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samedi, 07 juillet 2012

Louis-Claude de Saint-Martin et la doctrine angélique

 

 

Louis-Claude de Saint Martin et les Anges 

 

Jean-Marc Vivenza

 

 

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Table

 

 

 

 

Introduction

 

 

 

                I. Qui sont les anges ?

              II. La relation de l’homme aux anges

           III. La théurgie magique invocatoire

IV. Premier contact de Saint-Martin avec la théurgie angélique

V. Jugement critique de Saint-Martin vis-à-vis de la voie des élus coëns

VI. Révélation de Saint-Martin sur le ministère des anges

VII. Importance du baptême angélique

VIII. Ce n’est pas à l’homme de prier les anges

IX. C’est à l’homme de faire connaître Dieu aux anges

X. L’esprit du ministère, ou la véritable « religion » de l’homme

Conclusion : « les anges attendent le règne de l'homme »

*

Appendice : Le De circulo et ejus compositione et le culte primitif,

Nature de la véritable « réconciliation »

et but réel des travaux des élus coëns

 

 

Bibliographie

 

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 Vient de paraître

Editions Arma Artis, 120 pages.

 

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Pour se procurer l'ouvrage :

 

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dimanche, 10 juin 2012

Louis-Claude de Saint-Martin et les Anges

De la théurgie des élus coëns à l'angélologie saint-martiniste 

 

 

Jean-Marc Vivenza 

 

Charité III.jpg

 

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L’ange bon compagnon,

notre fidèle gardien,

dépend entièrement de nous

pour éprouver les effets du Soleil éternel,

pour accéder à la vie divine dont il est éloigné

en raison de son ministère auprès de l’humanité.

 

 

  

 

mystique,spiritualité,ésotérisme,franc-maçonnerie,illuminisme,théosophie,théologie,martinisme,angesAborder la question de la relation de Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803) aux anges, est l’une des plus intéressantes et passionnantes qui soient. En effet, la place des esprits angéliques au sein de la voie spirituelle et initiatique est fondamentale, de même que leur ministère, leur fonction et leur rôle. Cependant cette place et cet authentique « ministère » restent, en réalité, mal définis, imprécis. On imagine avoir quelques idées claires sur le sujet alors que les éléments effectifs touchant aux anges nous sont profondément méconnus, notamment pour tout ce que pensait le Philosophe Inconnu relativement aux êtres célestes, le plus généralement absolument et profondément ignoré.

 

Saint-Martin qui fut dès le début de son chemin initiatique mis en contact avec les anges, se distingua par une analyse originale qui l’amena, non seulement à s’écarter rapidement des pratiques externes découvertes dans sa première initiation à Bordeaux qu’il qualifiait « de voie incomplète et dangereuse », mais de plus, et surtout, à proposer une réflexion absolument originale lui donnant d’exposer des vérités nouvelles qui enrichissent notablement tout ce qui s’était dit et affirmé jusqu’à lui au sujet des créatures célestes dans leur rapport à l’homme.

 

I. Du rejet des élus coëns à la nouvelle relation avec les esprits célestes

 

Ainsi, non content de rompre avec les rites externes d’une théurgie issue de sources magiques impures, théurgie qu’il dénoncera avec une extraordinaire vigueur jugeant ses méthodes « imprudentes », « inutiles et pleines de dangers », la considérant non seulement comme totalement inefficace pour « opérer » la réconciliation de l’homme mais de plus pouvant même conduire directement l’âme qui s’y laisse entraîner dans les régions ténébreuses en l’asservissant aux puissances inférieures, Saint-Martin abandonnant les pratiques théurgiques, proposera une nouvelle angélologie et, par conséquence immédiate, un nouveau mode spirituel dans la relation de l’homme avec les esprits célestes [1].

 

 

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Saint-Martin jugeait que son « ancienne école »,

c’est-à-dire celle de Martinès de Pasqually,

était certes impuissante à guérir les maux de l’homme,

mais, pire encore, servait même à les augmenter !

 

 

 

mystique,spiritualité,ésotérisme,franc-maçonnerie,illuminisme,théosophie,théologie,martinisme,angesEn effet, dans son analyse critique envers les pratiques des élus coëns, Saint-Martin ne ménagera pas ses reproches les plus sévères à l’égard d’une initiation qu’il désignait comme « prisonnière des formes », tristement dépendante des cérémonies extérieures, allant jusqu'à juger que son « ancienne école », c’est-à-dire celle enseignée par Martinès de Pasqually (+1774), certes était impuissante à guérir les maux dont souffre l’homme, mais pire encore, servait même à les augmenter : « Ces établissements (mon ancienne école ou à une autre) servent quelquefois à mitiger les maux de l'homme, plus souvent à les augmenter, et jamais à les guérir…. ceux qui y enseignent ne le font qu'en montrant des faits merveilleux ou en exigeant la soumission. » [2]

 

 

 

 

 

 

II. L’esprit « bon compagnon »

 

 

C’est pourquoi, par delà sa critique des moyens grossiers employés par les élus coëns pour s’approcher du Ciel en voulant soumettre et contraindre les anges, Saint-Martin, qui avait perçu l’importance de ce sujet, se pencha avec attention sur la question des esprits angéliques dans plusieurs de ses ouvrages, et d’ailleurs, l’une de ses pensées les plus consolantes fut en rapport direct avec la présence à nos côtés de notre « ami fidèle », dit « esprit bon compagnon » avec lequel il est possible d’oeuvrer, puisqu’en effet, l’ange gardien sera assimilé à l’ami fidèle chez Saint-Martin, soit « l’ange bon compagnon », l’ange conseiller, le confident, le protecteur et le soutien, celui qui, par la douce présence qu’il maintient à nos côtés, est un gage de la purification de notre cœur. [3]

   

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Saint-Martin, s’écartant de la théurgie des élus coëns,

 propose une nouvelle angélologie,

un nouveau mode spirituel

dans la relation de l’homme avec les esprits célestes.

 

 

mystique,spiritualité,ésotérisme,franc-maçonnerie,illuminisme,théosophie,théologie,martinisme,angesMais si cette présence près de nous de l’esprit bon compagnon est un précieux viatique, une aide secourable, un guide important, une vérité néanmoins est souvent ignorée des lecteurs de Saint-Martin, vérité qui pourtant seule nous donne de comprendre ce qui constitue, tout à la fois l’originalité de la pensée du Philosophe Inconnu, ainsi que sa très grande différence d’avec l’enseignement de Martinès de Pasqually.

 

C’est également l’un des points les moins compris de la conception de Saint-Martin, car elle renverse presque totalement, dans une certaine mesure, l’idée habituelle et courante que l’on se fait du rapport de l’homme aux anges puisque, et c’est là un élément essentiel, Saint-Martin nous révèle que l’ange bon compagnon, notre fidèle gardien, dépend entièrement de nous pour pouvoir éprouver les effets du soleil éternel, dépend de l’âme pour accéder à la vie divine dont il est éloigné en raison de son ministère auprès de l’humanité.

 

 

III. Ce n’est pas à l’homme de prier les anges

 

De ce fait, ce qui poussait réellement Saint-Martin, qui en convaincra d’ailleurs peu après ses intimes, à s’éloigner des cérémonies théurgiques, c’est qu’en réalité les anges, qui sont de puissants secours en bien des affaires, ont besoin de nous dans l’unique objet de la quête initiatique, à savoir la connaissance de Dieu par la prière.

 

Ce sur quoi insistait Saint-Martin, c’est que ce n’est pas à nous au fond de « prier » les anges de nous faire connaître Dieu, mais à eux de nous le demander car nous avons à les instruire puisque l’homme, par le Fils, peut aujourd’hui approcher le Père dans sa nature ; ceci expliquant pourquoi, ainsi que le rappellera magnifiquement saint Jean de la Croix (+1591), c’est dans l’âme de l’homme que Dieu a son séjour : « Dieu réside substantiellement en l’âme, dans ce sanctuaire où ni l’ange ni le démon ne peuvent pénétrer .» [4]

 

 

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« Les anges ne connaissent le Père que dans le Fils.

Ils ne le connaissent ni dans lui-même, ni dans la nature… »

 

 

mystique,spiritualité,ésotérisme,franc-maçonnerie,illuminisme,théosophie,théologie,martinisme,angesC’est exactement ce que dit admirablement Saint-Martin dans un passage du Ministère de l’homme-esprit : « Les anges ne connaissent le Père que dans le Fils. Ils ne le connaissent ni dans lui-même, ni dans la nature, qui, surtout depuis la première altération, est bien plus rapprochée du Père que du Fils, par la concentration qu'elle a éprouvée ; et ils ne peuvent le comprendre que dans la divine splendeur du Fils, lequel à son tour n'a son image que dans le cœur de l'homme, et ne l'a point dans la nature. Voilà pourquoi l'homme qui, lors de son origine dans l'univers, était lié principalement au Fils, ou à la source du développement universel, connaissait le Père à la fois et dans le Fils et dans la nature. Et voilà pourquoi les anges recherchent tant la compagnie de l'homme, puisque c'est lui qu'ils croient encore en état de leur faire connaître le Père dans la nature. »  Il poursuit :  « Ils [les anges] sont fondés à le croire, puisque c'est à nous que le Père s'est rendu visible, et que ses éternelles merveilles se sont montrées sous ce phénomène temporel qui constitue la nature périssable. Oh ; combien de choses profondes nous pourrions enseigner, même aux anges, si nous rentrions dans nos droits ! et il ne faudrait pas s'étonner de cette idée, puisque selon saint Paul (1.ere cor. ch. 6 : 3), nous devons juger les anges. Or, le pouvoir de les juger suppose le pouvoir de les instruire.» (L.-C. de Saint-Martin, Le Ministère de l’homme-esprit, 1802).

IV. C’est à l’homme de faire connaître Dieu aux anges

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Depuis la Révélation les anges souhaitent plonger leur regard

dans l’œuvre réparatrice et être instruits,

par  l’homme, des merveilles de l’Evangile.

 

 

 

Si l’homme doit instruire les anges, il le doit en rendant accessible son cœur à la lumière divine, en l’ouvrant, pleinement, à l’œuvre purificatrice et transformatrice qui permettra que les esprits angéliques puissent connaître le Père, et ceci sera rendu possible en raison de la supériorité de notre esprit animique sur celui des anges.

 

Cette idée n’a rien de choquante, car depuis la Révélation les anges souhaitent plonger leur regard dans l’œuvre réparatrice et être instruits, par  l’homme, des merveilles de l’Evangile et de la nature de la « grâce qui était destinée » à ceux qui ouvriraient leur cœur à la vérité.

 

 

V. Les anges doivent passer par l’âme de l’homme, pour assister au « divin engendrement »

 

 

La place de l’âme humaine est donc fondamentale à l’intérieur du plan divin, puisque par elle, et seulement par ce canal précis, les anges ont à passer pour pouvoir approcher des merveilles éternelles du Père manifestées dans la nature visible. Mais l’éminence de l’âme va plus loin encore, sa fonction dépasse en vertigineuse fonction bien plus qu’il ne se peut imaginer, car elle participe directement, et l’on touche ici aux plus grands des mystères ineffables qu’il soit possible d’envisager en ce monde, de l’engendrement divin, de la naissance suressentielle de Dieu.

 

 

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L’âme participe directement,

de l’engendrement divin,

de la naissance suressentielle de Dieu.

 

 

 

mystique,spiritualité,ésotérisme,franc-maçonnerie,illuminisme,théosophie,théologie,martinisme,angesL’âme, le fond de l’âme (abditus mentis) est le saint Tabernacle d’où la divinité s’engendre elle-même, dans le mystère secret du silence intérieur par lequel, dans une « opération » invisible, Dieu procède à la naissance de son Fils premier né : « Dieu opère dans l’âme sans aucun intermédiaire – image ou ressemblance – mais bien dans le fond, là où jamais ne pénétra aucune image que Lui-même, en son Être propre. Cela, aucune créature ne peut le faire. ‘‘Comment Dieu engendre-t-il son Fils dans le fond de l’âme ? est-ce de la même façon que font les créatures, en image et ressemblance ?’’ Croyez bien que non ! Tout au contraire : Il l’engendre exactement de la même manière qu’Il l’engendre dans l’éternité, ni plus ni moins. (….) C’est ainsi que Dieu le Père engendre son Fils : dans l’unité véritable de la nature divine.» [5]

 

L’âme est donc dépositaire d’une essence unique et réellement sublime, essence comparable à absolument rien de ce qui est créé, au point de lui donner la possibilité de parvenir jusqu’à l’origine même d’où provient le premier commencement. Voilà pourquoi l’âme de l’homme est d’une immense dignité, elle relève d’un bien infiniment précieux d’une valeur incomparable, car elle est la pierre fondamentale d’où surgit en son « aurore naissante » la Divinité. 

 

VI. L’esprit du ministère, ou la véritable « religion » de l’homme

Nous percevons donc, par ces vives lumières projetées sur la mission extraordinaire qu’il incombe à l’homme seul d’exercer par la prière, et à cause de ce qui s’opère comme naissance dans son âme, la raison de sa supériorité sur les anges : «C'est ta prière qui devait elle-même appeler l'aube de la lumière et la faire briller sur ton oeuvre, afin qu'ensuite tu puisses du haut de cet orient céleste la verser sur les nations endormies dans leur inaction, et les arracher à leurs ténèbres. Ce n'est que par cette vigilance que ton édifice prendra son accroissement, et que ton âme pourra devenir semblable à l'une de ces douze perles qui doivent un jour servir de portes à la ville sainte. » (L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme, § 8).

 

 

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Il revient à l’homme de servir de support,

de reflet lumineux à son Principe,

 de devenir, par grâce,

 le « principal ministre de la divinité ».

 

 

C’est pourquoi, si l’homme est appelé à devenir le « principal ministre de la divinité », c’est que sa mission est d’une nature infiniment sublime, vertigineuse ; il lui revient, à cet homme malgré sa chute et ses nombreuses erreurs, mais lorsqu’il percevra et sentira que les conséquences de son crime furent réparées au Golgotha, de servir de support, de reflet lumineux à son Principe, puisque nous étions et restons destinés à devenir participant d’une œuvre extraordinaire en quoi consiste toute notre religion, nous avons été appelés à avoir une autorité sur les habitants de toutes les régions terrestres et célestes.

 

mystique,spiritualité,ésotérisme,franc-maçonnerie,illuminisme,théosophie,théologie,martinisme,angesOn comprend de ce fait en quoi les mises en garde afin d’avertir que l’œuvre véritable se déroule loin des formes, loin des régions externes étrangères, fut pour Saint-Martin - et reste encore - un devoir pieux et nécessaire, de sorte que nous puissions laisser Dieu « opérer » seul en nous, agir et réaliser le culte et le sacrifice, exprimer la prière et faire entendre son Nom : « Car ce ne serait point abuser nos semblables, que de leur dire combien l'œuvre véritable de l'homme se passe loin de tous ces mouvements extérieurs. D'après les principes posés ci-dessus, nous sommes placés sous l'aspect de la divinité même, c'est-à-dire que nous reposons sur une racine vive qui doit opérer en nous toutes nos régulières végétations ; ainsi, qu'il y ait autour de nous, et même par nous, des faits extérieurs et hors du cours ordinaire de la nature, bien plus, qu'il y ait une nature et un monde, ou qu'il n'y en ait pas, notre œuvre doit toujours avoir son cours, puisque notre œuvre est que Dieu dans nous soit tout, et nous rien, et puisque, dans les faits mêmes impurs et légitimes qui peuvent s'opérer, ce ne sont pas les faits qui doivent s'apercevoir et mériter nos hommages, mais le Dieu seul qui les opère.» (L.-C. de Saint-Martin, Ecce Homo, § 4).

 

Conclusion : « les anges attendent le règne de l'homme »

En conclusion, et on le comprend aisément après tout ce qui vient d’être exposé, dans cette « opération » supérieure d’engendrement divin en l’âme, point n'est besoin d’utiliser des méthodes périphériques, des techniques complexes, des cérémonies inutiles, de s’adonner à des cultes stériles et dangereux [6] ; celui qui désire que le Verbe Divin naisse en lui, en son cœur, ne doit pas oublier qu’il est porté, entraîné, conduit et poussé par un puissant mouvement d’élection qui agit pour lui en sachant, avec une science céleste, « opérer » comme il convient : « Puisque c'est l'action même, pour ne pas dire la génération vive de l'ordre divin qui veut bien passer par [lui]. Montez dans l'assemblée des saints, adressez-vous à ces millions d'anges qui ont leur demeure dans la sphère des cieux. Ils répondront tous : oui, nous sommes sujets et serviteurs du Seigneur. Béni soit l'homme qui demande à l'univers un aveu aussi doux que légitime ! Qu'il ne se repose point sans avoir engagé tous les êtres à professer la gloire du Seigneur, et à célébrer la puissance de son nom ; et sans que tout ce qui existe se dise le sujet et le serviteur du Seigneur.» (L.-C. de Saint-Martin, L’Homme de désir, Chant 291).

 

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L’âmede l'homme lui octroie,

et bien plus encore depuis que cette âme

a été purifiée et lavée en justice par le Verbe,

une souveraineté vis-à-vis de tous les esprits célestes.

 

 

Une conviction, propre à Saint-Martin certes mais certitude foncièrement liée à la nouvelle loi d’amour, doit donc nous servir dans l’engendrement qu’il nous revient de laisser opérer en nous depuis que sur le Golgotha « tout a été consommé », à savoir nous souvenir - et en ceci consiste sans doute la sainte profession spirituelle -, que l’âmede l'homme lui octroie, depuis l’origine, mais bien plus encore depuis que cette âme a été purifiée et lavée en justice par le Verbe à l’issue de son sacrifice salvateur, une souveraine supériorité vis-à-vis de tous les esprits, une autorité sur les créatures séjournant au sein du monde invisible puisqu’elle possède la puissance inégalée de procéder à la régénération universelle en étant accompagnée par la Lumière, portée par l’énergie incréée s’étendant à tous les horizons de l’Esprit pour renouveler, re-sacraliser et régénérer l’immensité.

 

 

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Le Nouvel Homme

n’est pas simplement destiné à retrouver,

par l’effet d’un processus de « réintégration »

les pouvoirs du premier Adam,

mais est « élu » pour recevoir une ordination

le conduisant à devenir 

« participant de la nature de Dieu »

 

 

 

mystique,spiritualité,ésotérisme,franc-maçonnerie,illuminisme,théosophie,théologie,martinisme,angesA ce titre l’homme - le Nouvel Homme - n’est pas simplement destiné à retrouver, par l’effet d’un processus de « réintégration » les pouvoirs du premier Adam, mais à être non seulement doté de l’onction souveraine qui fera de lui un esprit glorieux « supérieur à tout autre esprit spirituel, soit émané ou émancipé » du sein du Créateur,  puisque par delà cette première étape l’homme est ordonné, destiné à recevoir un ré-engendrement mystérieux le conduisant, par pure grâce, à devenir  « participant de la nature de Dieu », lui conférant, eu égard à cette extraordinaire participation qui lui a été accordée, une authentique puissance substantielle l’ordonnant, le consacrant et le constituant, vrai « Fils de Dieu », l’introduisant ainsi dans le Sanctuaire du Ciel auprès du Réparateur Lui-même, afin qu’il exerce, au Nom de la Divinité incréée et infinie, son saint ministère pour l’éternité. 

 

 

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« Il nous a donné les très grandes et précieuses promesses,

afin que par elles vous participiez de la nature divine,

ayant échappé à la corruption qui est dans le monde…. »

(II Pierre I, 4).

 

*

  

 

Extraits de :

 

Louis-Claude de Saint Martin et les Anges

  

De la théurgie des élus coëns

à la doctrine angélique saint-martiniste

 

mystique,spiritualité,ésotérisme,franc-maçonnerie,illuminisme,théosophie,théologie,martinisme,anges 

A paraître  

aux Editions Arma Artis, 120 pages.

 

 

 

  

Notes.

 

1. L'œuvre véritable pour Saint-Martin, se passe effectivement loin de l'extérieur car c'est dans l'interne, derrière le second voile du Temple que se déroulent aujourd’hui, depuis la venue du Divin Réparateur, les rites sacrés, et que se célèbre le culte spirituel et la liturgie divine par la prière et l'adoration : « Par ses imprudences, l'homme est plongé perpétuellement dans des abîmes de confusion, qui deviennent d'autant plus funestes et plus obscurs, qu'ils engendrent sans cesse de nouvelles régions opposées les unes aux autres et qui  font que l'homme se trouvant placé comme au milieu d'une effroyable multitude de puissances qui le tirent et l'entraînent dans tous les sens, ce serait vraiment un prodige qu'il lui restât dans son cœur un souffle de vie et dans son esprit une étincelle de lumière. (...) l'œuvre véritable de l'homme se passe loin de tous ces mouvements extérieurs. » (Ecce Homo, § 4). La nécessité de l'intériorité, de la voie purement secrète, silencieuse et invisible, se justifie donc pour Saint-Martin, en raison de la présente faiblesse constitutive de la créature, de sa désorganisation et de son inversion radicale, plongeant les êtres dans un milieu infecté, une atmosphère viciée et corrompue, qui guettent chacun de nos pas lorsque nous nous éloignons de notre source et délaissons notre « centre », mettant en péril notre esprit lorsque, par imprudence et présomption, nous osons outrepasser les limites des domaines sereins protégés par l'ombre apaisante de la profonde paix du cœur.

 

2. Extrait du recueil de correspondance de Saint-Martin, avec MM. Maglasson, De Gérando, Maubach, etc., appartenant à M. Munier, lettre du 5 août 1798.

 

3. « Quant aux anges, nous savons qu'ils sont "tous des esprits dont la fonction est d'être envoyés en service, au profit de ceux qui doivent obtenir l'héritage du salut" (Heb., 1.14). C'est vrai surtout des anges gardiens spécialement attachés à chacun de nous. Leur charité à notre égard n'est qu'une manifestation de leur dévouement à la cause divine et de leur zèle pour l'honneur de Dieu. Nous pouvons compter sur leur aide puissante dans la lutte contre le mal et recourir à eux pour obtenir par leur intermédiaire, avec la protection de notre vie temporelle, les grâces qui sous forme de bonnes pensées, d'élans vers le bien, d'horreur du mal, nous permettront de déjouer les ruses et les pièges du "malin", de répondre aux appels de Dieu et de nous préparer ainsi à prendre, avec joie, place auprès de ceux qui se seront montrés si fraternels pendant notre pèlerinage d'ici-bas. » (Joseph de Guibert s.j., Leçons de théologie spirituelle, tome I, Apostolat de la Prière, 1943).

 

4. S. Jean de la Croix, Nuit Obscure 2, 23,11.

 

5. Maître Eckhart, Sur la naissance de Dieu dans l’âme, trad. Gérard Pfister, Préface de Marie-Anne Vannier, Arfuyen, 2004, pp. 45-46.

 

6. Saint-Martin, dans son Portrait historique et philosophique, eut une remarque plus que pertinente au sujet des dangers des voies externes, et utilisa une image imagée extrêmement parlante s’appuyant sur une anecdote rapportée de son voyage en Italie où vivaient à Naples, à l’époque, des milliers de « lazzaroni », terme désignant ceux qui résidaient dans les rues dépourvu de logis dans un état de grande pauvreté, nous faisant voir que si nous n’y prenons garde, en ouvrant grandes les portes sans prudence par des pratiques externes, nous risquons de voir s’installer des locataires peu recommandables en nous, esprits ténébreux capables même, en prenant des dehors engageants singulièrement trompeurs, de se rendre maîtres et possesseurs de notre maison et de nous en chasser : « La chose qui m'a paru la plus rare en fréquentant les hommes c'est d'en rencontrer un qui logeât chez lui; ils logent presque tous en chambre garnie, et encor ce ne sont pas là les plus dénués et les plus à plaindre; il en est qui ne logent que sous les portes comme les lazzaroni de Naples, ou même dans les ruas et à la belle étoile, tant ils ont peu de soin de conserver leur maison patrimoniale, et de ne se pas laisser évincer de leur propre domaine. » (Portrait, 479).

 

 

 

samedi, 26 mai 2012

Le Régime Ecossais Rectifié et la doctrine de la matière

Jean-Baptiste Willermoz et la corruption de la nature de l’homme

Eclaircissements à propos de la distinction entre « l’ordre de la chair » et « l’ordre de l’esprit » 

 

 

Jean-Marc Vivenza

 

 

Mausolée II.jpg

 

 

« A quoi fait allusion ce mausolée, avec ces inscriptions ?

A l'immortalité de l'âme, aux principes élémentaires

et à la dissolution de la matière. »

J.-B. Willermoz, Rituel du 3e Grade du Régime Ecossais Rectifié.

 

 

 

Croix rouge.jpgVoilà un sujet impressionnant, une question délicate qui est l’objet d’éternelles discussions au sein des cénacles rectifiés, et même en d’autres, entraînant souvent, à n’en plus finir, des débats animés dans lesquels s’affrontent des opinions radicalement opposées. Cela en est arrivé à un tel point que beaucoup ne savent plus trop quoi penser alors même que l’Ordre - c’est-à-dire le Régime Ecossais Rectifié - possède de façon claire une doctrine portant sur la matière, exprimée en des termes incontestables n’autorisant, a priori , aucun doute ni aucune réserve, ceci faisant qu’il ne devrait normalement n’y avoir nulle confusion régnant en ces domaines pour quiconque respecte les positions willermoziennes et ne cherche pas à y substituer des vues étrangères ou extérieures à ces dernières qui ont, et elles seulement, autorité sur le plan doctrinal.

 

Or confusion il y a, confusion assez largement répandue et grandement perceptible, montrant certes que ne sont pas compris, mais surtout connus faute d’être travaillés comme il se devrait, les textes du Régime rédigés pourtant avec une infinie patiente pédagogique par Jean-Baptiste Willermoz, attitude d’oubli qui est une erreur doublée d’une faute du point de vue initiatique. C’est pourquoi, face à cette situation problématique générant de nombreuses convictions inexactes et vues subjectives diverses, il nous a semblé utile et même nécessaire de présenter, le plus complètement possible, les thèses effectives sur la nature de l’homme, la matière et sa destination, qui ont été en effet « infusées » par son fondateur au sein du système mis en œuvre lors du Convent des Gaules en 1778 à Lyon et entériné définitivement en 1782 à Wilhelmsbad. 

 

 

I. Les sources de la pensée willermozienne

 

 

Préalablement, pour connaître la raison de la position du Régime Rectifié à l’égard de la matière entendue aussi bien comme constituant le corps charnel de l’homme que le composé matériel commun à toutes choses créées traversant les trois règnes du vivant (animal, végétal, minéral), il convient de savoir comment cette pensée s’est peu à peu imposée au principal concepteur du Régime au point de devenir sa pensée officielle, pensée occupant une place centrale dans les principes théoriques enseignés par l’Ordre et allant même jusqu’à participer d’une bonne part des instructions ultimes destinées au Chevaliers admis dans la classe non-ostensible.

 

A la lecture des textes du Régime un constat immédiat s’impose : nous nous trouvons face à une analysecachet_martines_pasqually II.jpg structurée, arrêtée et construite qui prédomine dans le système willermozien traversant tous les grades en faisant l’objet d’exposés méthodiques résumés en quelques thèses relativement sévères sur le caractère corrompu et la nature déchue  des formes dans lesquelles l’homme se trouve placé, enserré et est contraint de vivre pendant son séjour en ce monde. Ces thèses d’où proviennent-elles ? De Martinès de Pasqually (+ 1774) pour une grande part en effet, mais pas seulement (l’aspect plus directement symbolique du sujet chez Martinès - les essences spiritueuses, valeur du ternaire et du neuvénaire, les facultés, etc. - a été abordé par Edmond Mazet dans une étude intitulée : « La Conception de la matière chez Martinez de Pasqually et dans le Régime Ecossais Rectifié, Renaissance Traditionnelle, n° 28, octobre-décembre 1976). Ces thèses, du point de vue philosophique, métaphysique et théologique, qui est celui qui nous intéresse dans la présente étude, ont été propagées par d’autres auteurs spirituels bien avant Pasqually, parmi lesquels Origène (v. 185-253), Clément d’Alexandrie (IIe s.), ou même Platon et les néoplatoniciens (Jamblique, Porphyre, Plotin, Damascius), voire plus directement saint Paul, premier maître instructeur en ces sujets fondamentaux, et bien évidemment l’Evangile lui-même par les paroles du Christ qui pose une distinction très nette entre le monde et le ciel, entre les choses crées et incréées, entre le visible et l’invisible, ce qui aboutira à l’établissement d’une distinction fondatrice essentielle qui prendra, dès les premiers temps de l’Eglise, une place centrale au sein du christianisme : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu, afin que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mon royaume n’est pas d’ici. » (Jean XVIII, 36).

 

a1da9f5e.jpgUn autre point est parfois évoqué en forme d'interrogation teintée chez certains d'une étrange inquiétude, relatif au climat propre de l’histoire de la pensée religieuse occidentale qui fut considérablement influencé par ce courant : les thèses willermoziennes seraient-elles marquées par une sensibilité augustinienne ? Sans aucun doute puisqu’on retrouve de nombreuses affirmations semblables à celles du Rectifié dans les ouvrages de l’évêque d’Hippone (De la nature et de la grâce, De Trinitate, De la grâce et du libre arbitre, La Cité de Dieu, etc.). Ces thèses, qui s’imposeront comme une sorte de signature distinctive de la pensée théologique de saint Augustin (354-430) portent sur la corruption de l’homme, l’état dégradé de la création, le caractère vicié du monde matériel, la nécessité de la grâce, et constituent ce qu’il convient d’appeler en effet « l’augustinisme  théologique », qui insista avec une force extraordinaire sur les tragiques conséquences négatives de la chute : « Par le fait de leur origine, tous les hommes sont soumis à la corruption, notre nature viciée n'a plus droit qu'à un châtiment légitime… ne pensons pas que le péché ne puisse point vicier la nature humaine, mais sachant par les divines Ecritures, que notre nature est corrompue, cherchons plutôt comment cela s'est fait.» [1]

 

Est-il donc illégitime, en examinant les textes du Régime Ecossais Rectifié, de signaler cette identité conceptuelle entre la pensée de saint Augustin et celle de Willermoz ? Certes non, c’est même, selon nous, un exercice instructif que de souligner ce lien nous permettant de replacer, sans la soumettre car il convient de respecter les domaines et ne point les confondre, la doctrine du Régime au sein de l’histoire de la spiritualité chrétienne. Mais il convient également, dans le même temps, de voir que ces thèses ne sont pas propres à saint Augustin mais sont communes à de nombreux penseurs antérieurs ou postérieurs à lui, de même qu’elles ne sont pas uniquement celles de Willermoz et du Rectifié puisqu’elles inspirèrent, pour ne citer que les figures se situant à la périphérie immédiate de la réforme de Lyon, les œuvres de Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803), Joseph de Maistre (1753-1821) et Franz von Baader (1765-1841). La question qui doit donc seule nous importer est uniquement de savoir ce que pense et affirme le Régime rectifié, et il se trouve que ce Régime, précisément en ses bases doctrinales essentielles, se rattache aux thèses néoplatoniciennes, origéniennes et  augustiniennes. C’est un fait ; et si l’on veut être en accord avec un Ordre auquel on dit appartenir, il convient logiquement d’en accepter la doctrine et la professer, ou tout au moins, ce qui est un minimum, d’en respecter les vues et ne point les dénoncer comme des « erreurs » et les qualifier « d'hérésies ».

 

II. Les conséquences du péché originel

 

On remarque ainsi que dès les célèbres leçons de Lyon (1774-1776), Willermoz exposa la raison pour laquelle l’homme est revêtu aujourd’hui d’un corps de matière, puisque devant à l’origine lutter pour libérer des fers matériels les esprits qui y étaient emprisonnés, il a été finalement puni de son crime en subissant le même sort que les ennemis de l’Eternel, c’est-à-dire en étant précipité, lui qui était un esprit glorieux, à son tour dans un « corps de matière ténébreux » : « L'homme fut puni de son crime d'une manière conforme à la nature même du crime, il se trouva resserré dans une prison de cette même matière qu'il devait contenir et se soumit par là à une action sensible de ces esprits pervers sur ses sens corporels provenus de cette matière qui avait été créée pour les tenir en privation..Adam, déchu de son état de gloire et enseveli dans un corps de matière ténébreuse, sentit bientôt sa privation. Son crime était toujours devant ses yeux... »  (J.-B. Willermoz, leçon n°6, 24 janvier 1774).

 

Propos auxquels répondent ces lignes du rituel du grade de Maître Ecossais exprimant un jugement qui traverse tout le Rectifié : « C'est cette dégradation de l'homme, ce sont l'abus de sa liberté, le châtiment qu'il en a reçu, l'esclavage dans lequel il est tombé et les suites funestes de son orgueil qui vous ont été représentés aujourd'hui dans le premier tableau, par le saccagement et la destruc­tion du premier Temple de Jérusalem : image sensible de l'humiliante métamorphose qu'ils occasionnèrent dans la première forme corporelle de l'homme.»

  

 

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« Adam, déchu de son état de gloire

et enseveli dans un corps de matière ténébreuse,

sentit bientôt sa privation… »

 

J.-B. Willermoz, leçon n°6, 24 janvier 1774.

 

 

Pour cette conception à laquelle adhère à la suite de Willermoz les principaux représentants du courant illuministe européen : Friedrich Oetinger (1702-1782), Kirchberger (1739-1798), Karl von Eckartshausen (1752-1803), Dietrich Lavater (1743-1826), pour ne citer que les plus connus, la chair dont furent revêtus Adam et Eve et leur descendance est une punition, la conséquence du péché originel, une sanction, conception qui peut surprendre le lecteur contemporain habitué à un regard moins négatif sur la chair, d’autant que d’autres courants optent pour une position bien plus optimiste comme on en trouve trace dans les églises orientales infiniment moins sévères sur le sujet, mais dont la source se trouve cependant formellement dans l’Ecriture et chez plusieurs Pères de l’Eglise comme saint Grégoire de Nysse (+394) qui déclarait positivement : «Nous sommes devenus chair et sang par le péché. » (S. Grégoire de Nysse, Hom. Op. 22 205 A).

 

 

III. Prévarication d’Adam et corruption de la nature 

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« Nous sommes devenus chair et sang par le péché. »

 

S. Grégoire de Nysse, Hom. Op. 22 205 A.

 

 

 

a) Tradition patristique

 

 

origène.jpgCette idée d’un emprisonnement de l’homme dans un corps de matière en punition du crime d’Adam possède sa source dans l’Ecriture Sainte et fut reprise ensuite par certains Pères de l’Eglise. Mais c’est sans doute, comme nous l’avons déjà signalé, Origène disciple de saint Clément d’Alexandrie, qui systématisa, développa et édifia de façon la plus la complète la thèse d’une Chute de l’homme dans la matière, d’une descente dans des corps grossiers et animaux, comme répondant à une faute antérieure, en se fondant sur le récit, il est vrai saisissant du troisième chapitre du livre de la Genèse, où il est dit, après l’épisode du péché originel : « Dieu fit à l’homme et à la femme des tuniques de peau. » (Genèse III, 21.).

 

Si nous sommes placés dans une structure matérielle aujourd’hui, dans une enveloppe corporelle, cela est donc pour Origène la conséquence de la chute, de la faute commise en Eden ; c’est-à-dire, pour être clair, que c’est en punition et pour notre honte que nous reçûmes des « vêtements de peau » semblables à ceux des animaux, entraînant tragiquement toute la famille humaine dans l’héritage du péché, péché se signalant par une détermination de la chair à la corruption et à la mort.

 

Après la faute du premier homme affirme Origène, en faisant sienne l’analyse de saint Paul, tous les descendants d’Adam naissent dans un état d’aversion à Dieu parce qu’ils sont, par la faute de leur père, privés des dons que Dieu avait octroyés à l’homme, comme le soutient également Tertullien (+ v. 220) : « L’homme, condamné à mort dès l’origine, a entraîné dans son châtiment tout le genre humain contaminé par son sang. » (Sermon de l’âme, 1 ; c. IV).  De la sorte, depuis le péché originel, par essence, la chair « contaminée », la matière corporelle est opposée aux lois divines, car à cause de la prévarication d’Adam en Eden : « la pensée de la chair est inimitié contre Dieu. » (Romains VIII, 7). C’est une règle invariante se reproduisant à chaque génération ; la chair est ainsi irréformable et c’est un travail vain et inutile que de chercher à lui conférer une autre orientation comme le déclare Salomon : « Quand tu broierais le fou dans un mortier, au milieu du grain, avec un pilon, sa folie ne se retirerait pas de lui. » (Proverbes XXVII, 22). La vieille nature est précisément « dénaturée », abîmée dans la matière ; la chair est corrompue, malade, frappée d’une souillure mortelle de par les effets de la prévarication d’Adam.

 

 

 

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« L’homme, condamné à mort dès l’origine,

a entraîné dans son châtiment

tout le genre humain contaminé par son sang. »

 

Tertullien, Sermon de l’âme, 1 ; c. IV.

 

 

 

 

Cette conception on le voit, avant même saint Augustin qui théorisa cependant cette idée de corruption radicale de la chair de par la chute avec l’insistance que l’on saiten Occident, fut exposée par Origène et son disciple Grégoire le Thaumaturge (+270), puis Eusèbe de Césarée (260-340), pensée qui passa à la postérité, par saint Jérôme (344-420) qui  la fit figurer dans ses nombreux Commentaires, sans oublierEvragre le Pontique (345-400), Grégoire de Nysse (335-394) et saint Maxime le Confesseur (580-662).

 

48dee182dfb1f9e5ceabb0b06d2648ca.jpgSaint Augustin occupe évidement une place centrale dans l’histoire de la pensée théologique en raison de l’importance monumentale de son œuvre, faisant que l’accent fut mis d’une façon particulière sur le sujet du péché originel avant même que le saint évêque d’Hippone ne fut reconnu comme un docteurde l’Eglise par Rome (en 1295 par Boniface VIII), ceci sans compter que parallèlement à son influence déterminante, saint Hilaire de Poitiers (+367) s’ouvrit à la pensée d'Origène sur la chute dont il traduira les Commentaires sur les Psaumes, ce qui procurera une autorité réelle et conjointe à la fois à Origène et à saint Augustin sur de nombreux théologiens à travers tout le moyen âge occidental jusqu’à l’âge classique et la période moderne, de saint Bernard de Clairvaux (1090-1153) ou Guillaume de Saint-Thierry (1085-1148), et par eux la tradition cistercienne,  puis saint Thomas D’aquin (+ 1274), saint Bonaventure (+ 1274) et Maître Eckhart (1260-1328) qui, dans son Commentaire du Prologue de Jean, s’inspira nommément d’Origène qui comparait l’apôtre bien aimé du Christ à l'aigle évoqué par Ézéchiel (XVII, 3-4), ceci sans oublier saint Jean de la Croix (1542-1591) et sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) convertis à la lecture de saint Augustin, saints espagnols pénétrés des thèses augustiniennes, comme le seront d’ailleurs les plus grands spirituels chrétiens, théologiens et docteurs d’Occident. [2]

 

 

b) Enseignement des Pères

 

 

Les théologiens enseignent donc, s’agissant des conséquences du péché pour nos premiers parents :

 

1)       La perte des dons surnaturels et préternaturels.

2)       Le dépouillement de la grâce sanctifiante, des vertus infuses, des dons du Saint-Esprit et du droit du bonheur du Ciel.

3)       Le retrait des dons extranaturels, c’est-à-dire, pour le traduire clairement, qu’Adam et Eve, et nous par héritage, avons été assujettis à l’ignorance, à la concupiscence et à la mort.

4)       La révolte des sens et la désobéissance native.

5)       La transformation de notre corps immortel en une chair corrompue et la malédiction du sol (Genèse III, 17)

 

Saint Grégoire de Nysse écrit : « Ainsi l'homme étant tombé dans le bourbier du péché, a perdu d'être l'image du Dieu incorruptible, et il a pris en échange par le péché l'image d'une boue corruptible : c'est cette image que le Verbe nous exhorte à déposer en la nettoyant comme avec de l'eau par la pureté de notre vie : ainsi le revêtement de boue étant déposé, à nouveau la beauté de l'âme se manifestera. Déposer ce qui est étranger, c'est en effet pour l'âme revenir à son état naturel. Et ceci ne lui est pas possible autrement qu'en redevenant ce qu'elle était à l'origine. » (S. Grégoire de Nysse, PG 46, 372 B-C).

  

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« Déposer ce qui est étranger,

c'est en effet pour l'âme revenir à son état naturel.

Et ceci ne lui est pas possible autrement

qu'en redevenant ce qu'elle était à l'origine. »

 

S. Grégoire de Nysse, PG 46, 372 B-C.

 

 

 

 

c) Sens de l’Incarnation

 

 

De la sorte, rappelleront les pieux auteurs à la suite de saint Paul, lorsque l’Ecriture parle de l’Incarnation du Seigneur, ce n’est pas pour nous signaler que le Christ est venu prendre condition humaine afin d’en magnifier l’état et se louer de notre situation ; pour nous adresser des félicitations et nous encourager à profiter plus encore de notre fond vicié et infecté par le péché, pour complaisamment flatter nos séductions sensibles et nous inviter à nous délecter de nos impressions charnelles. Il ne faut jamais oublier que s’il est venu parmi nous, sous forme d’homme, c’est pour prendre sur lui notre nature pécheresse, pour assumer, par amour, notre triste condition abîmée par la faute, pour endosser la déréliction de notre état chuté – non pas pour glorifier la chair et ses fruits amers mais bien au contraire nous appeler, dès ici bas aux réalités célestes : « Lui [le Christ Jésus] qui de condition divine dit Paul, n’a pas craint de s’anéantir (le verbe grec kenosis, est encore, sur le plan métaphysique, bien plus fort que ne le rend le français « anéantir »), prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes ; et, étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui–même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a haut élevé et lui a donné un nom au–dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus se ploie tout genou des êtres célestes, et terrestres, et infernaux, et que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. » (Philippiens, II, 7-11).

 

 

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« Il a été fait péché

pour que Dieu condamnât le péché dans la chair . »

 

(Epître aux Romains VIII, 3).

 

 

 

Il s’est fait « péché » dit même saint Paul pour mieux nous faire comprendre le sens de l’Incarnation, et « il est mort pour nos péchés » (1 Corinthiens XV, 3), « portant les péché en son corps .» (1 Pierre II, 22) ; « il a été fait péché pour que Dieu condamnât le péché dans la chair . » (Romains VIII, 3).

 

Le Christ s’est fait « chair » (ou « homme » ce qui est équivalent pour notre présent état de créatures livrées, sur le plan naturel, aux puissances de l’adversaire de Dieu dont témoigne, à chaque seconde, le terrible spectacle de ce monde désorienté, scandaleux et criminel), non pour venir profiter de notre condition et nous complimenter sur son usage, mais nous en sauver ! Pas pour célébrer la beauté de notre situation, festoyer et danser, prendre femme et se dégourdir les sens, mais pour nous délivrer par sa mort ignominieuse sur le bois de la Croix en affirmant que, par son sacrifice expiatoire, la réalité du Ciel nous attendait, précisant que son « Royaume n’est pas de ce monde » (Jean XVIII, 36), et qu’il fallait que l’Agneau fût sacrifié pour nous laver du péché : « Il fallait une victime pour mériter la grâce [d'Adam]. Il fallait que sa forme corporelle matérielle fut purifiée par la destruction de son fils Abel et par l'effusion de son sang, afin, que, purgée par là de son impureté, elle devînt plus susceptible de communication. La mort d'Abel n'opéra point la réconciliation de son père, mais elle le disposa à l'obtenir. Il ne pouvait l'obtenir parfaite que par la destruction de sa propre forme matérielle, mais il fallait qu'elle fut purgée de son impureté par l'effusion du sang de son fils Abel, et ce fils ne fut donné qu'à cette fin. » (Willermoz, Leçon n°6, 24 janvier 1774).

 

 

IV. L’opposition entre « l’ordre de l’esprit » et « l’ordre de la chair »

 

Ceci étant précisé, nul ne saurait donc contester la radicale opposition que l'on trouve dans les Evangiles entre l’esprit et la chair : «C’est l’esprit qui vivifie ; la chair ne profite de rien » (Jean VI, 63), et particulièrement chez saint Paul, entre ces deux ordres absolument antithétiques : l'ordre de l'esprit et l'ordre de la chair. Même si certains se refusent, par l’effet d’une vision anthropologique erronée, à reconnaître l'antagonisme des deux ordres, pourtant nettement souligné à de multiples endroits du texte sacré, il faut bien se rendre à l'évidence et admettre que la nature de l'homme (c'est-à-dire son âme et son corps, son esprit relevant quant à lui d’un autre « ordre » non naturel), entendue sous le terme générique de « chair », est frappée de corruption et de réprobation.

 

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« Misérable homme que je suis,

qui me délivrera de ce corps de mort ? »

 

(Epître aux Romains VII, 24).

 

 

Comment ne pas citer, en premier lieu eu égard à son caractère emblématique, l'épisode de Nicodème, docteur en Israël, auquel Jésus annonce qu'il doit naître de nouveau, concluant son discours ainsi : « Ce qui est né de l'Esprit est esprit, ce qui est né de la chair est chair » (Jean III, 6). Quant à l'apôtre Paul, nul n'a plus que lui établi des liens concrets entre le péché et la chair, s'écriant même, dans un gémissement quasi désespéré et pathétique : « Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ? » (Romains VII, 24). L'opposition est également clairement soulignée dans ce passage significatif : « Marchez par l'Esprit, et vous n'accomplirez point la convoitise de la chair. Car la chair convoite contre l'Esprit, et l'Esprit contre la chair ; et ces choses sont opposées l'une à l'autre... » (Galates V, 16-17). Enfin, de nouveau dans l'Epître aux Romains, c'est une véritable condamnation de ce que représente la « chair » en son essence et sa nature qui nous est adressée, établissant une équivalence saisissante entre la « chair » et le péché : « Quand nous étions dans la chair, les passions des péchés, lesquelles sont par la loi, agissaient dans nos membres pour porter du fruit pour la mort. » (Romains VII, 5). Puis, un peu plus loin, et toujours avec la même intransigeance : « Moi je suis charnel, vendu au péché (...) C'est le péché qui habite en moi. Car je sais qu'en moi, c'est-à-dire en ma chair, il n'habite point de bien (...) Je vois dans mes membres une autre loi qui combat contre la loi de mon entendement et qui me rend captif de la loi du péché qui existe dans mes membres. » (Romains VII, 15-18 ; 23). Le cri de Paul est d'une grande honnêteté : « De moi-même selon l'entendement je sers la loi de Dieu ; mais de la chair, la loi du péché. » (Romains VII, 25).

 

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« La pensée de la chair est la mort ;

mais la pensée de l'Esprit, vie et paix

ceux qui sont dans la chair

ne peuvent plaire à Dieu. »

 

(Epître aux Romains VIII, 5-8).

 

 

Voudrions-nous encore nier, après ces paroles, le fruit vénéneux que représente la « chair », oserions-nous refuser de voir le caractère à jamais flétri et abîmé de ce qui est charnel ? Alors écoutons saint Paul qui, avec une redoutable force de conviction, insiste plus avant de manière à ne point laisser subsister la moindre trace d'ambiguïté : « Dieu a envoyé son propre Fils en ressemblance de chair de péché, et pour [le] péché, a condamné le péché dans la chair, afin que la juste exigence de la loi fut accomplie en nous, qui ne marchons pas selon la chair, mais selon l'Esprit. » (Romains VIII, 3-4). Après cet impressionnant rappel, qui demande à être lu avec crainte et tremblement, une sainte fureur continue d'habiter l'apôtre des Gentils, et, comme si cela ne suffisait pas, voulant fermement faire pénétrer dans le cœur de ses auditeurs le message du Salut, il poursuit son prêche par ses lignes redoutables : « Ceux qui sont selon la chair ont leurs pensées aux choses de la chair ; mais ceux qui sont selon l'Esprit aux choses de l'Esprit ; car la pensée de la chair est la mort ; mais la pensée de l'Esprit, vie et paix ; - parce que la pensée de la chair est inimitié contre Dieu, car elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, car aussi elle ne le peut pas. Et ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu. » (Romains VIII, 5-8).

 

*

 

Saint Paul espérait certes convaincre par son discours, mais il voulait surtout pouvoir être certain de parler à des êtres qui avaient déjà entrepris de rejeter les œuvres de la « chair », délivrant, par delà la distance des siècles, un enseignement vital pour notre devenir surnaturel, si nous acceptons, bien évidemment, de déposer ce qui, en nous, est « aliéné » par le l'effet du péché : « Or vous n'êtes pas dans la chair, mais dans l'Esprit, si du moins l'Esprit de Dieu habite en vous ; mais si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, celui-là n'est pas de lui. Mais si le Christ est en vous, le corps est bien mort à cause du péché, mais l'Esprit est vie à cause de la justice. » (Romains VIII, 9-10).

 

 

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« Ni la chair ni le sang

n'hériteront du royaume de Dieu »

 

(1 Corinthiens XV, 50).

 

 

Les paroles de Paul, que reprendra Saint-Martin, et dont on conviendra sans peine qu’il est bien difficile d’en nier le sens direct et catégorique, ont la vertu de dissiper toute contestation possible à propos de la question qui nous occupe : « Ni la chair ni le sang n'hériteront du royaume de Dieu » (1 Corinthiens XV, 50). Ainsi la chair, conçue comme étant l'unité de l'âme et du corps, ce qui n'enlève rien à la réprobation dont elle est chargée puisque cela englobe la matière corporelle et son principe d'animation, qui n’est pas identique à « l’esprit » que l’on désigne aussi comme « l’âme », est bien violemment rejetée de par sa corruption, elle est pécheresse par nature et ne participera pas à la réalité future du royaume.

  

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« …cultive ton âme immortelle et perfectible,

et rends-la susceptible d’être réunie à la source pure du bien,

lorsqu’elle sera dégagée

des vapeurs grossières de la matière. »

 

(Règle maçonnique, Art. II, Immortalité de l’âme).

 

 

 

 

Jean-Baptiste Willermoz, qui n'a pas manqué de soutenir cette vision toute paulinienne du devenir concernant le composé charnel « psychosomatique », rajoutera cette sentencieuse mise en garde en destination des membres du Régime rectifié : « Homme ! Roi du monde ! Chef-d’oeuvre de la création lorsque Dieu l’anima de son souffle ! médite ta sublime destination. Tout ce qui végète autour de toi, et n’a qu’une vie animale, périt avec le temps, et est soumis à son empire : ton âme immortelle seule, émanée du sein de la Divinité, survit aux choses matérielles et ne périra point. Voilà ton vrai titre de noblesse ; sens vivement ton bonheur, mais sans orgueil : il perdit ta race et te replongerait dans l’abîme. Etre dégradé ! malgré ta grandeur primitive et relative, qu’es-tu devant l’Eternel ? Adore-le dans la poussière et sépare avec soin ce principe céleste et indestructible des alliages étrangers ; cultive ton âme immortelle et perfectible, et rends-la susceptible d’être réunie à la source pure du bien, lorsqu’elle sera dégagée des vapeurs grossières de la matière. » (Règle maçonnique, Art. II, Immortalité de l’âme).

 

 

V. La chair est destinée à être abandonnée selon Willermoz

 

 

Willermoz explique très bien, en des termes ne laissant place à aucune incertitude, cette essence fugitive et mortelle de la chair : « l’homme est pendant son séjour sur la Terre un composé ternaire : savoir de deux substances passagère [ une âme ou vie passive et passagère, et un corps de matière qui disparaissent totalement après la durée qui leur est prescrite ] qui le constituent animal comme la brute, et d’un esprit intelligent et immortel par lequel il est vraiment image et ressemblance divine[3] La chair est donc destinée à être abandonnée, oubliée conformément à l’indication de l’Ecclésiaste : « Ce qui est tordu ne peut être redressé » (Ecclésiaste I, 15) ; prétendre « spiritualiser » la chair, comme le laissent supposer certains, est une erreur, une radicale absurdité, il s’agit bien plutôt pour Willermoz de se dépouiller de la chair pour accéder à l’esprit.

 

En effet, loin de fonder de naïfs espoirs sur une hypothétique, et bien illusoire, « transmutation du corps en esprit et de l’esprit en corps », Willermoz soutient qu’il n’y a que rêveries dans cette illusoire prétention s’appuyant sur des sources parfois extrêmement suspectes étrangères à la Révélation. Il saura revenir, avec intelligence et lucidité, aux leçons de l’Evangile, et insistera pour que soit médité le solennel et rigoureux avertissement de Jésus à Nicodème : « Ce qui est né de la chair est chair ; et ce qui est né de l’Esprit est esprit. » (Jean III, 6). Dans son Traité des deux natures, Willermoz s’explique à ce titre sur l’importance de ne jamais confondre la nature charnelle et la nature spirituelle : « Elles ont chacune leur action propre et distincte, qui, dans bien des cas, opère séparément. Il est donc bien important pour le vrai chrétien, à qui l’une d’elles est proposée pour modèle [c.a.d. la nature spirituelle conforme à celle du Divin Réparateur], de ne pas les confondre toujours et d’apprendre à les discerner[4]

 

 

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« Attachez-vous aux choses d’en haut,

et non à celles qui sont sur la terre… »

 

 

Ce discernement est fondamental car la régénération, opérée par la réception et l’ouverture à la Lumière du Verbe, chez tout homme, ne signifie en aucun cas le changement de l’ancienne nature charnelle et pécheresse, mais l’introduction d’une nouvelle nature totalement autre ; c’est l’introduction, dans le corps corrompu de par sa constitution ténébreuse, de la vie du Second Adam obtenue par le Saint Esprit, basée sur la bienheureuse Rédemption accomplie par le Christ. La vie nouvelle n’annule donc pas le vieil homme, l’ancienne nature demeure toujours et constamment ce qu’elle était, sans aucune possibilité d’amélioration : bien au contraire, comme le confirme saint Paul, la renaissance spirituelle révèle plus encore sa noire constitution, car « la chair complote contre l’Esprit, et l’Esprit contre la chair ; et ces choses sont opposées l’une et l’autre. » (Galates V, 17). Nous avons plutôt à nous « dépouiller » du vieil homme ce qui indique qu’il convient de nous en défaire, de l’oublier sans regrets à son triste sort, de l’abandonner à sa misérable finitude : « Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d’en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu. Attachez-vous aux choses d’en haut, et non à celles qui sont sur la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. (...) faites mourir ce qui, dans vos membres, est terrestre (…) vous étant dépouillés du vieil homme et de ses œuvres et ayant revêtu l’homme nouveau, qui se renouvelle, dans la connaissance, selon l ‘image de celui qui l’a créé. » (Colossiens III, 1-11).

 

 

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« …faites mourir ce qui, dans vos membres, est terrestre (…)

vous étant dépouillés du vieil homme et de ses œuvres

et ayant revêtu l’homme nouveau,

qui se renouvelle, dans la connaissance,

selon l ‘image de celui qui l’a créé. »

 

(ColossiensIII, 10-11).

 

La question de la coexistence des deux natures au sein du « nouvel homme » est l’une des plus délicates et incomprises, et de cette ignorance surgissent toutes les inexactitudes et positions erronées dans lesquelles tombent les esprits séduits par les discours d’une fausse science ; la régénération, en raison du caractère passif de l’être en punition de l’acte criminel d’Adam, n’est pas l’abolition ou la transformation, voire la « spiritualisation » de la vieille nature, mais bien son abandon : « L'homme actuel est composé de deux natures différentes, par le lien invisible qui enchaîne son esprit à un corps de matière. Son esprit étant une émanation du principe divin qui est vie et lumière, il a la vie en lui par sa nature d'essence divine éternelle, quoiqu'il ne puisse produire les fruits de cette vie qui est en lui que par les influences de la source dont il émane. » (Leçon n°88, 7 février 1776).

 

L'homme est, depuis la Chute, un être divisé, fracturé, déchiré entre sa volonté malade ou fautive,  son corps grossiers aux appétits animaux, et la « puissance de la vie divine en lui » ; « cet assemblage inconcevable de deux natures si opposées est cependant aujourd'hui le triste apanage de l'homme. Par l'une il fait éclater la grandeur et la noblesse de son origine, par l'autre réduit à la condition des plus vils animaux il est l'esclave des sensations et des besoins physiques. » (Instruction secrète) ; c’est cela le sens authentique de l’expression de l’Instruction morale d’Apprenti, à savoir l’ « union presque inconcevable » reprenant avec plus de précision « l’assemblage inconcevable » du 1er grade, qui est le grand mystère de l’homme.  Le Régime Rectifié va donc porter toute sa vigilante attention sur les moyens susceptibles de nous conduire à la plénitude de notre nature spirituelle par un chemin de retour vers la source originelle de la Lumière.

 

 

 

VI. « Corps de matière » et « Corps de Résurrection »

 

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« C’est Jésus-Christ lui-même

qui va  prouver la différence essentielle

des deux formes corporelles et leur destination,

en se revêtant de l’une après sa résurrection,

après avoir anéanti l’autre dans le tombeau. »

 

J.-B. Willermoz, Traité des deux natures.

 

 

La clé argumentaire et théorique, expliquant cette position à ce point fidèle du Régime Rectifié vis-à-vis de l’Evangile, nous est livrée par Jean-Baptiste Willermoz au moment où il nous dévoile le mystère de la Résurrection, nous donnant d’accéder à la pleine compréhension des éléments expliquant la place, et le statut de l’homme, ou du « mineur spirituel », dans le plan Divin, ainsi que la composition exacte de son enveloppe corporelle avant et après la Chute : « Quelle est donc la nature de cette nouvelle forme corporelle [celle du Christ après la Résurrection], et qu’est-ce qui constitue la différence essentielle de celle-ci sur la première ? demanderont ces hommes charnels et matériels qui ne voient rien que par les yeux de la matière, et ceux qui sont assez malheureux pour nier la spiritualité de leur être, et ceux aussi qui, attachés exclusivement au sens littéral des traditions religieuses, ne veulent voir dans la forme corporelle de l’homme primitif avant sa chute, qu’un corps de matière comme celui dont il est actuellement revêtu, en y reconnaissant seulement une matière plus épurée. C’est Jésus-Christ lui-même qui va leur prouver la différence essentielle de ces deux formes corporelles et leur destination, en se revêtant de l’une après sa résurrection, après avoir anéanti l’autre dans le tombeau. »  [5]

L’exemple donné par Willermoz est très intéressant pour notre sujet, car en effet nous voyons dans les Evangiles que les disciples ont des difficultés pour reconnaître Jésus après sa Résurrection, alors qu’ils vécurent à ses côtés pendant trois années, ils ont besoin d'un certain temps d’adaptation pour admettre qu’il s’agit bien de lui.  Parfois même, ils le prirent pour une autre personne (Jean XX, 15 ; XXI, 4), ne s’apercevant pas que c’était lui. Tous les textes témoignent donc de l’immense lenteur, de l’incertitude, du doute et de la réserve (Matthieu XXVIII, 17) de la part des disciples. On peut donc être fondé à affirmer que le Christ, après sa Résurrection, ne possède plus la même apparence, n’est plus identique à ce qu’il était dans son corps de chair. Il n’est d’ailleurs plus contraint par les déterminations terrestres, il traverse les portes et les murs (Jean XX, 19; Luc XXIV,36) ; il disparaît immédiatement après avoir été reconnu, il semble être devenu insaisissable comme le souffle du vent (Lux XXIV, ,31). Jésus ressuscité est un être différent, un être spirituel ceci nous montrant que la Résurrection ne fut pas la « réanimation » de sa chair, mais l’acquisition d’une apparence qui n’est plus de ce monde, qui n’appartient plus aux lois terrestres.

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« Jésus-Christ dépose dans le tombeau

 les éléments de la matière,

et ressuscite dans une forme glorieuse

qui n’a plus que l’apparence de la matière,

qui n’en conserve pas même les principes élémentaires… »

 

J.-B. Willermoz, Traité des deux natures.

 

 

De ce fait, Jésus selon Willermoz qui nous a montré comment l’homme avait à se sauver en plaçant ses pas dans les siens, nous donne l’exemple magnifique de cette œuvre à accomplir, et c’est en se mettant à son école que nous pourrons recouvrer notre pureté perdue, véritable invitation proposée par le Régime fondé par Jean-Baptiste Willermoz à ses membres, à se fondre intérieurement dans l’œuvre « d’imitation » de ce que nous enseigna par son exemple le Christ Notre Seigneur et Maître : « Jésus homme-Dieu voulant se rendre en tout semblable à l’homme actuel, pour pouvoir lui offrir en lui un modèle qu’il pût imiter en tout, s’est soumis à se revêtir en naissant d’une forme matérielle parfaitement semblable à celle de l’homme puni et dégradé. (…) Jésus-Christ dépose dans le tombeau les éléments de la matière, et ressuscite dans une forme glorieuse qui n’a plus que l’apparence de la matière, qui n’en conserve pas même les principes élémentaires, et qui n’est plus qu’une enveloppe immatérielle de l’être essentiel qui veut manifester son action spirituelle et la rendre visible aux hommes revêtus de matière. » [6]

 

Que devons-nous retenir de ce que nous montra Jésus-Christ, après sa Passion sur le bois de la Croix, en se manifestant à ses disciples ? Willermoz l’expose pour notre bénéfique instruction : « Jésus-Christ ressuscité se revêt de cette forme glorieuse chaque fois qu’il veut manifester sa présence réelle à ses apôtres pour leur faire connaître que c’est de cette même forme, c’est-à-dire d’une forme parfaitement semblable et ayant les mêmes propriétés, dont l’homme était revêtu avant sa prévarication ; et pour leur apprendre qu’il doit aspirer à en être revêtu de nouveau après sa parfaite réconciliation, à la fin des temps  [7]

  

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« Semé corps naturel, on ressuscite corps spirituel.

S’il y a un corps naturel, il y a aussi un corps spirituel…

de même que nous avons porté l’image du terrestre,

nous porterons aussi l’image du céleste… »

 

St. Paul, Ire Epître aux Corinthiens, XV. 

 

franc-maçonnerie,ésotérisme,mystique,philosophie,métaphysique,mort,résurrection,réincarnation,histoire,livres,spiritualité,religion,christianismeNous pouvons être convaincus, selon ce que nous enseigne Willermoz, que le corps que nous aurons à la résurrection ne sera pas matériel mais spirituel, comme ceci est confirmé par saint Paul de manière explicite  :  « Mais quelqu’un dira : Comment les morts ressuscitent–ils, et avec quel corps reviennent–ils ? Insensé ! ce que tu sèmes ne reprend pas vie, s’il ne meurt. (…)Semé corruptible, on ressuscite incorruptible. Semé méprisable, on ressuscite glorieux. Semé plein de faiblesse, on ressuscite plein de force. Semé corps naturel, on ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps naturel, il y a aussi un corps spirituel. C’est pourquoi il est écrit : Le premier homme, Adam, devint un être vivant. Le dernier Adam est devenu un esprit vivifiant. Le spirituel n’est pas le premier, c’est ce qui est naturel ; ce qui est spirituel vient ensuite. Le premier homme tiré de la terre est terrestre. Le deuxième homme vient du ciel. Tel est le terrestre, tels sont aussi les terrestres ; et tel est le céleste, tels sont aussi les célestes. Et de même que nous avons porté l’image du terrestre, nous porterons aussi l’image du céleste. Ce que je dis, frères, c’est que la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et que la corruption n’hérite pas l’incorruptibilité. » (I Corinthiens, XV 35-54).

 

 

VII. L’anéantissement de la matière et de l’univers créé

 

L’homme, avant la prévarication, et nous touchons ici au centre de la doctrine rectifiée, était doté non d’un corps de matière mais d’un « corps de gloire », et c’est ce corps glorieux perdu de par sa faute qu’il lui faut retrouver, et non pas travailler, en vain, à « diviniser » ou « spiritualiser » un corps de matière frappé par la finitude et la limite, triste vestige d’une faute scandaleuse.

 

La chair, les corps, la matière, sont destinés à la mort et à l’anéantissement pour Willermoz : « les corps, la matière, les animaux, l’homme même comme animal, et tout l'univers créé ne peuvent avoir qu'une durée temporelle momentanée. Ainsi donc tous ces êtres matériels., ou doués d'une âme passive, périront et s'effaceront totalement, n’étant que des pro­duits d’actions secondaires, auquel le Principe unique de toute action vi­vante n'a coopéré que par sa volonté qui en a ordonné les actes (….) comme le Temple matériel élevé par les ordres de Salomon fut détruit dès que la gloire du Seigneur et les vertus qu’il y avait attachées s'en furent retirées, de même aussi le Temple universel cessera lorsque l'action divine en aura retiré ses puissances, et que le terme prescrit pour sa durée sera accompli[8]

 

 

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« L'univers entier s'effacera aussi subite­ment

que la volonté du Créateur se fera entendre ;

de manière qu'il n'en res­tera

pas plus de vestige que s'il n'eût jamais existé. »

 

J.-B. Willermoz, Instructions secrètes.

 

 

 

Et Willermoz insiste même d’une manière assez forte sur la vocation à la disparition définitive, à l’anéantissement de l’ensemble de l’univers créé matériel, ceci à l’image de ce qu’il advient pour les corps particuliers animaux ou humains :  « Ce qui est dit des corps particuliers doit s'appliquer de même à l'uni­vers créé ; lorsque le temps prescrit pour sa durée apparente sera accompli, tous les principes de vie, tant générale que particulière, en seront retirés pour se réintégrer dans leur source d'émanation. Les corps et la matière totale éprouveront une décomposition subite et absolue, pour se réintégrer aussi dans la masse totale des éléments, qui se réintégreront à leur tour dans les principes simples et fondamentaux, comme ceux-ci se réintégreront dans la source primitive secondaire qui avait reçu puissance de les produire hors d’elle-même. Cette réintégration absolue et finale de la matière et des prin­cipes de vie qui soutiennent et entretiennent son apparence, sera aussi promp­te que l'a été sa production ; et l'univers entier s'effacera aussi subite­ment que la volonté du Créateur se fera entendre ; de manière qu'il n'en res­tera pas plus de vestige que s'il n'eût jamais existé. » [9]

 

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« Les principes matériels et grossiers,

semblables au ca­davre de l'homme,

restent sur la terre,

réduits en cendres inanimées

qui n'ont ni action ni vertus. »

 

J.-B. Willermoz, Instructions secrètes.

 

 

 

La dissolution, ce que l’on désigne comme étant « l’apocatastase », n’est pas une crainte mais une libération, elle n’est pas à redouter mais à espérer, à attendre avec joie, à regarder comme le moment de la naissance à la vraie vie selon l’esprit : « C'est cette dissolution des corps et de la matière en général qui est désignée dans le 3ème grade par le cadavre d'Hiram, dont la chair quitte les os. Lorsque les liens qui unissent l'âme passive avec le corps, et l’être spirituel avec l'âme passive, viennent enfin à se détruire, l’âme se réintègre dans sa source particulière. Comme elle a été sans intelligence, elle n'est sus­ceptible ni du bonheur, ni des pâtiments, et rien n'arrête sa réintégration. Le corps ou le cadavre, à qui la vie était absolument étrangère, reste aban­donné à la corruption ; il se dissout, et l'homme a rendu à la terre tout ce qu'il en avait reçu. Dès lors l'esprit, dégagé des entraves de le matière, avec laquelle il ne fut jamais immédiatement uni, se rapproche plus ou moins de l'une ou de l’autre des deux causes opposées qui se manifestent dans l’univers temporel, selon que, s'étant plus ou moins purifié ou corrompu, il a contracté plus d'affinité avec elles. C'est ainsi que finit l'homme terrestre (…) Les principes matériels et grossiers, semblables au ca­davre de l'homme, restent sur la terre, réduits en cendres inanimées qui n'ont ni action ni vertus. » [10]

 

 

Conclusion : du corps glorieux au « Saint-Elément »

 

Voilà les raisons profondes des positions et convictions du Régime Rectifié à l’égard de la matière et des corps charnels - qui ne sauraient surprendre que les esprits troublés par de brumeuses théories à l’égard de la forme actuelle de l’homme prévaricateur - et la bienheureuse perspective qu'il veut remettre en mémoire chez ceux qui suivent sérieusement ses voies, afin qu’ils puissent pénétrer, entièrement, et avec une joyeuse certitude, le sens de cette merveilleuse sentence que beaucoup n’auront pas de peine à reconnaître puisqu’elle résume, en quelques mots, toute l’essence de la doctrine de la « Réintégration » :

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« Deponens Aliena, Ascendit Unus »

 

Le discours fait au nouveau Maître qui vient de découvrir l’emblème de la perspective d’immortalité est remarquable : « ….pensez à la mort, puisque vous êtes près de votre tombeau ; pensez-y donc efficacement et ne méprisez pas les avertissements de la nature et de celui qui veille sur vous. On vous a montré le tombeau qui vous attendait et vous y avez vu les tristes restes de celui qui a vécu. Ce tombeau est l'emblème de la matière universelle, qui doit finir dans son tout comme dans ses parties, et à laquelle un nouveau règne, plus lumineux, doit succéder Le mausolée placé à l'occident vous a offert un spectacle plus consolant, en vous apprenant à distinguer ce qui doit périr d'avec ce qui est indestructible, et les maximes que vous avez reçues dans vos voyages vous ont appris ce que doit faire celui qui a eu le bonheur de connaître et de sentir cette distinction. »

 

Comment donc ne pas penser à cette déclaration positive portant sur le sens du mausolée et de ses inscriptions :

 

«A quoi fait allusion ce mausolée, avec ces inscriptions ?

*

 A l'immortalité de l'âme, aux principes élémentaires

et à la dissolution de la matière. »

 

 

Comment, dès lors, ne pas se réjouir de cette perspective ultime, de cette « apocatastase » qui ne devrait terroriser que les êtres attachés aux tristes vestiges passagers qu'ils ont devant les yeux, retenus par les dérisoires reliquats des biens temporels corruptibles qu'ils prennent, dans leur erreur, pour des trésors merveilleux, alors même que tout ce qui existe, en ce bas-monde, est frappé de déchéance et est condamné à la dégradation et à la mort ; « en ce jour, dit l’apôtre Pierre, les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre avec les œuvres qu’elle renferme sera consumée. Puisque tout cela est en voie de dissolution… » (2 Pierre III, 10-11). Soyons dans l’allégresse, bien au contraire, à l’idée certaine que viendra, dans sa splendide Lumière, l'Agneau de Dieu, et s’accomplira alors, pour l’ensemble des êtres spirituels régénérés et pour les élus du Seigneur, les mineurs réconciliés et sanctifiés, une formidable dissolution en forme de « Réintégration » - ou plus exactement une « Intégration en Dieu » - qui les autorisera à être de nouveau revêtus de leur corps glorieux en étant intégrés, par grâce, à la « substance lumineuse » originelle, réunis pour l’éternité au sein du « Saint-Élément » pour y demeurer dans leur nature « spirituelle divine ». [11]

 

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 Jean-Baptiste WILLERMOZ :

Fondateur du Régime Ecossais Rectifié

Editions Signatura, 2012.

 

 

 

 

Notes.

 

1. S. Augustin, De la nature et de la grâce, Ch. XX,  in Oeuvres complètes de Saint Augustin, sous la direction de M. Raulx, t. XVII, Bar-le-Duc 1871.

 

2. A ce sujet, taxer saint Augustin, à qui l’on doit la fécondité de la pensée religieuse occidentale en diverssaint-augustin.jpg domaines, et libéra l’Eglise tour à tour du manichéisme, du donatisme, du pélagianisme et de l’arianisme, d’être à la source de multiples « hérésies », et une contrevérité manifeste qui doit autant à l’ignorance qu’à l’intention polémique pour plusieurs raisons conjointes :

- 1°) Tout d’abord les principaux réformateurs au XVIe siècle, Luther et Calvin, qui ne sont en rien « hérétiques » au regard du Credo de Nicée (325), afin de fonder leur doctrine de la justification, s’inspirèrent en premier lieu de saint Paul et de l’Evangile et non de l’auteur des Confessions, quoique qu’ils aient tenu ce dernier en haute estime - leur attitude de rupture schismatique à l’égard de Rome ayant été cependant inspirée, on l’oublie bien trop facilement, par l’exemple des églises autocéphales orientales dites « orthodoxes », et non par les positions ecclésiales de l’évêque d’Hippone absolument intraitable sur la question de « l’unité de l’épouse de Jésus-Christ » (Cf. De Civita Dei).

- 2°) Quant à faire porter à saint Augustin la responsabilité du prétendu « jansénisme », ou ce que l’on entend généralement comme tel en utilisant une terminologie contestable pour désigner un courant qui prit véritablement forme en s’appuyant en France sur un prêtre de grande piété, Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran (1581-1643), qui exposa une sensibilité spirituelle qui fut tout d’abord accueillie avec beaucoup de sympathie par saint Vincent de Paul (+ 1660) puis par le cardinal Pierre de Bérulle (1575-1629), fondateur en 1611 de la « Société de l'oratoire de Jésus », c’est conférer à Louis XIV une curieuse autorité en matière spirituelle dont il était pourtant entièrement dépourvu.

En effet, s’il n’est pas ici le lieu d’entrer dans les nombreux détails des évènements historiques qui jalonnent l’épisode dit janséniste, qu’il nous suffise toutefois de signaler que la bulle Unigenitus, que le pape Clément XI accorda finalement de guerre lasse à Louis XIV en septembre 1713 pour condamner l'oratorien Pasquier Quesnel, se contente simplement de déclarer hérétiques 101 propositions extraites des Réflexions morales, ouvrage de Quesnel paru en 1692, bulle qui reste d’un absolu silence à propos d’un imaginaire mouvement qui porterait le nom de « jansénisme » qui n’eût en réalité d’existence que dans la tête de ses ennemis. Fait paradoxal, le roi qui avait insisté de façon abusive jusqu’à ce que Clément XI exprime  une sentence disciplinaire dans la bulle Unigenitus, cette dernière, si elle condamnait les Réflexions morales de Quesnel, affirmait également la prééminence de Rome sur l'Eglise de France et le droit de contrôle total du Saint-Siège sur elle. Il n’est pas certain que ce soit ce que recherchait le gallican Louis XIV qui fut bien puni de son aveuglement et de sa haine religieuse.

destruction.jpgAinsi, si est apparu en 1641 le mot « janséniste » pour stigmatiser les disciples de Jansénius, alors que les amis de Port-Royal se considéraient simplement comme des « amis de la vérité », des « disciples de saint Augustin » qui regardaient la grâce comme seule capable de sauver les créatures de par la faiblesse de notre libre-arbitre et nos tendances pécheresses, l’Histoire démontre que nous sommes en fait en présence d’une «  hérésie imaginaire », d’un « fantôme » terminologique jamais condamné par Rome - le jansénisme n’existant pas puisque ce terme n’est que l’utilisation d’une dénomination polémique dont la signature ténébreuse s’exprimera en 1711 dans l’acte abominable de Louis XIV qui décida, furieux de ne pouvoir soumettre et faire taire les théologiens augustiniens qui lui signalaient ses erreurs et critiquaient son absolutisme, de faire raser l’abbaye de Port-Royal en exhumant scandaleusement les corps des religieuses cisterciennes qui reposaient paisiblement dans le cimetière du cloître pour en disperser les ossements et les livrer à l’appétit des chiens errants.

Fort heureusement, la postérité de saint Augustin demeure absolument immense, elle est philosophique, métaphysique, littéraire et religieuse, et il faudrait citer des milliers de noms pour en faire état véritablement, retenant simplement ceux, et en premier, du sublime génie Blaise Pascal (1623-1662), de Jean Racine (1639-1699), Louis-Isaac Lemaître de Sacy (1613-1684), auteur d’une des plus admirables traductions de la Bible au XVIIe, et, plus proches de nous, Alfred de Vigny (1797-1863), Léon Bloy (1846-1917), Charles Péguy (1873-1914), Lucien Laberthonnière (1860-1932), Maurice Blondel (1861-1949), Léon Chestov (1866-1938), Georges Bernanos (1888-1948), François Mauriac (1885-1970), Etienne Gilson (1884-1978), Jacques Maritain (1882-1773), Romano Guardini (1885-1968), Henri de Montherland (1895-1972), Maurice Zundel (1897-1975) ami intime de Paul VI, et jusqu’aux philosophes Simone Weil (1909-1943) et Edith Stein, cette dernière disciple et collaboratrice du philosophe allemand Edmund Husserl, patronne de l’Europe, convertie du judaïsme et connue sous son nom religieux de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (1891-1942), morte en martyre pour sa foi et canonisée par le pape Jean-Paul II le 11 octobre 1998.

 

3. J.-B. Willermoz, Le Traité des deux natures, MS 5940 n°5, Bibliothèque de Lyon.

 

4. Ibid.

 

5. Ibid.

 

6. Ibid.

 

7. Ibid.

 

8.Instructions secrètes des Chevaliers Grands Profès, fonds Georg Kloss, Bibliothèque du Grand Orient des Pays Bas, à La Haye [1er catalogue, section K, 1, 3].

 

9. Ibid. Cette idée d’un anéantissement général du créé se retrouve dans le discours destiné à l’instruction du nouvel élu coën qui venait d’être reçu aux trois premiers grades symboliques : « L’esprit pur et simple n’a ni forme, ni figure visible aux yeux de la matière (…) Les hommes, à mesure qu’ils se sont éloignés de leur principe, se sont accoutumés à croire que la matière existait nécessairement par elle-même et que, par conséquent, elle ne pourrait être détruite totalement. Si telle est votre opinion, c’est un des premiers sacrifices que vous avez à faire pour parvenir aux connaissances auxquelles vous aspirez.  En effet, si vous attribuez à la matière une existence réelle qu’elle n’eut jamais, c’est la rendre éternelle comme Dieu ; c’est attaquer l’unité indivisible du Créateur en qui vous admettez d’une part un être spirituel pur et simple, éternel, et un être matériel, éternel comme lui, ce qui est absurde à pense (…)C’est ainsi que cet univers physique de matière apparente sera aussi promptement réintégré a son premier principe de création, après la durée de temps qui lui est fixée, qu’il a été conçu dans l’imagination du Créateur. Apprenez de là, mon frère, le cas que vous devez faire de cette matière dont les hommes font leur idole, et combien ils s’abusent grossièrement en sacrifiant pour elle tout ce qu’ils ont de plus précieux. » (Cf. Discours d’instruction à un nouveau reçu sur les trois grades d’apprenti, compagnon et maître symboliques, fonds Willermoz, ms. 5919-12).

 

10. Ibid.

 

11. On retiendra cette remarque de Robert Amadou (+ 2006) : « La matière réintégrée cela signifie la matière anéantie puisque son principe étant le néant, sa réintégration ne peut se faire que dans le néant c'est-à-dire qu'elle disparaîtra sauf les formes transmuées.» (Robert Amadou, Entretien avec Michel Cazenave, France-Culture, « Les Vivants et les Dieux », 4 mars 2000.)

 

 

 

 

mercredi, 25 août 2010

Les élus coëns et le Régime Écossais Rectifié

A paraître en septembre 2010
 

De l’influence de la doctrine de Martinès de Pasqually

sur Jean-Baptiste Willermoz

 

par Jean-Marc Vivenza

 

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L’évidente présence des sources provenant de l’Ordre des Élus Coëns au sein du Régime Écossais Rectifié est l’un des points les plus intéressants qui soient, nous faisant découvrir l’origine véritable du système initiatique fondé par Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), qui joua un rôle fondamental au sein de la franc-maçonnerie au XVIIIe siècle.

 

Pourtant deux attitudes erronées se rencontrent de manière régulière à propos de cette question des sources willermoziennes : l’une consistant à considérer le Régime Écossais Rectifié comme une simple reproduction, bien que privée de sa partie théurgique, de l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers, l’autre visant à ne reconnaître aucun lien ni rapport entre le système de Willermoz et les enseignements dispensés par Martinès de Pasqually.

 

Il convenait donc de rappeler combien ces deux conceptions sont inexactes, dans la mesure où le Régime Écossais Rectifié, s’il est aujourd’hui entièrement redevable aux bases symboliques et théoriques de la doctrine de la Réintégration – qui échappèrent par miracle à la corruption du temps – a néanmoins «opéré» une christianisation importante de cette doctrine aboutissant à un Rite maçonnique original, à la fois dépositaire du trésor spirituel des élus coëns, mais également libéré de ses méthodes en raison de son insistance sur ce que signifie, comme radical bouleversement, le passage de l’Ancienne à la Nouvelle Alliance.

 

On comprend ainsi, aisément, pourquoi il était utile que soit enfin proposée une analyse sérieuse sur ce sujet, capable de répondre véritablement aux diverses réflexions qu’elle fait surgir, nous faisant découvrir qu’il y a bien un secret partagé entre le Régime Écossais Rectifié et les disciples de Martinès de Pasqually, puisque l’objectif fixé par Willermoz à son Ordre « est d’atteindre, à sa manière, le but fixé à l’Ordre des Élus Coëns ».

 

 
 

SOMMAIRE

 

Introduction

Avertissement

 

I - Martinès de Pasqually et la doctrine des « élus coëns ».

1. Sources spirituelles

-          a) L’illuminisme chrétien

-          b) Le soufisme

-          c) La kabbale

-          d) Le dualisme zoroastrien et mazdéen

-          e) Le judéo-christianisme : ébionisme et elkassaïsme

 

2. Eléments doctrinaux

3. Perspective sacerdotale

 

II - La rencontre de Jean-Baptiste Willermoz avec Martinès de Pasqually

 

III - De la Stricte Observance dite « Templière » au « Convent des Gaules » (1778).

 

IV. Eléments martinésiens présents au sein du Régime Ecossais Rectifié

 

V. Expiation, purification, réconciliation et sanctification :  les quatre temps de la réédification du Temple du mineur spirituel

 

1. L’Expiation

2. La Purification

3. La Réconciliation

4. La Sanctification

 

VI - Les éléments coëns présents au sein du Régime Ecossais Rectifié : moyens et outils symboliques de la « Réintégration »

 

1)       La structure ternaire du composé matériel et la place des essences spiritueuses

2)       Triangle, « Lame d’or et  Delta d’Orient

3)       Le Temple coën et la loge rectifiée

4)        La symbolique des nombres

5)       La défiance du Régime Rectifié vis-à-vis de la matière

6)        La noblesse de l'origine de l'homme et sa haute destination spirituelle

7)       La Batterie 00 0, omniprésente au 1er grade

8)       La substance sénaire de la Création

9)       Le sens du double triangle

 

VII - La double nature et son implication spirituelle

 

VIII - La symbolique de la réédification du Temple comme figure de l'image et de la ressemblance

 

IX. L'origine de la Franc-maçonnerie selon le Régime Ecossais Rectifié et le rattachement au Haut et saint Ordre

 

Conclusion

 

 

Appendices

 

I. La  Sainte Trinité

II. La nature de l’Air selon le Philosophe Inconnu

III. Les objets et meubles sacrés du Tabernacle présents sur le second tableau de la loge de Maître Ecossais de Saint-André : ou la mise en lumière du passage de l’Ancienne à la Nouvelle loi,  manifesté par l'œuvre du Divin Réparateur.

 

·         La « mer d'airain » et sa fonction purificatrice

·         La table des pains de proposition, image annonciatrice du mémorial eucharistique.

·         Le chandelier à sept branches en tant qu'évocation de la vraie Lumière.

·         L'Arche Sainte, manifestation de l'Alliance éternelle entre Dieu et les hommes.

·         L'autel des parfums ou l'instauration du sacerdoce éternel par la « Nouvelle loi de grâce et de vraie lumière ».

 

IV. Le rôle essentiel de la « grâce » et la raison de la proclamation de la supériorité de la « Nouvelle loi »  au sein du Régime Ecossais Rectifié.

 

·         Une nouvelle relation à Dieu par la grâce.

·         Le changement radical des économies entre le temps de la loi et celui de la grâce.

·         L'incomparable supériorité de la « Nouvelle loi de grâce ».

 

 

Annexes

I. Lettres de Martinès de Pasqually à Jean-Baptiste Willermoz

 

Lettre du 19 juin 1767

Lettre du 11 septembre 1768

Lettre du 12 octobre 1773

Lettre du 24 avril 1774

Lettre du 3 août 1774

 

II. Lettre de Louis-Claude de Saint-Martin à M. Erhmann

III. L’invocation de réconciliation des Elus coëns

 IV. Méthode pour lire le Traité de la réintégration selon Willermoz

 

 

Bibliographie