pouvoir agir comme un authentique culte divin effectué en « esprit et en vérité - bien que notre vigilance se doit d’être constante pour en préserver la pureté contre l’action des agents impurs  -, que dans ces profondeurs mystérieuses, sont cimentés les fondements de l’Église intérieure, et ce par l’unique moyen de notre intime substance, renouvelée et purifiée par Dieu : « C'est dans les plus creuses profondeurs de l’âme humaine, que l'architecte doit venir poser le fondement de l’Église ; et il faut qu'il les cimente avec la ‘‘chair, le sang et la vie’’ de notre verbe, et de tout notre être. Voilà le travail le plus pénible de la régénération ; c'est celui qui porte sur cette intime substance de nous-mêmes. » (Le Nouvel homme, § 12).

 

IV. La célébration de l’institution divine selon l’Église intérieure

Cimenter le fondement de l’Église intérieure, avec la ‘‘chair, le sang et la vie’’ de notre verbe, et de tout notre être, voilà des paroles qui évoquent évidemment le grand mystère de la Cène, le centre du culte chrétien, dont beaucoup pourraient penser qu’il fait cruellement défaut dans la voie selon l’interne.

 

 

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Beaucoup pourraient penser que le mystère de la Cène,

le centre du culte chrétien,

fait cruellement défaut dans la voie selon l’interne.

Or Saint-Martin porte son lecteur

vers une vision entièrement renouvelée du rituel eucharistique,

insistant sur son aspect non matériel.

 


En décrivant la Pâque, et en nous en montrant le sens exact, Saint-Martin porte son lecteur vers une vision entièrement renouvelée du sens du rituel eucharistique, insistant sur son aspect non matériel, montrant qu’il n’est point fondé en son essence véritable sur des substances périssables sujettes à la fermentation et à la corruption, mais sur une nourriture purement céleste, représentant précisément le passage des choses terrestres aux réalités invisibles : « La fête des pains sans levain approche ; cette fête annonce au nouvel homme une nourriture qui n'est point sujette à la fermentation et à la corruption de la matière. Or, comme cette fête se nomme le passage ; et comme c'est au passage de la re­naissance spirituelle que se trouvent les plus grands dangers pour l'âme humaine, c'est aussi le moment de ce passage que choisissent les princes des prêtres et les docteurs de la loi, pour se saisir de la personne du nouvel homme, et où son ennemi s'offre à eux pour le leur livrer moyennant le prix dont ils conviennent ensemble, et qui remplit de joie ces princes des prêtres et les capitaines, parce qu'ils craignent le peuple, et ne peuvent employer que des ruses et des trahisons... (Le Nouvel homme, § 60).

 

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La trahison qui guette le nouvel homme,

n’est autre que le risque d’une méprise radicale du mystère,

en le ramenant tragiquement

vers les reliquats de ce monde de matière.

 

La trahison qui guette le nouvel homme, n’est autre que le risque d’une méprise radicale du mystère, en le ramenant tragiquement vers les reliquats de ce monde de matière, et si le Fils de l’homme indique que l’entrée dans la ville sainte est accompagnée de la rencontre d’un porteur d’eau ayant une cruche, c’est que ce porteur d’eau est le précurseur de la Sainte Alliance dont on ne devient membre que par une purification parfaite, de même que la chambre haute où doit se célébrer la Cène, n’est autre que l’esprit de l’homme, la pensée de l’homme qui n’est point faite d’éléments matériels, mais d’une lumière qui est la vie de l’âme  : « Le nouvel homme n'ignore pas cette trahison qui se trame contre lui, puisqu'il a dit d'avance aux siens : ‘’Vous savez que la Pâque se fait dans deux jours, et que le fils de l'homme sera livré pour être crucifié’’. Mais comme il sait aussi que le com­plément de sa régénération est attaché à ce sacrifice, comme il sait en outre que ce sacrifice doit rendre la vie aux habitants de son propre royaume, il dit à quelques-uns des siens : ‘‘Allez­-nous apprêter ce qu'il faut pour la Pâque. Lorsque vous entre­rez dans la ville, vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau, suivez-le dans la maison où il entrera, et dites au maître de cette maison que le maître vous envoie dire : Où est le lieu où je mangerai la Pâque avec mes disciples ? Et il vous montrera une grande chambre haute toute meublée. Préparez-­nous-y ce qu'il faut.’’Qu'est-ce que c'est que cet homme portant une cruche d'eau ? C'est le précurseur de la sainte alliance qui ne peut se contracter qu'après la purification parfaite. Qu'est-ce que c'est que cette chambre haute où la Pâque doit se célébrer ? C'est la pensée de l'homme qui est revêtue du privilège de se montrer parmi les nations comme la région la plus sublime du temple immortel que l'Esprit Saint s'est proposé d'habiter. Qu'est-ce que c'est que ce maître qui envoie demander où est le lieu où il mangera la Pâque avec ses disciples ? C'est l'esprit du nouvel l’homme lui-même, qui vient visiter l'âme humaine pour lui rendre la vie et la lumière, mais qui sachant que cette âme humaine est un être libre, ne veut habiter chez elle que de son propre consentement, malgré tous les biens et toutes les riches­ses dont il vient la favoriser. » (Le Nouvel homme, § 60).

 

Ainsi, il est nécessaire d’attendre que l’âme de l’homme soit prête pour que se déroule le rituel de la Sainte Alliance, il importe que l’heure advienne où les fruits du sacrifice soient prêts à être partagés et consommés en nous : « Il attend l'heure favorable pour venir opérer dans l'âme ce salutaire sacrifice, parce que son amour pour nous l'a engagé même à s'assujettir à la loi des heures ; mais quand cette heure est arrivée, il se met à table avec nous, et il nous dit : ‘‘J'ai souhaité avec ardeur manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ; car je vous déclare que je n'en mangerai plus désor­mais jusqu'à ce qu'elle soit accomplie dans le royaume de Dieu.’’ Parce qu'après la consommation du grand sacrifice du Réparateur, il fallait encore un temps pour la ratification, et pour que les fruits de ce sacrifice parvinssent à leur terme. » (Le Nouvel homme, § 60).

 

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« Alors l'esprit qui est à table avec nous prend le pain,

et ayant rendu grâce, il le rompt en disant :

 ‘‘Ceci est mon corps qui est donné pour vous,

 faites ceci en mémoire de moi.’’ »

(Le Nouvel homme, § 60).

 

Lorsque cette heure est advenue, selon une loi et une marche qui ne nous appartiennent pas, dont nous ne sommes pas les maîtres, mais dont Dieu seul dispose et commande : « Alors l'esprit qui est à table avec nous prend le pain, et ayant rendu grâce, il le rompt en disant : ‘‘Ceci est mon corps qui est donné pour vous, faites ceci en mémoire de moi.’’ Parce que de même que la rupture du pain annonce la rupture de son corps, de même la rupture de son corps annoncera la rupture et les douleurs de son esprit qui daigne abandonner le lieu de sa gloire pour venir habiter dans le séjour de notre misère.Il prend le calice, et ayant rendu grâce, il nous dit : ‘‘Ce calice est la Nouvelle Alliance en mon sang, lequel sera répandu pour vous. Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne jusqu'à ce jour où je le boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon Père ; toutes les fois que vous mangerez de ce pain et que vous boirez de cette coupe, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne.’’ Parce que le sang de cette coupe, annonce l'effusion du sang matériel du Réparateur, que l'effusion de son sang matériel annonce l'effusion de son sang spirituel, et qu'en même temps cette coupe annonce l'effusion du sang corporel de l'homme pour l'abolition du péché, et l'effusion de son sang spirituel pour sa régénération particulière.C'est pourquoi le nouvel homme n'aurait pas été régénéré si le Réparateur ne s'était pas fait homme, parce que sans cela les voies de notre sang n'auraient jamais été ouvertes, et ce sang n'aurait jamais pu couler, malgré la mort corporelle que nous subissons tous les jours, et malgré tous les massacres de la terre. C'est aussi par ce moyen qu'il a fait de l'âme des hommes un agneau pascal semblable à lui ; et que cet agneau doit être immolé dans chacun d'eux, pour en faire autant de nouveaux hommes, comme il a dû être immolé lui-même pour le renou­vellement, et la régénération de toute l'espèce humaine. » (Le Nouvel homme, § 60).

 

« Consummatum est »

 

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« Il a fallu qu'il se fit chair dans le sein d'une vierge terrestre,

en s'enveloppant de la chair

provenue de la prévarication du premier homme,

puisque c'était de la chair, des éléments, e

t de l'esprit du grand monde qu'il venait nous délivrer.

(...) il ne nous reste plus de ressource,

parce que nous n'avons plus d'autre Dieu à attendre,

ni d'autre libérateur à espérer. »

 

La rupture du pain préfigure, la rupture de l’esprit divin qui vint en ce monde pour nous sauver, et la coupe représente le sang matériel du Réparateur, qui préfigure l’effusion de son sang spirituel qui a transformé, pat l’effet d’une transsubstantiation spirituelle, l’âme de l’homme en une victime sacrificielle, car s’il s’est fait chair, c’est non pas pour la sanctifier ou la spiritualiser, mais pour nous en délivrer, s’il prit le pain et la coupe, c’est pour nous extraire des essences corrompues de ce monde, pour nous porter vers les régions célestes, et non pour nous river en cette vallée passagère pour s’attacher à des formes qui n’avaient pour objet que de nous permettre de dépasser toutes les formes élémentaires, même celles qui ont l’aspect du pain et du vin, et nous en libérer par la puissance d’une immolation qui a tout consommé en nous donnant la certitude que tout est désormais accompli : « Après être devenu principe de vie corporelle, il a fallu qu'il devînt élément terrestre, en s'unissant à la région élémentaire ; et de là il a fallu qu'il se fit chair dans le sein d'une vierge terrestre, en s'enveloppant de la chair provenue de la prévarication du premier homme, puisque c'était de la chair, des éléments, et de l'esprit du grand monde qu'il venait nous délivrer. On voit maintenant pourquoi le sacrifice que le Réparateur a fait ainsi dans tous les degrés, depuis la hauteur d'où nous étions tombés, a dû se trouver approprié à tous nos besoins et à toutes nos douleurs. Aussi c'est le seul sacrifice qui ait été terminé par ces paroles à la fois consolantes et terribles, ‘‘consummatum est’’ ; consolantes par la certitude qu'elles nous donnent que l'œuvre est accomplie, et que nos ennemis seront sous nos pieds, toutes les fois que nous voudrons marcher sur les traces de celui qui les a vaincus ; terribles, en ce que si nous les rendons vaines et nulles pour nous par notre ingratitude et notre tiédeur, il ne nous reste plus de ressource, parce que nous n'avons plus d'autre Dieu à attendre, ni d'autre libérateur à espérer. » (Le Ministère de l’homme-esprit, IIe Partie, « De l’homme »).

 

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S’il s’est fait chair,

c’est non pas pour la sanctifier ou la spiritualiser,

 mais pour nous en délivrer ;

 s’il prit le pain et la coupe,

c’est pour nous extraire des essences corrompues de ce monde,

pour nous porter vers les régions célestes,

et non pour s’attacher à des formes

qui n’avaient pour objet que de nous permettre

 de dépasser toutes les formes élémentaires,

même celles qui ont l’aspect du « pain » et du « vin ».

 

 

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« Le Verbe s'est fait chair, pour nous

délivrer de la chair et du sang. »

(L’Homme de désir, § 171).

 

 

Il est fini, révolu, dépassé, le temps où il fallait utiliser des victimes animales pour nous laver de nos souillures, de même qu’il est achevé, pour toujours, celui où la médiation par des formes matérielles était imposée à l’homme pour célébrer son culte. Aujourd’hui nous vivons sous l’unique règle qui s’exprime par ces mots : « Consummatum est » : « Ce n'est plus le temps où nous puissions expier nos fautes, et nous laver de nos souillures par l'immolation des victimes animales, puisqu'il a chassé lui-même du temple les moutons, les bœufs et les colombes. Ce n'est plus le temps où des prophètes doivent venir nous ouvrir les sentiers de l'esprit, puisqu'ils ont laissé ces sentiers ouverts pour nous, et que cet esprit veille sans cesse sur nous (…) Consummatum est. Nous n'avons plus désormais d'autre œuvre ni d'autre tâche, que de nous efforcer d'entrer dans cette consommation, et d'éloigner de nous tout ce qui peut nous empêcher d'en retirer tous les avantages. » (Le Ministère de l’homme-esprit, IIe Partie, « De l’homme »).

 

V.  L'idée et le mot de « chair et de sang » doivent être abolis

 

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Saint-Martin considère qu’il importe de libérer

 le rite eucharistique des régions élémentaires

qui en ont corrompu le sens,

et lui redonner sa dimension authentique

qui fut et doit demeurer purement céleste,

car cette commémoration du divin Sacrifice

doit s’opérer comme le Réparateur en a fait la demande :

« en esprit et en vérité ». [4]

 

L’immense sublimité du sacrifice du Divin Réparateur, bien évidemment montre que le mal a été vaincu, ce en en quoi il apparaît de façon claire qu’il n’est pas un « Principe », et situe cet acte magnifique bien au-dessus de tout ce qui, précédemment, dans l’ordre des sacrifices, avait été institué au cours des âges pour la purification des hommes, et qui ne pouvait que fatalement aller en dégénérant de plus en plus, faute d’être en mesure de libérer les créatures des affres de la mort spirituelle qui était le triste lot commun de toutes les générations depuis Adam, jusqu’à être inévitablement aboli car devenu inutile : « Enfin, il est aisé de sentir combien le sacrifice du Réparateur a dû l'emporter sur tous ceux qui l'avaient précédé, puisqu'il fallait transposer jusque dans l'abîme le prince même de l'iniquité qui régnait sur l'homme, et qu'il n'y avait qu'au chef suprême et divin de la lumière, de la force et de la puissance qu'une pareille victoire pût être réservée. Il n'est pas inutile d'observer ici en passant que les sacrifices sanglants des Juifs ont continué cependant depuis ce grand sacrifice jusqu'à la ruine de leur ville ; mais depuis longtemps ils n'en possédaient plus que la forme ; l'esprit s'en était perdu pour eux ; il s'éloigna encore davantage depuis l'immolation de la victime divine. Voilà pourquoi ils ne pouvaient plus aller qu'en dégénérant, et cette période, à la fin de laquelle la grande vengeance éclata sur ce peuple criminel, montre à la fois la cessation de l'action protectrice de l'esprit qui les abandonnait, et les terribles effets de la justice que l'esprit vengeur exerçait sur eux ; rigoureux arrêt, qui n'aurait pas pu s'exécuter dans le moment de l'action réparatrice du Régénérateur, puisqu'il n'était venu opérer que l'œuvre de l'amour et de la clémence. » (Le Ministère de l’homme-esprit, IIe Partie, « De l’homme »).

C’est pourquoi, insiste Saint-Martin, il importe de libérer ce rite eucharistique des régions élémentaires qui en ont corrompu le sens, et lui redonner sa dimension réelle et authentique qui fut et doit demeurer purement céleste, sachant que cette commémoration du divin Sacrifice doit s’opérer, comme le Réparateur en avait fait la demande, « en esprit et en vérité » afin que les signes sacrés nous permettent d’accéder à « l’élément pur » qui est uni à l’Esprit, lui-même l’étant à la Parole, et cette dernière à la « Source primitive et éternelle ».

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« Le sang est le sépulcre de l'homme,

et il lui faut nécessairement en être délivré

pour faire le premier pas dans la grande ligne de la vie »

 

Et si jamais la confusion nous conduit à confondre l’institution humaine de ce rite, avec l’œuvre qui est à opérer en nous, alors le risque est fort grand malheureusement, de se mettre à grande distance de l’esprit véritable qui préside à la célébration de la Pâque, et finalement nous empêcher que s’accomplisse la régénération de notre être afin qu’il parvienne à l’élément pur, au corps primitif immatériel que nous avions avant notre dégradation, qui nous fit dégénérer en une substance corrompue et impure dans laquelle nous sommes emprisonnés de par la faute d’Adam,  notre père selon la chair : « Si l'on ne s'élève pas à cette sublime unité qui veut tout embrasser par notre pensée ; si l'on confond l'institution avec l'œuvre que nous devons opérer sur nous-mêmes ; et enfin, si l'on confond le terme avec le moyen, le subsidiaire avec ce qui est de rigueur, on est bien loin de remplir l'esprit de l'institution elle-même. Car il veut, cet esprit, que nous annoncions la mort du Christ à nos iniquités, pour les chasser loin de nous ; aux hommes de Dieu de tous les âges, pour qu'ils soient présents activement dans notre œuvre ; à la Divinité, pour lui rappeler que nous sommes rachetés à la vie, puisqu'elle a mis elle-même son sceau et son caractère dans le libérateur qu'elle a choisi ; enfin, il veut que nous annoncions universellement cette mort à l'ennemi, pour le faire fuir de notre être, puisque tel a été l'objet de la mort corporelle du réparateur. Or, l'institution de la Cène ne nous est donnée que pour nous aider à travailler efficacement à cette œuvre vive que nous devons opérer tous en notre particulier. Car, c'est dans cette œuvre vive que toutes les transpositions disparaissent par rapport à nous, que chaque chose rentre dans le rang qui lui est propre, et que nous recouvrons cet élément pur ou ce corps primitif qui ne peut nous être rendu qu'autant que nous redevenons images de Dieu, parce que la vraie image de Dieu ne peut habiter que dans un pareil corps. » (Ibid.).

 

L’avertissement solennel de Saint-Martin, qu’il délivre en une courte phrase, mais ô combien essentielle, devrait nous servir de viatique dans notre rapport à l’institution de la Cène et la forme que doit prendre sa célébration : « Le sang est le sépulcre de l'homme, et il lui faut nécessairement en être délivré pour faire le premier pas dans la grande ligne de la vie », ceci signifiant, que dans le cadre du culte divin, le sacrifice essentiel qui doit être offert, c’est celui de la volonté propre, de sorte que s’ouvre le cœur aux rayons de la lumière intérieure et qu’il puisse, en s’éloignant des vestiges matériels qui sont notre « sépulcre », célébrer le vrai culte divin qui réunit en une seule unité transcendante, la vie de l’homme à la vie de Dieu [5].

 

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 « Ma tâche dans ce monde

a été de conduire l’esprit de l’homme

par une voie naturelle aux choses surnaturelles

qui lui appartiennent de droit,

mais dont il a perdu totalement l’idée,

soit par sa dégradation,

soit par l’instruction fausse de ses instituteurs….

Cette tâche est neuve, mais elle est remplie de nombreux obstacles ;

et elle est si lente que ce ne sera qu’après ma mort

qu’elle produira les plus beaux fruits. »

(Portrait, § 1135).

 

VI. Le culte de la véritable Église de l’Éternel

 

Saint-Martin situait son action et son rôle dans un ordre qu’il convient de bien conserver en mémoire chaque fois que l’on aborde sa pensée et ses écrits. Il en fit allusion explicitement, à plusieurs occasions, et résuma ainsi ce qu’il considérait avoir été sa « tâche en ce monde » : « Ma tâche dans ce monde a été de conduire l’esprit de l’homme par une voie naturelle aux choses surnaturelles qui lui appartiennent de droit, mais dont il a perdu totalement l’idée, soit par sa dégradation, soit par l’instruction fausse de ses instituteurs. Cette tâche est neuve, mais elle est remplie de nombreux obstacles ; et elle est si lente que ce ne sera qu’après ma mort qu’elle produira les plus beaux fruits. » (Portrait, § 1135).

Il est donc pour cela nécessaire, pacifiquement et intérieurement, de contourner la soumission au ministère ecclésial, de se libérer de l’autorité de ceux qui ne perçoivent pas ce que recèle comme lumière, en son essence la plus profonde, la religion dont ils font profession d’appartenir, et surtout ne pas confondre, car le piège existe bel et bien dans lequel nombreux sont tombés, les trésors magnifiques et sublimes mystères de cette religion, avec les hommes qui prétendent en être les administrateurs : «Ces hommes qui professent une religion de paix et de charité, croient servir Dieu par l’ingratitude et par des jugements si cruels et si précipités ! Encore fallait-il juger les faits, et d’examiner cette voie particulière dont vous me parlez, et que vous me donnez, je vous l’avoue, grande envie de connaître. Je ne leur en veux point reprit Eléazar, j’ai appris par mes propres faiblesses à excuser celles de mes semblables. J’en veux encore moins à la religion qu’ils professent. Si on la croit au-dessus des lumières et des faibles pouvoirs des hommes, je la crois encore plus au-dessus de leur ignorance et de leur dépravation, en la considérant dans la pureté et la lucidité de son éternelle source, à part de tout ce que le fanatisme et la mauvaise foi y ont introduit, et de toutes les abominations que des montres  ont opérées sous son nom. » [6]

Il ne s’agissait pas pour Saint-Martin de travailler à abattre l’Église visible et abolir son culte, bien évidemment, il reconnaissait même à l’institution une certaine valeur et une place nécessaire pour les « faibles », dont les sens peuvent être « fixés » par les pompes liturgiques, comme pour les âmes fortes qui y trouvent, si elles arrivent à faire l’impasse sur les bassesses et la misère des hommes, l’expression des plus hautes révélations.

 

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« Si vous êtes averti sur les péchés de l’homme, sur ses suites

et sur l’incommensurable renfort que le cœur de Dieu vous a apporté,

vous avez réellement tout ce qu’il faut pour faire votre chemin.

Notre vie temporelle, en effet, est courte et incertaine ;

mais notre vie spirituelle est éternelle

et nous pouvons la commencer dès ce monde-ci

en nous remplissant des lumières divines et des vertus de notre principe... »

(Saint-Martin, lettre à Kirchberger, le 10 mai 1797).

 

 

Il rappelait à Kirchberger,  dans leurs ultimes courriers, que si l’existence en ce monde est courte, la vie spirituelle en revanche nous attend au Ciel pour l’éternité, faisant que rien ne nous manque afin que, dès ici-bas, nous puissions entrer sans tarder dans la participation à la vie divine à laquelle nous sommes appelés, et destinés pour toujours, et, ne l’oublions jamais, depuis toujours : « Si vous êtes averti sur les péchés de l’homme, sur ses suites et sur l’incommensurable renfort que le cœur de Dieu vous a apporté, vous avez réellement tout ce qu’il faut pour faire votre chemin. Notre vie temporelle, en effet, est courte et incertaine ; mais notre vie spirituelle est éternelle et nous pouvons la commencer dès ce monde-ci en nous remplissant des lumières divines et des vertus de notre principe, en les puisant journellement les uns et les autres  dans  l’intarissable  source  qui  s’est  ouverte  dès l’instant du crime, et qui, depuis lors, n’a cessé de couler avec toute son abondance dans nos âmes et dans nos esprits. » (Saint-Martin, lettre à Kirchberger, le 10 mai 1797).

 

Conclusion

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Nous savons donc à présent, ce qu’est la véritable Église de l’Éternel qui a son séjour dans le cœur de l’homme, quel est le sacerdoce que l’on y reçoit, comment on doit y célébrer le culte divin, de quelle manière Dieu nous y confère les onctions et les ordinations, et y déverse, en silence et dans le plus profond secret, sa sainte Grâce.

Reste, pour nous, à nous mettre sur le chemin qui mène précisément à Dieu en nous extrayant des régions de la matière, en nous libérant, définitivement, du sang et de la chair et de leurs vestiges figuratifs dégradés ; et pour cela une simple action suffit, mais encore faut-il la prendre très au sérieux :

 

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« [J’ai] le  sentiment profond qu’il faut nous déterrestréisecomplètement,

si nous voulons parvenir à dire à Dieu :

Habitavit in nobis, Amen. » [7]

 

 

Extraits de :

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Éditions la Pierre Philosophale, 552 pages.

 

 

  

Notes.

 

1. On se rappelle évidemment le jugement sévère de Saint-Martin : « Quand on voit les célébrants dans les églises consumer leur temps et toute leur virtualité à des cérémonies externes et impuissantes et retarder ainsi l'esprit de l'homme qui se dessèche en attendant une nourriture substantielle, on est affligé jusqu'au fond du coeur, et on est tenté d'appliquer là le passage de l'Evangile où un aveugle conduit l'autre, et où ils tombent tous les deux dans le fossé. » (Portait, § 731).

2. La pacification du cœur, est un  point sur lequel insistent constamment les auteurs spirituels, car cetteanges,christianisme,culture,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,livres,martinésisme,martinisme,métaphysique,mystique,occultisme,pensée,philosophie,religion,spiritualité,théologie,théosophie,t « pacification » conditionne notre possible avancement vers le trône divin, et surtout permet à Dieu de venir faire son habitation en nous : « Pacifier ce sanctuaire de votre cœur devrait donc être votre exercice principal, et perpétuel, afin que le souverain Roi puisse en faire Sa demeure. La paix profonde consiste à entrer en vous-mêmes par le recueillement intérieur. Toute votre protection se trouve dans la prière  et le recueillement d'amour en la Présence divine. Ainsi donc, quand vous vous retrouvez brusquement assailli, retirez-vous dans cet asile de paix là où vous trouverez la forteresse. Quand votre coeur est plus craintif, dirigez-vous dans ce refuge de prière, la seule armure qui puisse vaincre l'ennemi, et atténuer les tribulations ; dans la tempête vous ne devrez pas vous en éloigner, pour qu'à la fin, tel un autre Noé, vous puissiez expérimenter la tranquillité, la sécurité et la sérénité; et qu'à la fin  votre volonté puisse être résignée, dévouée, paisible et courageuse. Finalement, ne soyez pas découragés ni affligés de voir votre coeur troublé. Il revient pour vous apaiser, pour vous raviver à nouveaux, car ce Seigneur Divin sera seulement avec vous, pour se reposer dans votre âme, et y former un riche trône de paix ; pour qu'à l'intérieur de votre coeur, par le recueillement intérieur, et qu'avec Sa Divine Grâce, vous puissiez voir le silence dans le tumulte, la solitude dans la compagnie, la lumière dans les ténèbres, l'oubli dans les pressions, la vigueur dans le découragement, le courage dans la peur, la résistance dans la tentation, la paix dans la guerre, et le silence dans la tribulation. » (M. Molinos, Le Guide spirituel, « Pour dégager l'Ame des Objets Sensibles et pour la conduire par le Chemin intérieur à la Contemplation parfaite et à la Paix intérieure », Liv. I., ch. I., 1688). Nous ne citons pas, bien évidemment, Miguel Molinos (1628-1696) pour une raison indifférente, sachant la place et le rôle que joua le spirituel espagnol dans le cadre de la querelle sur le quiétisme au XVIIe siècle, au point d’avoir créé, suite aux condamnations romaines imposées par le pouvoir politique de par la place prise par ces sujets en France à l’époque de Bossuet et Fénelon, un  climat de profonde et malheureuse suspicion à l’égard de la pratique de l’oraison passive, et plus généralement de toutes les thématiques propres au mysticisme (abandon, délaissement, indifférence, annihilation, anéantissement, pur amour, etc.). Le directeur spirituel de Madame Guyon,  Jacques Bertot (1620-1681), qui fut disciple de Benoît de Canfeld (1562-1610), nous révèle au sujet de la paix du cœur, qu’elle précède le dernier état d’anéantissement dans la vie intérieure de l’âme :«  Le dernier état d’anéantissement de la vie intérieure est pour l’ordinaire précédé d’une paix et d’un repos de l’âme dans son fond, qui peu à peu se perd et s’anéantit, allant toujours en diminuant, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de sensible et de perceptible de Dieu en elle. Au contraire elle reste et demeure dans une grande nudité et pauvreté intérieure, n’ayant que la seule foi toute nue, ne sentant plus rien de sensible et de perceptible de Dieu, c’est-à-dire des témoignages sensibles de Sa présence et de Ses divines opérations, et ne jouissant plus de la paix sensible dont elle jouissait auparavant dans son fond ; mais elle porte une disposition qui est très simple, et jouit d’une très grande tranquillité et sérénité d’esprit, qui est si grande que l’esprit est devenu comme un ciel serein. … Dans cet état ces âmes vivent toujours à l’abandon et étant abandonnées d’état et de volonté à la conduite de Dieu sur elles, pour faire d’elles et en elles tout ce qu’Il voudra pour le temps et pour l’éternité … Enfin dans cet état ces âmes jouissent d’une grande liberté d’esprit, non seulement pour lire et pour écrire, mais aussi pour parler dans l’ordre de la volonté de Dieu. » (J. Bertot, De l’état d’anéantissement parfait en nudité entière, où l’âme est et vit en Dieu, au-dessus de tout le sensible et perceptible, in Le Directeur Mystique, 1726).

3.Gaston de Renty (1611-1649), haute figure de la spiritualité mystique au XVIIe siècle, explique de façon simple et claire, comment pratiquer l’oraison du cœur : « Cette Oraison d'affection est un entretien familier et affectueux de l'âme avec Notre-Seigneur, sans discours, ou en fort peu de paroles ; c'est une communication sincère avec Dieu présent et résidant dans l'intérieur, où l'âme quittant les considérations et les recherches, à la seule pensée et à la simple souvenance de Dieu, s'emporte vers lui, et s'allume dans des affections de louange, de bénédiction , d'adoration, de glorification, d'action de grâces, d'offre, de demande, et par-dessus tout de charité, comme de la reine de toutes les vertus, qui est la plus agréable et la plus glorieuse à Dieu et la plus méritoire à l'homme, et qui lui donne le plus de force pour surmonter les difficultés et pour pratiquer les bonnes oeuvres, et qui l'unit plus intimement et plus parfaitement à Dieu. (…) Cette oraison n’est point par raisonnement ni par recherche, mais par un loyal amour qui tend toujours à donner plutôt qu’à recevoir. L’obscurité de la foi est à l’âme plus certaine que toutes les lumières qu’elle peut avoir, et dont elle doit user avec respect et action de grâce et non par complaisance ni par attache; il n’y a point là de bandement d’esprit. Cette oraison ne fait point mal à la tête, c’est un état de présence modeste dans laquelle on se tient devant Dieu, attendant de son esprit ce qu’il lui plaira de mettre en nous, que nous recevons en simplicité et confiance, comme s’il nous parlait. » (J.-B. Saint-Jure, La Vie de M. de Renty, : ou, modèle du parfait chrétien, Librairie Catholique de Périsse Frères, 1852,pp. 300-302).

 

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 Marguerite du Saint-Sacrement (1619-1648),

fondatrice de l’Association de la dévotion à la Sainte Enfance de Jésus

 

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4. Ceci nous amène à formuler une réelle réserve, quoique amicalement et sans animosité aucune, mêmeanges,christianisme,culture,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,livres,martinésisme,martinisme,métaphysique,mystique,occultisme,pensée,philosophie,religion,spiritualité,théologie,théosophie,t s’il nous semble nécessaire que cela soit souligné, à propos de ceux qui furent à l’initiative – et la perpétuent – de faire dire « une messe » (sic) à la mémoire ou à « l’intention » du Philosophe Inconnu chaque année au mois d’octobre à la date anniversaire de sa naissance au Ciel, sachant les positions plus que critiques de Saint-Martin à l’égard du culte divin « ostensible » utilisant des espèces matérielles et des objets liturgiques fabriqués par la main de l’homme, initiative curieuse donc, qui, si elle participe sans doute d’une pieuse intention, relève cependant, au minimum, d’un évident oubli ou, plus certainement, d’une patente méconnaissance de la véritable perspective saint-martiniste et, objectivement, d’un éloignement manifeste d’avec les analyses, pourtant clairement exprimées par le théosophe d’Amboise, portant sur le caractère profondément discutable de la religion institutionnelle, et le peu de valeur des cérémonies célébrées par l’Église, notamment le rituel eucharistique. Cette remarque nous permet également, et on en comprendra aisément le sens, de signaler notre identique jugement réservé, même si nous en savons l’usage souvent ancien qui fit même l'objet d'un Traité en 1911, renouvelé en 1968 (cf. L'Initiation, août 1911 ; 1967, n° 3-4), devant les différentes « églises » (sic), liées à l'Ordre martiniste, en particulier les multiples rameaux contemporains issus de l'Église Gnostique Universelle de Jules Doinel (1842-1902) - ceci précisé sans nous prononcer bien évidemment sur l’éventuelle validité des transmissions et ordinations dont ces structures néo-ecclésiales relèvent, ce qui est un autre sujet -, prospérant à l’immédiate périphérie du réveil papusien.

5. On pourra trouver extrêmement osé, et il y a de quoi d’un certain point de vue, pour le catholique qu’était et demeura Saint-Martin qui, ne l’oublions pas, ne jugea jamais utile de s’éloigner sa confession, du moins officiellement, de trouver sous sa plume des thèses sur l’eucharistie que ne renieraient pas les réformés, en particulier les calvinistes les plus radicaux. C’est pourtant ne pas se souvenir que des courants très voisins des idées que put soutenir le Philosophe Inconnu, oeuvrèrent également aux XVIIe et XVIIIe siècles au sein même de l’Église de Rome, à la mise en place de réformes liturgiques, afin de rendre le culte divin plus conforme avec son esprit originel, tel qu’il s’était conservé dans l’Église primitive lors des premiers siècles, en insistant sur l’aspect intérieur du rituel eucharistique.

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Mgr Dominique-Marie Varlet (1678-1742),

à l’origine de l’Église « vieille-catholique » d’Utrecht.

 

C’est à ce but, que travailla par exemple Mgr Dominique-Marie Varlet (1678-1742), à l'origine du schisme d’avec l'Église catholique romaine qui aboutira à la création aux Pays-Bas de l’Eglise vieille catholique d’Utrecht. En effet Varlet, qui avait grandi à Paris, près du mont Valérien, là où se trouvait une communauté janséniste du nom de « Prêtres du Calvaire », après son doctorat en théologie à la Sorbonne et son ordination presbytérale en 1706, exerça son ministère dans les paroisses aux alentours de Paris, là où, précisément, il développa une vision novatrice de la liturgie eucharistique, notamment en s’unissant dans ses célébrations, chose extrêmement audacieuse pour l’époque, avec le pasteur réformé de la paroisse d’Asnières, proposant un « culte » dans lequel l’homélie et la prière intérieure prirent une place tout à fait significative. C’est ce qui lui vaudra les foudres de sa hiérarchie, le contraignant à se rapprocher du séminaire des Missions étrangères à Paris, décidant finalement, afin de poursuivre son œuvre toute consacrée au salut des âmes, de partir évangéliser les indiens d’Amérique. Ainsi, s’embarquant à la Rochelle, et après un passage aux Antilles, il arriva en Louisiane le 6 juin 1713, avec pour mandat ecclésial de « restaurer la mission des indiens Tamarôas ». Ce que fit alors Varlet, marqué par ses expériences liturgiques parisiennes, est proprement prodigieux, comme le rapporte sa correspondance, puisque de 1713 à 1718, il évangélisa la Nouvelle-France, des rives du Mississipi en remontant vers l’Illinois, longeant les grands lacs Huron et Erié, doublant les chutes du Niagara et suivant le Saint Laurent jusqu’au Québec, vivant avec les Tamarôas, apprenant la langue des tribus iroquoises et algonquines dont il partagea l’existence, allant jusqu’à s’adapter à leur mode de vie semi-nomade, habitant sous un tipi en forêt, et surtout, car c’est là le point qui importe pour notre sujet, célébrant des offices « en esprit et en vérité », sans aucun décorum d’aucune sorte, expliquant aux populations indigènes comment prier et s’adresser directement au Christ sans intermédiaire par l’exercice de la prière, leur disant, en insistant tout particulièrement sur ce point, que c’est ce en quoi consistent le véritable culte chrétien et l’authentique mystère sacré du christianisme, qui doivent rayonner à travers le cœur de l’homme. Il faut d’ailleurs savoir, à ce sujet, car on l’ignore le plus souvent, que la forme de cet apostolat fut possible, grâce à Monseigneur Jean-Baptiste La Croix de Chevrières de Saint-Vallier (1653-1727), évêque de l’Église de Québec, puisque La Croix de Saint-Vallier, né à Grenoble, ancien élève de la Faculté de Paris, avait baigné dans l’atmosphère des principes augustiniens dispensés par l’évêque de Grenoble, Mgr Le Camus (1632-1707), qui fut l’un des opposants les plus résolus à la bulle Unigenitus. C’est pourquoi, toutes les leçons acquises de l’expérience pastorale de Varlet à Paris, purent être mises en pratique au Canada, et c’est cette sensibilité, tournée vers le plus grand dépouillement et l’extrême simplicité allant jusqu’à la nudité même de l’esprit - objet constant de l’œuvre de Varlet en tant que sensibilité ayant pris naissance dès les premiers temps de son ministère -, qui obtint de si beaux fruits sur le plan spirituel, comme le rappelle son biographe : « Avec Jacques Jubé, le pasteur de la paroisse d’Asnières, Varlet a travaillé à un aggiornamento de la liturgie (…) Cette liturgie mérite qu’on s’y attarde tant elle innove pour l’époque. D’abord, on pourrait croire à l’influence de la Réforme : le prêtre entrait dans l’église par une procession qui mettait en lumière le livre de la Parole de Dieu et il ne montait à l’autel que pour l’offertoire. Toute la première partie de la messe se célébrait dans le choeur et attachait une grande importance à l’homélie qui devait consister en un approfondissement des Écritures. Ensuite, pour ce qui est de l’offertoire, on en donnait une interprétation qui se rapprochait de celle de la grande prière juive du « pater familias », la berakoth. » (Serge A. Thériault, Dominique-Marie Varlet, lettres du Canada et de la Louisiane (1713-1724), Contribution à l’étude de l’œuvre d’un ancien vicaire général du diocèse de Québec qui est à l’origine de l’Église vieille-catholique d’Utrecht, Presses de l’Université du Québec, 1985, pp. 20-21). Rajoutons, pour essayer d’être complet sur cette question, qu’on sait aussi que La Croix de Saint-Vallier avait été en rapports avec l’évêque d’Alet, Nicolas Pavillon, dont le nom fut également associé à la querelle janséniste. D’ailleurs, le premier rituel de Québec sera fortement inspiré de celui d’Alet qui contenait textuellement, de nombreuses propositions qui furent condamnées par l’Église, rituel, que l’opinion commune attribue à Arnauld et à Barcos, soutenant, selon le bref de Rome : « des doctrines et des propositions fausses, singulières, dangereuses et erronées dans la pratique, contraires à la coutume communément reçue dans l’Église.» (Bref Credita Nobis, 9 avril 1668).

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La suite de l’histoire de Dominique-Marie Varlet est un peu plus connue. Rappelé en France par sa hiérarchie en 1718, dès son arrivée à Paris, ses supérieurs lui apprennent qu’il est nommé évêque coadjuteur de l’évêque de Babylone. Avant de se rendre en Perse, il est cependant consacré évêque le 19 février 1719 dans la chapelle des Missions étrangères, puis se met en route le 18 mars suivant. Sur son chemin, celui qui est désormais Mgr Varlet, s’arrête à Amsterdam où il rencontre une population dépourvue des sacrements, notamment celui de la confirmation, de par la vacance du siège épiscopal d’Utrecht en raison d’un conflit de l’Église locale avec Rome. Sensible au désarroi spirituel dont il est témoin, Varlet, comme toujours et selon son ardent amour des âmes, dans un souci de charité, procède à la célébration des confirmations dans la cathédrale. Il repart, et arrive, après un très long voyage, en Perse s’établissant à Shamaké. Pourtant, le 26 mars 1720, il est informé qu’à Rome, la Congrégation de la propagande  l’a suspendu de sa charge depuis le 7 mai 1719, en sanction de son geste charitable envers les fidèles de l’Église d’Utrecht, et également, de ce qu’il ait fait en sorte, de ne pas souscrire à la bulle Unigenitus avant son départ de Paris. Varlet revient à Amsterdam, tente de faire annuler sa suspense, se rend de nouveau à Paris, confirme cette fois-ci ouvertement aux autorités, qu’il refuse de signer la bulle Unigenitus,  et retourne à Amstermdam où le 15 octobre 1724, allant au bout de sa démarche, il  consacre en sa chapelle privée, Corneille Steenoven, l’archevêque qui avait été élu par le chapitre d’Utrecht, mais que Rome refusait. Le 22 février 1725, par le bref Qua sollicitudine, le pape Benoît XIII prononçait l’excommunication de Mgr Varlet et de tous ceux qui étaient impliqués dans l’élection et le sacre de l’archevêque d’Utrecht. Ce dernier décédant, le 3 avril, Mgr Varlet, à présent excommunié, et dont on voit en cela la détermination à conférer sa transmission épiscopale de sorte que se constitue une transmission d’Église selon ses vœux théologiques et pastoraux, consacrait un nouvel archevêque, Corneille Jean Barchman Wuytiers, le 30 septembre, en l’église Saint-Jacques et Saint-Augustin de La Haye. En 1733, Mgr Corneille Jean Barchman Wuytiers mourrait à son tour, amenant Mgr Varlet à consacrer en 1734, le 28 octobre, Thodore van der Croon, comme nouvel archevêque d’Utrecht, qui lui-même décédait cinq ans plus tard en 1739, faisant que Varlet, une fois encore, le 18 octobre de cette même année, consacrait Pierre Jean Meindaerts, qui finalement sera à l’origine de la succession apostolique de Varlet dite de l’Église « vieille-catholique » d’Utrecht. Dominique-Marie Varlet, quant à lui, rejoindra le Ciel le 14 mai 1742 à Rijnwijk, et fut  Inhumé dans le cloître de l’église Sainte-Marie d’Utrecht. Le « Testament spirituel de Mgr Dominique-Marie Varlet, évêque de Babylone », qui résumait les raisons de son action, fut publié dans le bulletin janséniste, les Nouvelles ecclésiastiques, à Paris, le 25 novembre 1742.

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Nous ne saurions laisser le très attachant Dominique-Marie Varlet, sans citer un extrait d’une lettreanges,christianisme,culture,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,livres,martinésisme,martinisme,métaphysique,mystique,occultisme,pensée,philosophie,religion,spiritualité,théologie,théosophie,t inédite, que lui avait fait parvenir son évêque, du temps de son œuvre pastorale en Nouvelle-France. Voici ce que lui disait son pasteur : « Comptez beaucoup plus sur la force des prières que vous offrez à Dieu pour la conversion de ce peuple aveugle. Ainsi, vous ne sauriez trop travailler à les rendre purs et fervents par une grande union avec Dieu. (…) Ce n’est point par la force que vous vaincrez la jonglerie...[le paganisme], mais par la patience, par l’oraison et par de persévérantes exhortations. Vous gagnez leur coeur en sorte qu’ils vous aiment et estiment la prière. Le reste dépend de Dieu et viendra avec le temps. (…) Je bénis Dieu de s’être voulu servir de vous pour la conversion et la sanctification de tant d’âmes abandonnées. N’oubliez point, dans vos prières et saints sacrifices, un évêque qui vous honorera, non pas seulement jusqu’à la mort, et qui vous assure de tout le respect que vous méritez et avec lequel je suis, autant qu’on le peut être, votre très humble et très obéissant serviteur. »  (Jean, [La Croix de Saint-Vallier], évêque de Québec,le 20 juillet 1719).

 

6. Le Crocodile, ch. 23, « Entrevue d’Eléazar et de Sédir, Doctrine d’Eléazar », an VII de la République, 1799.

7. anges,christianisme,culture,doctrine,élus coëns,ésotérisme,franc-maçonnerie,histoire,illuminisme,initiation,littérature,livres,martinésisme,martinisme,métaphysique,mystique,occultisme,pensée,philosophie,religion,spiritualité,théologie,théosophie,tLe néologisme « déterrestréiser », ici employé par Saint-Martin, n’est sans doute pas étranger à sa fréquentation de la langue de Jacob Boehme, ce dernier étant coutumier de ces formulations originales, mais surtout, dont la thématique de l’éloignement de la vie temporelle terrestre, était également une des caractéristiques fondamentales de sa pensée, nous contentant de ce fait, de citer un passage témoignant d’une identique analyse, traduit justement par le Philosophe Inconnu : « Nous sommes comme dans une hôtellerie étrangère, dans laquelle nous ne sommes point chez nous, mais seulement comme des pèlerins. Là, nous devons toujours nous attendre, dans une grande souffrance, à ce que notre hôte étranger nous chasse, et nous dérobe nos propriétés, nos œuvres et les fruits de notre industries (...) nous devons sans cesse présumer que le destructeur va venir et porter le ravage dans notre cœur, dans notre esprit, et dans nos vertus, ainsi que nous dépouiller de notre chair, de notre sang, et de nos biens. Alors, il nous est vraiment utile d'apprendre à connaître et à savoir le chemin de notre vraie patrie, afin que nous puissions éviter ces grandes et douloureuses misères, et entrer dans l'éternelle hôtellerie qui est notre propriété, et dont personne ne peut nous chasser. » (De Tribus Principiis,[Des trois principes de l’essence divine, ou de l’éternel engendrement sans origine], XX, 2.).

 

 

samedi, 26 mai 2012

Le Régime Ecossais Rectifié et la doctrine de la matière

Jean-Baptiste Willermoz et la corruption de la nature de l’homme

Eclaircissements à propos de la distinction entre « l’ordre de la chair » et « l’ordre de l’esprit » 

 

 

Jean-Marc Vivenza

 

 

Mausolée II.jpg

 

 

« A quoi fait allusion ce mausolée, avec ces inscriptions ?

A l'immortalité de l'âme, aux principes élémentaires

et à la dissolution de la matière. »

J.-B. Willermoz, Rituel du 3e Grade du Régime Ecossais Rectifié.

 

 

 

Croix rouge.jpgVoilà un sujet impressionnant, une question délicate qui est l’objet d’éternelles discussions au sein des cénacles rectifiés, et même en d’autres, entraînant souvent, à n’en plus finir, des débats animés dans lesquels s’affrontent des opinions radicalement opposées. Cela en est arrivé à un tel point que beaucoup ne savent plus trop quoi penser alors même que l’Ordre - c’est-à-dire le Régime Ecossais Rectifié - possède de façon claire une doctrine portant sur la matière, exprimée en des termes incontestables n’autorisant, a priori , aucun doute ni aucune réserve, ceci faisant qu’il ne devrait normalement n’y avoir nulle confusion régnant en ces domaines pour quiconque respecte les positions willermoziennes et ne cherche pas à y substituer des vues étrangères ou extérieures à ces dernières qui ont, et elles seulement, autorité sur le plan doctrinal.

 

Or confusion il y a, confusion assez largement répandue et grandement perceptible, montrant certes que ne sont pas compris, mais surtout connus faute d’être travaillés comme il se devrait, les textes du Régime rédigés pourtant avec une infinie patiente pédagogique par Jean-Baptiste Willermoz, attitude d’oubli qui est une erreur doublée d’une faute du point de vue initiatique. C’est pourquoi, face à cette situation problématique générant de nombreuses convictions inexactes et vues subjectives diverses, il nous a semblé utile et même nécessaire de présenter, le plus complètement possible, les thèses effectives sur la nature de l’homme, la matière et sa destination, qui ont été en effet « infusées » par son fondateur au sein du système mis en œuvre lors du Convent des Gaules en 1778 à Lyon et entériné définitivement en 1782 à Wilhelmsbad. 

 

 

I. Les sources de la pensée willermozienne

 

 

Préalablement, pour connaître la raison de la position du Régime Rectifié à l’égard de la matière entendue aussi bien comme constituant le corps charnel de l’homme que le composé matériel commun à toutes choses créées traversant les trois règnes du vivant (animal, végétal, minéral), il convient de savoir comment cette pensée s’est peu à peu imposée au principal concepteur du Régime au point de devenir sa pensée officielle, pensée occupant une place centrale dans les principes théoriques enseignés par l’Ordre et allant même jusqu’à participer d’une bonne part des instructions ultimes destinées au Chevaliers admis dans la classe non-ostensible.

 

A la lecture des textes du Régime un constat immédiat s’impose : nous nous trouvons face à une analysecachet_martines_pasqually II.jpg structurée, arrêtée et construite qui prédomine dans le système willermozien traversant tous les grades en faisant l’objet d’exposés méthodiques résumés en quelques thèses relativement sévères sur le caractère corrompu et la nature déchue  des formes dans lesquelles l’homme se trouve placé, enserré et est contraint de vivre pendant son séjour en ce monde. Ces thèses d’où proviennent-elles ? De Martinès de Pasqually (+ 1774) pour une grande part en effet, mais pas seulement (l’aspect plus directement symbolique du sujet chez Martinès - les essences spiritueuses, valeur du ternaire et du neuvénaire, les facultés, etc. - a été abordé par Edmond Mazet dans une étude intitulée : « La Conception de la matière chez Martinez de Pasqually et dans le Régime Ecossais Rectifié, Renaissance Traditionnelle, n° 28, octobre-décembre 1976). Ces thèses, du point de vue philosophique, métaphysique et théologique, qui est celui qui nous intéresse dans la présente étude, ont été propagées par d’autres auteurs spirituels bien avant Pasqually, parmi lesquels Origène (v. 185-253), Clément d’Alexandrie (IIe s.), ou même Platon et les néoplatoniciens (Jamblique, Porphyre, Plotin, Damascius), voire plus directement saint Paul, premier maître instructeur en ces sujets fondamentaux, et bien évidemment l’Evangile lui-même par les paroles du Christ qui pose une distinction très nette entre le monde et le ciel, entre les choses crées et incréées, entre le visible et l’invisible, ce qui aboutira à l’établissement d’une distinction fondatrice essentielle qui prendra, dès les premiers temps de l’Eglise, une place centrale au sein du christianisme : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu, afin que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mon royaume n’est pas d’ici. » (Jean XVIII, 36).

 

a1da9f5e.jpgUn autre point est parfois évoqué en forme d'interrogation teintée chez certains d'une étrange inquiétude, relatif au climat propre de l’histoire de la pensée religieuse occidentale qui fut considérablement influencé par ce courant : les thèses willermoziennes seraient-elles marquées par une sensibilité augustinienne ? Sans aucun doute puisqu’on retrouve de nombreuses affirmations semblables à celles du Rectifié dans les ouvrages de l’évêque d’Hippone (De la nature et de la grâce, De Trinitate, De la grâce et du libre arbitre, La Cité de Dieu, etc.). Ces thèses, qui s’imposeront comme une sorte de signature distinctive de la pensée théologique de saint Augustin (354-430) portent sur la corruption de l’homme, l’état dégradé de la création, le caractère vicié du monde matériel, la nécessité de la grâce, et constituent ce qu’il convient d’appeler en effet « l’augustinisme  théologique », qui insista avec une force extraordinaire sur les tragiques conséquences négatives de la chute : « Par le fait de leur origine, tous les hommes sont soumis à la corruption, notre nature viciée n'a plus droit qu'à un châtiment légitime… ne pensons pas que le péché ne puisse point vicier la nature humaine, mais sachant par les divines Ecritures, que notre nature est corrompue, cherchons plutôt comment cela s'est fait.» [1]

 

Est-il donc illégitime, en examinant les textes du Régime Ecossais Rectifié, de signaler cette identité conceptuelle entre la pensée de saint Augustin et celle de Willermoz ? Certes non, c’est même, selon nous, un exercice instructif que de souligner ce lien nous permettant de replacer, sans la soumettre car il convient de respecter les domaines et ne point les confondre, la doctrine du Régime au sein de l’histoire de la spiritualité chrétienne. Mais il convient également, dans le même temps, de voir que ces thèses ne sont pas propres à saint Augustin mais sont communes à de nombreux penseurs antérieurs ou postérieurs à lui, de même qu’elles ne sont pas uniquement celles de Willermoz et du Rectifié puisqu’elles inspirèrent, pour ne citer que les figures se situant à la périphérie immédiate de la réforme de Lyon, les œuvres de Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803), Joseph de Maistre (1753-1821) et Franz von Baader (1765-1841). La question qui doit donc seule nous importer est uniquement de savoir ce que pense et affirme le Régime rectifié, et il se trouve que ce Régime, précisément en ses bases doctrinales essentielles, se rattache aux thèses néoplatoniciennes, origéniennes et  augustiniennes. C’est un fait ; et si l’on veut être en accord avec un Ordre auquel on dit appartenir, il convient logiquement d’en accepter la doctrine et la professer, ou tout au moins, ce qui est un minimum, d’en respecter les vues et ne point les dénoncer comme des « erreurs » et les qualifier « d'hérésies ».

 

II. Les conséquences du péché originel

 

On remarque ainsi que dès les célèbres leçons de Lyon (1774-1776), Willermoz exposa la raison pour laquelle l’homme est revêtu aujourd’hui d’un corps de matière, puisque devant à l’origine lutter pour libérer des fers matériels les esprits qui y étaient emprisonnés, il a été finalement puni de son crime en subissant le même sort que les ennemis de l’Eternel, c’est-à-dire en étant précipité, lui qui était un esprit glorieux, à son tour dans un « corps de matière ténébreux » : « L'homme fut puni de son crime d'une manière conforme à la nature même du crime, il se trouva resserré dans une prison de cette même matière qu'il devait contenir et se soumit par là à une action sensible de ces esprits pervers sur ses sens corporels provenus de cette matière qui avait été créée pour les tenir en privation..Adam, déchu de son état de gloire et enseveli dans un corps de matière ténébreuse, sentit bientôt sa privation. Son crime était toujours devant ses yeux... »  (J.-B. Willermoz, leçon n°6, 24 janvier 1774).

 

Propos auxquels répondent ces lignes du rituel du grade de Maître Ecossais exprimant un jugement qui traverse tout le Rectifié : « C'est cette dégradation de l'homme, ce sont l'abus de sa liberté, le châtiment qu'il en a reçu, l'esclavage dans lequel il est tombé et les suites funestes de son orgueil qui vous ont été représentés aujourd'hui dans le premier tableau, par le saccagement et la destruc­tion du premier Temple de Jérusalem : image sensible de l'humiliante métamorphose qu'ils occasionnèrent dans la première forme corporelle de l'homme.»

  

 

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« Adam, déchu de son état de gloire

et enseveli dans un corps de matière ténébreuse,

sentit bientôt sa privation… »

 

J.-B. Willermoz, leçon n°6, 24 janvier 1774.

 

 

Pour cette conception à laquelle adhère à la suite de Willermoz les principaux représentants du courant illuministe européen : Friedrich Oetinger (1702-1782), Kirchberger (1739-1798), Karl von Eckartshausen (1752-1803), Dietrich Lavater (1743-1826), pour ne citer que les plus connus, la chair dont furent revêtus Adam et Eve et leur descendance est une punition, la conséquence du péché originel, une sanction, conception qui peut surprendre le lecteur contemporain habitué à un regard moins négatif sur la chair, d’autant que d’autres courants optent pour une position bien plus optimiste comme on en trouve trace dans les églises orientales infiniment moins sévères sur le sujet, mais dont la source se trouve cependant formellement dans l’Ecriture et chez plusieurs Pères de l’Eglise comme saint Grégoire de Nysse (+394) qui déclarait positivement : «Nous sommes devenus chair et sang par le péché. » (S. Grégoire de Nysse, Hom. Op. 22 205 A).

 

 

III. Prévarication d’Adam et corruption de la nature 

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« Nous sommes devenus chair et sang par le péché. »

 

S. Grégoire de Nysse, Hom. Op. 22 205 A.

 

 

 

a) Tradition patristique

 

 

origène.jpgCette idée d’un emprisonnement de l’homme dans un corps de matière en punition du crime d’Adam possède sa source dans l’Ecriture Sainte et fut reprise ensuite par certains Pères de l’Eglise. Mais c’est sans doute, comme nous l’avons déjà signalé, Origène disciple de saint Clément d’Alexandrie, qui systématisa, développa et édifia de façon la plus la complète la thèse d’une Chute de l’homme dans la matière, d’une descente dans des corps grossiers et animaux, comme répondant à une faute antérieure, en se fondant sur le récit, il est vrai saisissant du troisième chapitre du livre de la Genèse, où il est dit, après l’épisode du péché originel : « Dieu fit à l’homme et à la femme des tuniques de peau. » (Genèse III, 21.).

 

Si nous sommes placés dans une structure matérielle aujourd’hui, dans une enveloppe corporelle, cela est donc pour Origène la conséquence de la chute, de la faute commise en Eden ; c’est-à-dire, pour être clair, que c’est en punition et pour notre honte que nous reçûmes des « vêtements de peau » semblables à ceux des animaux, entraînant tragiquement toute la famille humaine dans l’héritage du péché, péché se signalant par une détermination de la chair à la corruption et à la mort.

 

Après la faute du premier homme affirme Origène, en faisant sienne l’analyse de saint Paul, tous les descendants d’Adam naissent dans un état d’aversion à Dieu parce qu’ils sont, par la faute de leur père, privés des dons que Dieu avait octroyés à l’homme, comme le soutient également Tertullien (+ v. 220) : « L’homme, condamné à mort dès l’origine, a entraîné dans son châtiment tout le genre humain contaminé par son sang. » (Sermon de l’âme, 1 ; c. IV).  De la sorte, depuis le péché originel, par essence, la chair « contaminée », la matière corporelle est opposée aux lois divines, car à cause de la prévarication d’Adam en Eden : « la pensée de la chair est inimitié contre Dieu. » (Romains VIII, 7). C’est une règle invariante se reproduisant à chaque génération ; la chair est ainsi irréformable et c’est un travail vain et inutile que de chercher à lui conférer une autre orientation comme le déclare Salomon : « Quand tu broierais le fou dans un mortier, au milieu du grain, avec un pilon, sa folie ne se retirerait pas de lui. » (Proverbes XXVII, 22). La vieille nature est précisément « dénaturée », abîmée dans la matière ; la chair est corrompue, malade, frappée d’une souillure mortelle de par les effets de la prévarication d’Adam.

 

 

 

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« L’homme, condamné à mort dès l’origine,

a entraîné dans son châtiment

tout le genre humain contaminé par son sang. »

 

Tertullien, Sermon de l’âme, 1 ; c. IV.

 

 

 

 

Cette conception on le voit, avant même saint Augustin qui théorisa cependant cette idée de corruption radicale de la chair de par la chute avec l’insistance que l’on saiten Occident, fut exposée par Origène et son disciple Grégoire le Thaumaturge (+270), puis Eusèbe de Césarée (260-340), pensée qui passa à la postérité, par saint Jérôme (344-420) qui  la fit figurer dans ses nombreux Commentaires, sans oublierEvragre le Pontique (345-400), Grégoire de Nysse (335-394) et saint Maxime le Confesseur (580-662).

 

48dee182dfb1f9e5ceabb0b06d2648ca.jpgSaint Augustin occupe évidement une place centrale dans l’histoire de la pensée théologique en raison de l’importance monumentale de son œuvre, faisant que l’accent fut mis d’une façon particulière sur le sujet du péché originel avant même que le saint évêque d’Hippone ne fut reconnu comme un docteurde l’Eglise par Rome (en 1295 par Boniface VIII), ceci sans compter que parallèlement à son influence déterminante, saint Hilaire de Poitiers (+367) s’ouvrit à la pensée d'Origène sur la chute dont il traduira les Commentaires sur les Psaumes, ce qui procurera une autorité réelle et conjointe à la fois à Origène et à saint Augustin sur de nombreux théologiens à travers tout le moyen âge occidental jusqu’à l’âge classique et la période moderne, de saint Bernard de Clairvaux (1090-1153) ou Guillaume de Saint-Thierry (1085-1148), et par eux la tradition cistercienne,  puis saint Thomas D’aquin (+ 1274), saint Bonaventure (+ 1274) et Maître Eckhart (1260-1328) qui, dans son Commentaire du Prologue de Jean, s’inspira nommément d’Origène qui comparait l’apôtre bien aimé du Christ à l'aigle évoqué par Ézéchiel (XVII, 3-4), ceci sans oublier saint Jean de la Croix (1542-1591) et sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) convertis à la lecture de saint Augustin, saints espagnols pénétrés des thèses augustiniennes, comme le seront d’ailleurs les plus grands spirituels chrétiens, théologiens et docteurs d’Occident. [2]

 

 

b) Enseignement des Pères

 

 

Les théologiens enseignent donc, s’agissant des conséquences du péché pour nos premiers parents :

 

1)       La perte des dons surnaturels et préternaturels.

2)       Le dépouillement de la grâce sanctifiante, des vertus infuses, des dons du Saint-Esprit et du droit du bonheur du Ciel.

3)       Le retrait des dons extranaturels, c’est-à-dire, pour le traduire clairement, qu’Adam et Eve, et nous par héritage, avons été assujettis à l’ignorance, à la concupiscence et à la mort.

4)       La révolte des sens et la désobéissance native.

5)       La transformation de notre corps immortel en une chair corrompue et la malédiction du sol (Genèse III, 17)

 

Saint Grégoire de Nysse écrit : « Ainsi l'homme étant tombé dans le bourbier du péché, a perdu d'être l'image du Dieu incorruptible, et il a pris en échange par le péché l'image d'une boue corruptible : c'est cette image que le Verbe nous exhorte à déposer en la nettoyant comme avec de l'eau par la pureté de notre vie : ainsi le revêtement de boue étant déposé, à nouveau la beauté de l'âme se manifestera. Déposer ce qui est étranger, c'est en effet pour l'âme revenir à son état naturel. Et ceci ne lui est pas possible autrement qu'en redevenant ce qu'elle était à l'origine. » (S. Grégoire de Nysse, PG 46, 372 B-C).

  

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« Déposer ce qui est étranger,

c'est en effet pour l'âme revenir à son état naturel.

Et ceci ne lui est pas possible autrement

qu'en redevenant ce qu'elle était à l'origine. »

 

S. Grégoire de Nysse, PG 46, 372 B-C.

 

 

 

 

c) Sens de l’Incarnation

 

 

De la sorte, rappelleront les pieux auteurs à la suite de saint Paul, lorsque l’Ecriture parle de l’Incarnation du Seigneur, ce n’est pas pour nous signaler que le Christ est venu prendre condition humaine afin d’en magnifier l’état et se louer de notre situation ; pour nous adresser des félicitations et nous encourager à profiter plus encore de notre fond vicié et infecté par le péché, pour complaisamment flatter nos séductions sensibles et nous inviter à nous délecter de nos impressions charnelles. Il ne faut jamais oublier que s’il est venu parmi nous, sous forme d’homme, c’est pour prendre sur lui notre nature pécheresse, pour assumer, par amour, notre triste condition abîmée par la faute, pour endosser la déréliction de notre état chuté – non pas pour glorifier la chair et ses fruits amers mais bien au contraire nous appeler, dès ici bas aux réalités célestes : « Lui [le Christ Jésus] qui de condition divine dit Paul, n’a pas craint de s’anéantir (le verbe grec kenosis, est encore, sur le plan métaphysique, bien plus fort que ne le rend le français « anéantir »), prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes ; et, étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui–même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a haut élevé et lui a donné un nom au–dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus se ploie tout genou des êtres célestes, et terrestres, et infernaux, et que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. » (Philippiens, II, 7-11).

 

 

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« Il a été fait péché

pour que Dieu condamnât le péché dans la chair . »

 

(Epître aux Romains VIII, 3).

 

 

 

Il s’est fait « péché » dit même saint Paul pour mieux nous faire comprendre le sens de l’Incarnation, et « il est mort pour nos péchés » (1 Corinthiens XV, 3), « portant les péché en son corps .» (1 Pierre II, 22) ; « il a été fait péché pour que Dieu condamnât le péché dans la chair . » (Romains VIII, 3).

 

Le Christ s’est fait « chair » (ou « homme » ce qui est équivalent pour notre présent état de créatures livrées, sur le plan naturel, aux puissances de l’adversaire de Dieu dont témoigne, à chaque seconde, le terrible spectacle de ce monde désorienté, scandaleux et criminel), non pour venir profiter de notre condition et nous complimenter sur son usage, mais nous en sauver ! Pas pour célébrer la beauté de notre situation, festoyer et danser, prendre femme et se dégourdir les sens, mais pour nous délivrer par sa mort ignominieuse sur le bois de la Croix en affirmant que, par son sacrifice expiatoire, la réalité du Ciel nous attendait, précisant que son « Royaume n’est pas de ce monde » (Jean XVIII, 36), et qu’il fallait que l’Agneau fût sacrifié pour nous laver du péché : « Il fallait une victime pour mériter la grâce [d'Adam]. Il fallait que sa forme corporelle matérielle fut purifiée par la destruction de son fils Abel et par l'effusion de son sang, afin, que, purgée par là de son impureté, elle devînt plus susceptible de communication. La mort d'Abel n'opéra point la réconciliation de son père, mais elle le disposa à l'obtenir. Il ne pouvait l'obtenir parfaite que par la destruction de sa propre forme matérielle, mais il fallait qu'elle fut purgée de son impureté par l'effusion du sang de son fils Abel, et ce fils ne fut donné qu'à cette fin. » (Willermoz, Leçon n°6, 24 janvier 1774).

 

 

IV. L’opposition entre « l’ordre de l’esprit » et « l’ordre de la chair »

 

Ceci étant précisé, nul ne saurait donc contester la radicale opposition que l'on trouve dans les Evangiles entre l’esprit et la chair : «C’est l’esprit qui vivifie ; la chair ne profite de rien » (Jean VI, 63), et particulièrement chez saint Paul, entre ces deux ordres absolument antithétiques : l'ordre de l'esprit et l'ordre de la chair. Même si certains se refusent, par l’effet d’une vision anthropologique erronée, à reconnaître l'antagonisme des deux ordres, pourtant nettement souligné à de multiples endroits du texte sacré, il faut bien se rendre à l'évidence et admettre que la nature de l'homme (c'est-à-dire son âme et son corps, son esprit relevant quant à lui d’un autre « ordre » non naturel), entendue sous le terme générique de « chair », est frappée de corruption et de réprobation.

 

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« Misérable homme que je suis,

qui me délivrera de ce corps de mort ? »

 

(Epître aux Romains VII, 24).

 

 

Comment ne pas citer, en premier lieu eu égard à son caractère emblématique, l'épisode de Nicodème, docteur en Israël, auquel Jésus annonce qu'il doit naître de nouveau, concluant son discours ainsi : « Ce qui est né de l'Esprit est esprit, ce qui est né de la chair est chair » (Jean III, 6). Quant à l'apôtre Paul, nul n'a plus que lui établi des liens concrets entre le péché et la chair, s'écriant même, dans un gémissement quasi désespéré et pathétique : « Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ? » (Romains VII, 24). L'opposition est également clairement soulignée dans ce passage significatif : « Marchez par l'Esprit, et vous n'accomplirez point la convoitise de la chair. Car la chair convoite contre l'Esprit, et l'Esprit contre la chair ; et ces choses sont opposées l'une à l'autre... » (Galates V, 16-17). Enfin, de nouveau dans l'Epître aux Romains, c'est une véritable condamnation de ce que représente la « chair » en son essence et sa nature qui nous est adressée, établissant une équivalence saisissante entre la « chair » et le péché : « Quand nous étions dans la chair, les passions des péchés, lesquelles sont par la loi, agissaient dans nos membres pour porter du fruit pour la mort. » (Romains VII, 5). Puis, un peu plus loin, et toujours avec la même intransigeance : « Moi je suis charnel, vendu au péché (...) C'est le péché qui habite en moi. Car je sais qu'en moi, c'est-à-dire en ma chair, il n'habite point de bien (...) Je vois dans mes membres une autre loi qui combat contre la loi de mon entendement et qui me rend captif de la loi du péché qui existe dans mes membres. » (Romains VII, 15-18 ; 23). Le cri de Paul est d'une grande honnêteté : « De moi-même selon l'entendement je sers la loi de Dieu ; mais de la chair, la loi du péché. » (Romains VII, 25).

 

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« La pensée de la chair est la mort ;

mais la pensée de l'Esprit, vie et paix

ceux qui sont dans la chair

ne peuvent plaire à Dieu. »

 

(Epître aux Romains VIII, 5-8).

 

 

Voudrions-nous encore nier, après ces paroles, le fruit vénéneux que représente la « chair », oserions-nous refuser de voir le caractère à jamais flétri et abîmé de ce qui est charnel ? Alors écoutons saint Paul qui, avec une redoutable force de conviction, insiste plus avant de manière à ne point laisser subsister la moindre trace d'ambiguïté : « Dieu a envoyé son propre Fils en ressemblance de chair de péché, et pour [le] péché, a condamné le péché dans la chair, afin que la juste exigence de la loi fut accomplie en nous, qui ne marchons pas selon la chair, mais selon l'Esprit. » (Romains VIII, 3-4). Après cet impressionnant rappel, qui demande à être lu avec crainte et tremblement, une sainte fureur continue d'habiter l'apôtre des Gentils, et, comme si cela ne suffisait pas, voulant fermement faire pénétrer dans le cœur de ses auditeurs le message du Salut, il poursuit son prêche par ses lignes redoutables : « Ceux qui sont selon la chair ont leurs pensées aux choses de la chair ; mais ceux qui sont selon l'Esprit aux choses de l'Esprit ; car la pensée de la chair est la mort ; mais la pensée de l'Esprit, vie et paix ; - parce que la pensée de la chair est inimitié contre Dieu, car elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, car aussi elle ne le peut pas. Et ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu. » (Romains VIII, 5-8).

 

*

 

Saint Paul espérait certes convaincre par son discours, mais il voulait surtout pouvoir être certain de parler à des êtres qui avaient déjà entrepris de rejeter les œuvres de la « chair », délivrant, par delà la distance des siècles, un enseignement vital pour notre devenir surnaturel, si nous acceptons, bien évidemment, de déposer ce qui, en nous, est « aliéné » par le l'effet du péché : « Or vous n'êtes pas dans la chair, mais dans l'Esprit, si du moins l'Esprit de Dieu habite en vous ; mais si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, celui-là n'est pas de lui. Mais si le Christ est en vous, le corps est bien mort à cause du péché, mais l'Esprit est vie à cause de la justice. » (Romains VIII, 9-10).

 

 

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« Ni la chair ni le sang

n'hériteront du royaume de Dieu »

 

(1 Corinthiens XV, 50).

 

 

Les paroles de Paul, que reprendra Saint-Martin, et dont on conviendra sans peine qu’il est bien difficile d’en nier le sens direct et catégorique, ont la vertu de dissiper toute contestation possible à propos de la question qui nous occupe : « Ni la chair ni le sang n'hériteront du royaume de Dieu » (1 Corinthiens XV, 50). Ainsi la chair, conçue comme étant l'unité de l'âme et du corps, ce qui n'enlève rien à la réprobation dont elle est chargée puisque cela englobe la matière corporelle et son principe d'animation, qui n’est pas identique à « l’esprit » que l’on désigne aussi comme « l’âme », est bien violemment rejetée de par sa corruption, elle est pécheresse par nature et ne participera pas à la réalité future du royaume.

  

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« …cultive ton âme immortelle et perfectible,

et rends-la susceptible d’être réunie à la source pure du bien,

lorsqu’elle sera dégagée

des vapeurs grossières de la matière. »

 

(Règle maçonnique, Art. II, Immortalité de l’âme).

 

 

 

 

Jean-Baptiste Willermoz, qui n'a pas manqué de soutenir cette vision toute paulinienne du devenir concernant le composé charnel « psychosomatique », rajoutera cette sentencieuse mise en garde en destination des membres du Régime rectifié : « Homme ! Roi du monde ! Chef-d’oeuvre de la création lorsque Dieu l’anima de son souffle ! médite ta sublime destination. Tout ce qui végète autour de toi, et n’a qu’une vie animale, périt avec le temps, et est soumis à son empire : ton âme immortelle seule, émanée du sein de la Divinité, survit aux choses matérielles et ne périra point. Voilà ton vrai titre de noblesse ; sens vivement ton bonheur, mais sans orgueil : il perdit ta race et te replongerait dans l’abîme. Etre dégradé ! malgré ta grandeur primitive et relative, qu’es-tu devant l’Eternel ? Adore-le dans la poussière et sépare avec soin ce principe céleste et indestructible des alliages étrangers ; cultive ton âme immortelle et perfectible, et rends-la susceptible d’être réunie à la source pure du bien, lorsqu’elle sera dégagée des vapeurs grossières de la matière. » (Règle maçonnique, Art. II, Immortalité de l’âme).

 

 

V. La chair est destinée à être abandonnée selon Willermoz

 

 

Willermoz explique très bien, en des termes ne laissant place à aucune incertitude, cette essence fugitive et mortelle de la chair : « l’homme est pendant son séjour sur la Terre un composé ternaire : savoir de deux substances passagère [ une âme ou vie passive et passagère, et un corps de matière qui disparaissent totalement après la durée qui leur est prescrite ] qui le constituent animal comme la brute, et d’un esprit intelligent et immortel par lequel il est vraiment image et ressemblance divine[3] La chair est donc destinée à être abandonnée, oubliée conformément à l’indication de l’Ecclésiaste : « Ce qui est tordu ne peut être redressé » (Ecclésiaste I, 15) ; prétendre « spiritualiser » la chair, comme le laissent supposer certains, est une erreur, une radicale absurdité, il s’agit bien plutôt pour Willermoz de se dépouiller de la chair pour accéder à l’esprit.

 

En effet, loin de fonder de naïfs espoirs sur une hypothétique, et bien illusoire, « transmutation du corps en esprit et de l’esprit en corps », Willermoz soutient qu’il n’y a que rêveries dans cette illusoire prétention s’appuyant sur des sources parfois extrêmement suspectes étrangères à la Révélation. Il saura revenir, avec intelligence et lucidité, aux leçons de l’Evangile, et insistera pour que soit médité le solennel et rigoureux avertissement de Jésus à Nicodème : « Ce qui est né de la chair est chair ; et ce qui est né de l’Esprit est esprit. » (Jean III, 6). Dans son Traité des deux natures, Willermoz s’explique à ce titre sur l’importance de ne jamais confondre la nature charnelle et la nature spirituelle : « Elles ont chacune leur action propre et distincte, qui, dans bien des cas, opère séparément. Il est donc bien important pour le vrai chrétien, à qui l’une d’elles est proposée pour modèle [c.a.d. la nature spirituelle conforme à celle du Divin Réparateur], de ne pas les confondre toujours et d’apprendre à les discerner[4]

 

 

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« Attachez-vous aux choses d’en haut,

et non à celles qui sont sur la terre… »

 

 

Ce discernement est fondamental car la régénération, opérée par la réception et l’ouverture à la Lumière du Verbe, chez tout homme, ne signifie en aucun cas le changement de l’ancienne nature charnelle et pécheresse, mais l’introduction d’une nouvelle nature totalement autre ; c’est l’introduction, dans le corps corrompu de par sa constitution ténébreuse, de la vie du Second Adam obtenue par le Saint Esprit, basée sur la bienheureuse Rédemption accomplie par le Christ. La vie nouvelle n’annule donc pas le vieil homme, l’ancienne nature demeure toujours et constamment ce qu’elle était, sans aucune possibilité d’amélioration : bien au contraire, comme le confirme saint Paul, la renaissance spirituelle révèle plus encore sa noire constitution, car « la chair complote contre l’Esprit, et l’Esprit contre la chair ; et ces choses sont opposées l’une et l’autre. » (Galates V, 17). Nous avons plutôt à nous « dépouiller » du vieil homme ce qui indique qu’il convient de nous en défaire, de l’oublier sans regrets à son triste sort, de l’abandonner à sa misérable finitude : « Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d’en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu. Attachez-vous aux choses d’en haut, et non à celles qui sont sur la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. (...) faites mourir ce qui, dans vos membres, est terrestre (…) vous étant dépouillés du vieil homme et de ses œuvres et ayant revêtu l’homme nouveau, qui se renouvelle, dans la connaissance, selon l ‘image de celui qui l’a créé. » (Colossiens III, 1-11).

 

 

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« …faites mourir ce qui, dans vos membres, est terrestre (…)

vous étant dépouillés du vieil homme et de ses œuvres

et ayant revêtu l’homme nouveau,

qui se renouvelle, dans la connaissance,

selon l ‘image de celui qui l’a créé. »

 

(ColossiensIII, 10-11).

 

La question de la coexistence des deux natures au sein du « nouvel homme » est l’une des plus délicates et incomprises, et de cette ignorance surgissent toutes les inexactitudes et positions erronées dans lesquelles tombent les esprits séduits par les discours d’une fausse science ; la régénération, en raison du caractère passif de l’être en punition de l’acte criminel d’Adam, n’est pas l’abolition ou la transformation, voire la « spiritualisation » de la vieille nature, mais bien son abandon : « L'homme actuel est composé de deux natures différentes, par le lien invisible qui enchaîne son esprit à un corps de matière. Son esprit étant une émanation du principe divin qui est vie et lumière, il a la vie en lui par sa nature d'essence divine éternelle, quoiqu'il ne puisse produire les fruits de cette vie qui est en lui que par les influences de la source dont il émane. » (Leçon n°88, 7 février 1776).

 

L'homme est, depuis la Chute, un être divisé, fracturé, déchiré entre sa volonté malade ou fautive,  son corps grossiers aux appétits animaux, et la « puissance de la vie divine en lui » ; « cet assemblage inconcevable de deux natures si opposées est cependant aujourd'hui le triste apanage de l'homme. Par l'une il fait éclater la grandeur et la noblesse de son origine, par l'autre réduit à la condition des plus vils animaux il est l'esclave des sensations et des besoins physiques. » (Instruction secrète) ; c’est cela le sens authentique de l’expression de l’Instruction morale d’Apprenti, à savoir l’ « union presque inconcevable » reprenant avec plus de précision « l’assemblage inconcevable » du 1er grade, qui est le grand mystère de l’homme.  Le Régime Rectifié va donc porter toute sa vigilante attention sur les moyens susceptibles de nous conduire à la plénitude de notre nature spirituelle par un chemin de retour vers la source originelle de la Lumière.

 

 

 

VI. « Corps de matière » et « Corps de Résurrection »

 

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« C’est Jésus-Christ lui-même

qui va  prouver la différence essentielle

des deux formes corporelles et leur destination,

en se revêtant de l’une après sa résurrection,

après avoir anéanti l’autre dans le tombeau. »

 

J.-B. Willermoz, Traité des deux natures.

 

 

La clé argumentaire et théorique, expliquant cette position à ce point fidèle du Régime Rectifié vis-à-vis de l’Evangile, nous est livrée par Jean-Baptiste Willermoz au moment où il nous dévoile le mystère de la Résurrection, nous donnant d’accéder à la pleine compréhension des éléments expliquant la place, et le statut de l’homme, ou du « mineur spirituel », dans le plan Divin, ainsi que la composition exacte de son enveloppe corporelle avant et après la Chute : « Quelle est donc la nature de cette nouvelle forme corporelle [celle du Christ après la Résurrection], et qu’est-ce qui constitue la différence essentielle de celle-ci sur la première ? demanderont ces hommes charnels et matériels qui ne voient rien que par les yeux de la matière, et ceux qui sont assez malheureux pour nier la spiritualité de leur être, et ceux aussi qui, attachés exclusivement au sens littéral des traditions religieuses, ne veulent voir dans la forme corporelle de l’homme primitif avant sa chute, qu’un corps de matière comme celui dont il est actuellement revêtu, en y reconnaissant seulement une matière plus épurée. C’est Jésus-Christ lui-même qui va leur prouver la différence essentielle de ces deux formes corporelles et leur destination, en se revêtant de l’une après sa résurrection, après avoir anéanti l’autre dans le tombeau. »  [5]

L’exemple donné par Willermoz est très intéressant pour notre sujet, car en effet nous voyons dans les Evangiles que les disciples ont des difficultés pour reconnaître Jésus après sa Résurrection, alors qu’ils vécurent à ses côtés pendant trois années, ils ont besoin d'un certain temps d’adaptation pour admettre qu’il s’agit bien de lui.  Parfois même, ils le prirent pour une autre personne (Jean XX, 15 ; XXI, 4), ne s’apercevant pas que c’était lui. Tous les textes témoignent donc de l’immense lenteur, de l’incertitude, du doute et de la réserve (Matthieu XXVIII, 17) de la part des disciples. On peut donc être fondé à affirmer que le Christ, après sa Résurrection, ne possède plus la même apparence, n’est plus identique à ce qu’il était dans son corps de chair. Il n’est d’ailleurs plus contraint par les déterminations terrestres, il traverse les portes et les murs (Jean XX, 19; Luc XXIV,36) ; il disparaît immédiatement après avoir été reconnu, il semble être devenu insaisissable comme le souffle du vent (Lux XXIV, ,31). Jésus ressuscité est un être différent, un être spirituel ceci nous montrant que la Résurrection ne fut pas la « réanimation » de sa chair, mais l’acquisition d’une apparence qui n’est plus de ce monde, qui n’appartient plus aux lois terrestres.

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« Jésus-Christ dépose dans le tombeau

 les éléments de la matière,

et ressuscite dans une forme glorieuse

qui n’a plus que l’apparence de la matière,

qui n’en conserve pas même les principes élémentaires… »

 

J.-B. Willermoz, Traité des deux natures.

 

 

De ce fait, Jésus selon Willermoz qui nous a montré comment l’homme avait à se sauver en plaçant ses pas dans les siens, nous donne l’exemple magnifique de cette œuvre à accomplir, et c’est en se mettant à son école que nous pourrons recouvrer notre pureté perdue, véritable invitation proposée par le Régime fondé par Jean-Baptiste Willermoz à ses membres, à se fondre intérieurement dans l’œuvre « d’imitation » de ce que nous enseigna par son exemple le Christ Notre Seigneur et Maître : « Jésus homme-Dieu voulant se rendre en tout semblable à l’homme actuel, pour pouvoir lui offrir en lui un modèle qu’il pût imiter en tout, s’est soumis à se revêtir en naissant d’une forme matérielle parfaitement semblable à celle de l’homme puni et dégradé. (…) Jésus-Christ dépose dans le tombeau les éléments de la matière, et ressuscite dans une forme glorieuse qui n’a plus que l’apparence de la matière, qui n’en conserve pas même les principes élémentaires, et qui n’est plus qu’une enveloppe immatérielle de l’être essentiel qui veut manifester son action spirituelle et la rendre visible aux hommes revêtus de matière. » [6]

 

Que devons-nous retenir de ce que nous montra Jésus-Christ, après sa Passion sur le bois de la Croix, en se manifestant à ses disciples ? Willermoz l’expose pour notre bénéfique instruction : « Jésus-Christ ressuscité se revêt de cette forme glorieuse chaque fois qu’il veut manifester sa présence réelle à ses apôtres pour leur faire connaître que c’est de cette même forme, c’est-à-dire d’une forme parfaitement semblable et ayant les mêmes propriétés, dont l’homme était revêtu avant sa prévarication ; et pour leur apprendre qu’il doit aspirer à en être revêtu de nouveau après sa parfaite réconciliation, à la fin des temps  [7]

  

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« Semé corps naturel, on ressuscite corps spirituel.

S’il y a un corps naturel, il y a aussi un corps spirituel…

de même que nous avons porté l’image du terrestre,

nous porterons aussi l’image du céleste… »

 

St. Paul, Ire Epître aux Corinthiens, XV. 

 

franc-maçonnerie,ésotérisme,mystique,philosophie,métaphysique,mort,résurrection,réincarnation,histoire,livres,spiritualité,religion,christianismeNous pouvons être convaincus, selon ce que nous enseigne Willermoz, que le corps que nous aurons à la résurrection ne sera pas matériel mais spirituel, comme ceci est confirmé par saint Paul de manière explicite  :  « Mais quelqu’un dira : Comment les morts ressuscitent–ils, et avec quel corps reviennent–ils ? Insensé ! ce que tu sèmes ne reprend pas vie, s’il ne meurt. (…)Semé corruptible, on ressuscite incorruptible. Semé méprisable, on ressuscite glorieux. Semé plein de faiblesse, on ressuscite plein de force. Semé corps naturel, on ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps naturel, il y a aussi un corps spirituel. C’est pourquoi il est écrit : Le premier homme, Adam, devint un être vivant. Le dernier Adam est devenu un esprit vivifiant. Le spirituel n’est pas le premier, c’est ce qui est naturel ; ce qui est spirituel vient ensuite. Le premier homme tiré de la terre est terrestre. Le deuxième homme vient du ciel. Tel est le terrestre, tels sont aussi les terrestres ; et tel est le céleste, tels sont aussi les célestes. Et de même que nous avons porté l’image du terrestre, nous porterons aussi l’image du céleste. Ce que je dis, frères, c’est que la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et que la corruption n’hérite pas l’incorruptibilité. » (I Corinthiens, XV 35-54).

 

 

VII. L’anéantissement de la matière et de l’univers créé

 

L’homme, avant la prévarication, et nous touchons ici au centre de la doctrine rectifiée, était doté non d’un corps de matière mais d’un « corps de gloire », et c’est ce corps glorieux perdu de par sa faute qu’il lui faut retrouver, et non pas travailler, en vain, à « diviniser » ou « spiritualiser » un corps de matière frappé par la finitude et la limite, triste vestige d’une faute scandaleuse.

 

La chair, les corps, la matière, sont destinés à la mort et à l’anéantissement pour Willermoz : « les corps, la matière, les animaux, l’homme même comme animal, et tout l'univers créé ne peuvent avoir qu'une durée temporelle momentanée. Ainsi donc tous ces êtres matériels., ou doués d'une âme passive, périront et s'effaceront totalement, n’étant que des pro­duits d’actions secondaires, auquel le Principe unique de toute action vi­vante n'a coopéré que par sa volonté qui en a ordonné les actes (….) comme le Temple matériel élevé par les ordres de Salomon fut détruit dès que la gloire du Seigneur et les vertus qu’il y avait attachées s'en furent retirées, de même aussi le Temple universel cessera lorsque l'action divine en aura retiré ses puissances, et que le terme prescrit pour sa durée sera accompli[8]

 

 

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« L'univers entier s'effacera aussi subite­ment

que la volonté du Créateur se fera entendre ;

de manière qu'il n'en res­tera

pas plus de vestige que s'il n'eût jamais existé. »

 

J.-B. Willermoz, Instructions secrètes.

 

 

 

Et Willermoz insiste même d’une manière assez forte sur la vocation à la disparition définitive, à l’anéantissement de l’ensemble de l’univers créé matériel, ceci à l’image de ce qu’il advient pour les corps particuliers animaux ou humains :  « Ce qui est dit des corps particuliers doit s'appliquer de même à l'uni­vers créé ; lorsque le temps prescrit pour sa durée apparente sera accompli, tous les principes de vie, tant générale que particulière, en seront retirés pour se réintégrer dans leur source d'émanation. Les corps et la matière totale éprouveront une décomposition subite et absolue, pour se réintégrer aussi dans la masse totale des éléments, qui se réintégreront à leur tour dans les principes simples et fondamentaux, comme ceux-ci se réintégreront dans la source primitive secondaire qui avait reçu puissance de les produire hors d’elle-même. Cette réintégration absolue et finale de la matière et des prin­cipes de vie qui soutiennent et entretiennent son apparence, sera aussi promp­te que l'a été sa production ; et l'univers entier s'effacera aussi subite­ment que la volonté du Créateur se fera entendre ; de manière qu'il n'en res­tera pas plus de vestige que s'il n'eût jamais existé. » [9]

 

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« Les principes matériels et grossiers,

semblables au ca­davre de l'homme,

restent sur la terre,

réduits en cendres inanimées

qui n'ont ni action ni vertus. »

 

J.-B. Willermoz, Instructions secrètes.

 

 

 

La dissolution, ce que l’on désigne comme étant « l’apocatastase », n’est pas une crainte mais une libération, elle n’est pas à redouter mais à espérer, à attendre avec joie, à regarder comme le moment de la naissance à la vraie vie selon l’esprit : « C'est cette dissolution des corps et de la matière en général qui est désignée dans le 3ème grade par le cadavre d'Hiram, dont la chair quitte les os. Lorsque les liens qui unissent l'âme passive avec le corps, et l’être spirituel avec l'âme passive, viennent enfin à se détruire, l’âme se réintègre dans sa source particulière. Comme elle a été sans intelligence, elle n'est sus­ceptible ni du bonheur, ni des pâtiments, et rien n'arrête sa réintégration. Le corps ou le cadavre, à qui la vie était absolument étrangère, reste aban­donné à la corruption ; il se dissout, et l'homme a rendu à la terre tout ce qu'il en avait reçu. Dès lors l'esprit, dégagé des entraves de le matière, avec laquelle il ne fut jamais immédiatement uni, se rapproche plus ou moins de l'une ou de l’autre des deux causes opposées qui se manifestent dans l’univers temporel, selon que, s'étant plus ou moins purifié ou corrompu, il a contracté plus d'affinité avec elles. C'est ainsi que finit l'homme terrestre (…) Les principes matériels et grossiers, semblables au ca­davre de l'homme, restent sur la terre, réduits en cendres inanimées qui n'ont ni action ni vertus. » [10]

 

 

Conclusion : du corps glorieux au « Saint-Elément »

 

Voilà les raisons profondes des positions et convictions du Régime Rectifié à l’égard de la matière et des corps charnels - qui ne sauraient surprendre que les esprits troublés par de brumeuses théories à l’égard de la forme actuelle de l’homme prévaricateur - et la bienheureuse perspective qu'il veut remettre en mémoire chez ceux qui suivent sérieusement ses voies, afin qu’ils puissent pénétrer, entièrement, et avec une joyeuse certitude, le sens de cette merveilleuse sentence que beaucoup n’auront pas de peine à reconnaître puisqu’elle résume, en quelques mots, toute l’essence de la doctrine de la « Réintégration » :

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« Deponens Aliena, Ascendit Unus »

 

Le discours fait au nouveau Maître qui vient de découvrir l’emblème de la perspective d’immortalité est remarquable : « ….pensez à la mort, puisque vous êtes près de votre tombeau ; pensez-y donc efficacement et ne méprisez pas les avertissements de la nature et de celui qui veille sur vous. On vous a montré le tombeau qui vous attendait et vous y avez vu les tristes restes de celui qui a vécu. Ce tombeau est l'emblème de la matière universelle, qui doit finir dans son tout comme dans ses parties, et à laquelle un nouveau règne, plus lumineux, doit succéder Le mausolée placé à l'occident vous a offert un spectacle plus consolant, en vous apprenant à distinguer ce qui doit périr d'avec ce qui est indestructible, et les maximes que vous avez reçues dans vos voyages vous ont appris ce que doit faire celui qui a eu le bonheur de connaître et de sentir cette distinction. »

 

Comment donc ne pas penser à cette déclaration positive portant sur le sens du mausolée et de ses inscriptions :

 

«A quoi fait allusion ce mausolée, avec ces inscriptions ?

*

 A l'immortalité de l'âme, aux principes élémentaires

et à la dissolution de la matière. »

 

 

Comment, dès lors, ne pas se réjouir de cette perspective ultime, de cette « apocatastase » qui ne devrait terroriser que les êtres attachés aux tristes vestiges passagers qu'ils ont devant les yeux, retenus par les dérisoires reliquats des biens temporels corruptibles qu'ils prennent, dans leur erreur, pour des trésors merveilleux, alors même que tout ce qui existe, en ce bas-monde, est frappé de déchéance et est condamné à la dégradation et à la mort ; « en ce jour, dit l’apôtre Pierre, les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre avec les œuvres qu’elle renferme sera consumée. Puisque tout cela est en voie de dissolution… » (2 Pierre III, 10-11). Soyons dans l’allégresse, bien au contraire, à l’idée certaine que viendra, dans sa splendide Lumière, l'Agneau de Dieu, et s’accomplira alors, pour l’ensemble des êtres spirituels régénérés et pour les élus du Seigneur, les mineurs réconciliés et sanctifiés, une formidable dissolution en forme de « Réintégration » - ou plus exactement une « Intégration en Dieu » - qui les autorisera à être de nouveau revêtus de leur corps glorieux en étant intégrés, par grâce, à la « substance lumineuse » originelle, réunis pour l’éternité au sein du « Saint-Élément » pour y demeurer dans leur nature « spirituelle divine ». [11]

 

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 Jean-Baptiste WILLERMOZ :

Fondateur du Régime Ecossais Rectifié

Editions Signatura, 2012.

 

 

 

 

Notes.

 

1. S. Augustin, De la nature et de la grâce, Ch. XX,  in Oeuvres complètes de Saint Augustin, sous la direction de M. Raulx, t. XVII, Bar-le-Duc 1871.

 

2. A ce sujet, taxer saint Augustin, à qui l’on doit la fécondité de la pensée religieuse occidentale en diverssaint-augustin.jpg domaines, et libéra l’Eglise tour à tour du manichéisme, du donatisme, du pélagianisme et de l’arianisme, d’être à la source de multiples « hérésies », et une contrevérité manifeste qui doit autant à l’ignorance qu’à l’intention polémique pour plusieurs raisons conjointes :

- 1°) Tout d’abord les principaux réformateurs au XVIe siècle, Luther et Calvin, qui ne sont en rien « hérétiques » au regard du Credo de Nicée (325), afin de fonder leur doctrine de la justification, s’inspirèrent en premier lieu de saint Paul et de l’Evangile et non de l’auteur des Confessions, quoique qu’ils aient tenu ce dernier en haute estime - leur attitude de rupture schismatique à l’égard de Rome ayant été cependant inspirée, on l’oublie bien trop facilement, par l’exemple des églises autocéphales orientales dites « orthodoxes », et non par les positions ecclésiales de l’évêque d’Hippone absolument intraitable sur la question de « l’unité de l’épouse de Jésus-Christ » (Cf. De Civita Dei).

- 2°) Quant à faire porter à saint Augustin la responsabilité du prétendu « jansénisme », ou ce que l’on entend généralement comme tel en utilisant une terminologie contestable pour désigner un courant qui prit véritablement forme en s’appuyant en France sur un prêtre de grande piété, Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran (1581-1643), qui exposa une sensibilité spirituelle qui fut tout d’abord accueillie avec beaucoup de sympathie par saint Vincent de Paul (+ 1660) puis par le cardinal Pierre de Bérulle (1575-1629), fondateur en 1611 de la « Société de l'oratoire de Jésus », c’est conférer à Louis XIV une curieuse autorité en matière spirituelle dont il était pourtant entièrement dépourvu.

En effet, s’il n’est pas ici le lieu d’entrer dans les nombreux détails des évènements historiques qui jalonnent l’épisode dit janséniste, qu’il nous suffise toutefois de signaler que la bulle Unigenitus, que le pape Clément XI accorda finalement de guerre lasse à Louis XIV en septembre 1713 pour condamner l'oratorien Pasquier Quesnel, se contente simplement de déclarer hérétiques 101 propositions extraites des Réflexions morales, ouvrage de Quesnel paru en 1692, bulle qui reste d’un absolu silence à propos d’un imaginaire mouvement qui porterait le nom de « jansénisme » qui n’eût en réalité d’existence que dans la tête de ses ennemis. Fait paradoxal, le roi qui avait insisté de façon abusive jusqu’à ce que Clément XI exprime  une sentence disciplinaire dans la bulle Unigenitus, cette dernière, si elle condamnait les Réflexions morales de Quesnel, affirmait également la prééminence de Rome sur l'Eglise de France et le droit de contrôle total du Saint-Siège sur elle. Il n’est pas certain que ce soit ce que recherchait le gallican Louis XIV qui fut bien puni de son aveuglement et de sa haine religieuse.

destruction.jpgAinsi, si est apparu en 1641 le mot « janséniste » pour stigmatiser les disciples de Jansénius, alors que les amis de Port-Royal se considéraient simplement comme des « amis de la vérité », des « disciples de saint Augustin » qui regardaient la grâce comme seule capable de sauver les créatures de par la faiblesse de notre libre-arbitre et nos tendances pécheresses, l’Histoire démontre que nous sommes en fait en présence d’une «  hérésie imaginaire », d’un « fantôme » terminologique jamais condamné par Rome - le jansénisme n’existant pas puisque ce terme n’est que l’utilisation d’une dénomination polémique dont la signature ténébreuse s’exprimera en 1711 dans l’acte abominable de Louis XIV qui décida, furieux de ne pouvoir soumettre et faire taire les théologiens augustiniens qui lui signalaient ses erreurs et critiquaient son absolutisme, de faire raser l’abbaye de Port-Royal en exhumant scandaleusement les corps des religieuses cisterciennes qui reposaient paisiblement dans le cimetière du cloître pour en disperser les ossements et les livrer à l’appétit des chiens errants.

Fort heureusement, la postérité de saint Augustin demeure absolument immense, elle est philosophique, métaphysique, littéraire et religieuse, et il faudrait citer des milliers de noms pour en faire état véritablement, retenant simplement ceux, et en premier, du sublime génie Blaise Pascal (1623-1662), de Jean Racine (1639-1699), Louis-Isaac Lemaître de Sacy (1613-1684), auteur d’une des plus admirables traductions de la Bible au XVIIe, et, plus proches de nous, Alfred de Vigny (1797-1863), Léon Bloy (1846-1917), Charles Péguy (1873-1914), Lucien Laberthonnière (1860-1932), Maurice Blondel (1861-1949), Léon Chestov (1866-1938), Georges Bernanos (1888-1948), François Mauriac (1885-1970), Etienne Gilson (1884-1978), Jacques Maritain (1882-1773), Romano Guardini (1885-1968), Henri de Montherland (1895-1972), Maurice Zundel (1897-1975) ami intime de Paul VI, et jusqu’aux philosophes Simone Weil (1909-1943) et Edith Stein, cette dernière disciple et collaboratrice du philosophe allemand Edmund Husserl, patronne de l’Europe, convertie du judaïsme et connue sous son nom religieux de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (1891-1942), morte en martyre pour sa foi et canonisée par le pape Jean-Paul II le 11 octobre 1998.

 

3. J.-B. Willermoz, Le Traité des deux natures, MS 5940 n°5, Bibliothèque de Lyon.

 

4. Ibid.

 

5. Ibid.

 

6. Ibid.

 

7. Ibid.

 

8.Instructions secrètes des Chevaliers Grands Profès, fonds Georg Kloss, Bibliothèque du Grand Orient des Pays Bas, à La Haye [1er catalogue, section K, 1, 3].

 

9. Ibid. Cette idée d’un anéantissement général du créé se retrouve dans le discours destiné à l’instruction du nouvel élu coën qui venait d’être reçu aux trois premiers grades symboliques : « L’esprit pur et simple n’a ni forme, ni figure visible aux yeux de la matière (…) Les hommes, à mesure qu’ils se sont éloignés de leur principe, se sont accoutumés à croire que la matière existait nécessairement par elle-même et que, par conséquent, elle ne pourrait être détruite totalement. Si telle est votre opinion, c’est un des premiers sacrifices que vous avez à faire pour parvenir aux connaissances auxquelles vous aspirez.  En effet, si vous attribuez à la matière une existence réelle qu’elle n’eut jamais, c’est la rendre éternelle comme Dieu ; c’est attaquer l’unité indivisible du Créateur en qui vous admettez d’une part un être spirituel pur et simple, éternel, et un être matériel, éternel comme lui, ce qui est absurde à pense (…)C’est ainsi que cet univers physique de matière apparente sera aussi promptement réintégré a son premier principe de création, après la durée de temps qui lui est fixée, qu’il a été conçu dans l’imagination du Créateur. Apprenez de là, mon frère, le cas que vous devez faire de cette matière dont les hommes font leur idole, et combien ils s’abusent grossièrement en sacrifiant pour elle tout ce qu’ils ont de plus précieux. » (Cf. Discours d’instruction à un nouveau reçu sur les trois grades d’apprenti, compagnon et maître symboliques, fonds Willermoz, ms. 5919-12).

 

10. Ibid.

 

11. On retiendra cette remarque de Robert Amadou (+ 2006) : « La matière réintégrée cela signifie la matière anéantie puisque son principe étant le néant, sa réintégration ne peut se faire que dans le néant c'est-à-dire qu'elle disparaîtra sauf les formes transmuées.» (Robert Amadou, Entretien avec Michel Cazenave, France-Culture, « Les Vivants et les Dieux », 4 mars 2000.)